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Migrants et changements climatiques

Pour la génération d’un «climat»

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le 15.08.17 | 12h00 Réagissez

Sensibiliser les pays d’accueil à rompre avec l’image du migrant dépenaillé, générateur de misères, porteur de dangers multiformes, qui le suit en tous lieux, est ce à quoi œuvre le Forum des organisations de solidarité internationale issues des migrations (Forim).

Le Forum des organisations de solidarité internationale issues des migrations (Forim) œuvre à travers la multiplication d’initiatives un peu partout dans le monde, en Europe surtout.

Après le déploiement d’une campagne de mobilisation citoyenne intitulée «La voix des migrants (es) et des diasporas : déconstruire 10 idées reçues sur migrations et développement», qui se poursuit toujours et à laquelle, outre des universitaires et sociologues, ont été impliqués des représentants de la communauté estudiantine, d’institutions en charge de la gestion des affaires migratoires, d’ONG, de la société civile, du monde politique,… militant pour la cause des migrants, Le Forim, en collaboration avec la Fondation pour la nature et l’homme (FNH) du célèbre écologiste français et ministre de la Transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot, a lancé, cet été, «Génération climat», nouvelle campagne s’adressant en particulier aux jeunes de 15-35 ans, issus des migrations, pour leur donner l’envie et les doter de moyens aux fins de s’engager pour le climat.

Dit autrement, «mobiliser les jeunes aux enjeux du changement climatique et aux inégalités qui en découlent, les inciter à devenir des acteurs de la solidarité et les accompagner dans la définition et la mise en œuvre de projets en France ou à l’international», est-il expliqué dans une déclaration adressée à notre rédaction par Nelea Motriuc, chargée de mission au Forim. Dans cette perspective, des financements allant de 1000 à 10 000 euros sont mis à la disposition des jeunes migrants porteurs de projets.

Sont ainsi proposés trois dispositifs de soutien financier destinés aux jeunes projetant d’agir en France, en service civique ou à l’international. «Pour candidater, il suffit de remplir en ligne, sur generation-climat.org, l’un des trois formulaires correspondant à chacun des dispositifs. Pour en bénéficier, l’action mise en œuvre doit combiner la lutte contre les changements climatiques et la solidarité en France ou à l’international», précise Mme Motriuc. La migration, phénomène gagnant-gagnant, ses collègues du Forim ou de la FN, initiateurs du programme Génération climat tentent, une fois encore, d’en convaincre l’opinion publique internationale.

L’angoisse ambiante autour des migrations, qui s’est particulièrement exacerbée ces dernières années, ne se justifierait que très peu. Car, contrairement à ce qui se répand, le migrant n’est pas seulement celui qui a fui la guerre, les conflits, la persécution et la misère, mais également celui qui a cherche à échapper aux catastrophes naturelles, à la sécheresse et qui a un potentiel, un large éventail de ressources, de mieux en mieux reconnues, susceptibles d’être mobilisées à travers les réseaux internationaux, et ce, dans l’intérêt de tous.

Et le Forim serait bien placé pour le savoir : regroupant des réseaux, des fédérations et des organisations de solidarité internationale issues de l’immigration (OSIM), cette plateforme, où sont également représentées plus de 700 associations intervenant en Afrique subsaharienne, au Maghreb, en Asie du Sud-Est, aux Caraïbes et dans l’océan Indien, est engagée, depuis sa création en 2002, dans des actions d’intégration et de développement dans les pays d’origine. Mieux encore : le Forim s’est récemment adjugé un statut consultatif spécial auprès du Conseil économique et social des Nations unies (Ecosoc). Fruit de plus de deux ans de travail, ce statut a pu être obtenu vers la fin juillet 2016, sur décision du comité de coordination et de gestion d’Ecosoc.

Créé en 1946, ce dernier a la vocation de faire avancer les trois dimensions, économique, sociale et environnementale, du développement durable. C’est un espace unique à partir duquel des débats s’engagent, des idées nouvelles émergent, des partenariats se forgent, afin d’arriver à poursuivre les engagements collectifs pour un monde meilleur et durable. Le climat en constitue, justement, l’une des priorités majeures, surtout que les conséquences des changements climatiques, ce sont bien les populations issues de continents pauvres, à l’image de l’Afrique subsaharienne, grands pourvoyeurs de migrants, qui en pâtissent le plus.

En témoignent, à juste titre, les conclusions, sans équivoque, de la toute fraîche étude réalisée par le think tank américain Pew Research Center. Cette étude, ayant ciblé une quarantaine de pays du monde, place le dérèglement climatique à la tête des dangers suscitant la plus grande inquiétude en Afrique subsaharienne en 2017. Au Kenya, par exemple, «76% des personnes sondées estiment que le changement climatique est le plus grand péril qui guette les populations locales, contre 64% en Tanzanie, 59% en Afrique du Sud, et 49% seulement au Nigeria».

En somme, aux yeux des chercheurs du think tank américain, si la menace Daech est ce dont l’on se soucie en premier, dans 18 pays situés essentiellement en Europe, en Asie, au Moyen-Orient et aux Etats-Unis, la préoccupation prépondérante en Afrique subsaharienne serait, en revanche, le changement climatique (62%). D’où les départs et les déplacements internes massifs enregistrés au niveau de cette partie du monde. Raison pour laquelle le Forim, à l’instar de nombre d’autres ONG internationales, a jugé nécessaire d’associer les migrants à la lutte contre le dérèglement climatique et les altérations environnementales y résultant.

Leur initiative n’a pas laissé indifférents nombre d’associations algériennes, à l’image de l’Anpep (Association nationale pour la protection de l’environnement et la lutte contre la pollution) et de AFAD (Association femmes actions et développement) qui se disent fortement intéressées par tout échange, de partage d’expérience ou de coopération éventuelle avec leurs homologues françaises ou d’Europe.

«Ces dernières années, l’Algérie est devenue une terre d’accueil pour des dizaines de milliers de réfugiés climatiques subsahariens. Partant, adhérer ou s’inspirer de telles initiatives, nous sera hautement bénéfique», a tenu à souligner Ali Halimi, président de l’Anpep. En Algérie, comme partout ailleurs dans le monde, le phénomène de la migration climatique inquiète beaucoup de par les proportions de plus en plus sérieuses qu’il risque de prendre au cours des quelques décennies à venir, met en garde l’Organisation des Nations unies (ONU).

Le nombre de migrants et réfugiés climatiques pourrait atteindre 250 millions de personnes dans le monde en 2050, pronostiquent les experts onusiens. Leurs appréhensions semblent se justifier, puisqu’il est fait état, pour donner un ordre de grandeur, de quelque 4 millions de réfugiés syriens ayant fui leur pays, en guerre, depuis 2011, contre près de 85 millions de personnes que les prolongements des retombées environnementales des changements climatiques, comme «l’augmentation du niveau de la mer, événements climatiques extrêmes (cyclones, tempêtes), sécheresse ou encore raréfaction de l’eau…», ont poussées à quitter leur lieu de vie.
 

Naima Benouaret
 
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