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Plages : Règne du mode incivisme

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le 14.07.17 | 12h00 Réagissez

 
	Malgré la beauté du littoral, les familles préfèrent finalement aller à la piscine
Malgré la beauté du littoral, les familles...

Insécurité, mer polluée, harcèlement, incivisme et cherté des services… Si autrefois les familles algériennes y allaient pour se détendre, aujourd’hui, les plages sont surtout un lieu de stress. El Watan Week-end a fait le tour du littoral et vous rapporte…

«Cela fait 15 ans que je ne suis pas allée à la plage à Alger. Il y a déjà 10 ans de cela, les plages commençaient à se dégrader. Cinq ans plus tard, la situation a carrément empiré. C’est malheureux de voir comment nos plages se sont détériorées. Au lieu de laisser les lieux propres, ils les salissent.» Pour Selma, jeune Algéroise de 25 ans, il est hors de question de se baigner dans les plages de la capitale.

Avec sa famille, ils vont chaque été passer leurs vacances à Béjaïa, où les choses ne se passent pas aussi mal que ça. «Là-bas, l’incivisme est moins présent qu’à Alger. On n’y verra jamais une voiture stationnée en pleine mer ! Et on se baigne tranquillement. Les femmes sont libres de porter ce qu’elles veulent et ne sont pas obligées d’avoir quelqu’un avec elles pour se sentir en sécurité», témoigne-t-elle.

Depuis l’ouverture officielle de la saison estivale, la situation des plages à travers plusieurs villes côtières du pays ne cesse de faire polémique et susciter le mécontentement de nombreux estivants. Yasmine, 28 ans, raconte son expérience sur une plage à Zéralda : «Ils nous taxent dès notre arrivée au parking, alors qu’il y a une circulaire qui l’interdit formellement. Mais si par malheur on refuse de payer, ils peuvent facilement s’en prendre à notre voiture. Arrivés sur le sable, on vient nous facturer un parasol, même cas de figure que pour le parking.»

Pourtant, comme l’année dernière, le wali d’Alger, Abdelkader Zoukh, a insisté sur la gratuité totale de l’accès aux plages de la capitale et celle de 14 parkings d’une capacité de 12 000 véhicules. A l’est d’Alger, les baigneurs ont déserté presque toutes les plages, fuyant les eaux polluées. Certains malchanceux ont même été victimes de maladies de la peau. «La plages les Canadiennes ou encore El Kadous ne sont plus fréquentables. C’est  très sale et on voit même les eaux usées dégagées sur le rivages», se désole un habitué des lieux.

Harcèlement

Autre point négatif, l’harcèlement de la gent féminine. En effet, nombreux sont ceux qui déplorent ce problème. Les femmes ne peuvent plus aller à la plage seules, nager comme elles le veulent ou porter ce qu’elles désirent. Pour elles, pas moyen de nager sans se faire aborder. Quand elles sont accompagnées de leur mari, frère ou père, la situation risque de dégénérer et finit souvent par des disputes et accrochages. «Dans presque toutes les plages d’Alger, on ne peut pas nager librement.

Il y a toujours des voyous qui viennent nous embêter. Pour éviter tout débordement, on préfère se réfugier sous le parasol», affirme Yasmine. Ajoutant : «De là, on remarque l’incivisme des Algériens. Je n’en fais pas une généralité, mais ils sont quand même nombreux. Y a ceux qui mettent de la musique, dont les paroles sont inécoutables quand on est en famille. D’autres jettent leurs déchets sous le sable. Nos plages ne sont plus ce qu’elles étaient.

On préfère alors aller à la piscine. On paye plus cher, mais on gagne en tranquillité.» Pourtant, selon les déclarations du wali d’Alger, plus de 1600 agents saisonniers seront mobilisés pour veiller à la propreté et la surveillance des plages de la capitale pour cet été. «Outre 800 agents de la Protection civile, 1650 agents saisonniers seront mobilisés pour entretenir et surveiller les plages de la capitale durant la saison estivale 2017», a-t-il annoncé.

Vers l’Ouest, à Tipasa, les familles algériennes ne peuvent plus supporter la cherté des services et leur médiocrité. Et cela ne se limite pas aux plages publiques. Amina, 30 ans, est une amoureuse de la plage privée La Corne d’Or de Tipasa. Seulement, elle ne peut plus se permettre d’y aller, estimant le prix d’accès très élevé. Elle explique : «J’adore cet endroit, il est magnifique !

La plage est très propre et calme, malheureusement je n’y vais pas souvent, car fixer l’accès à 2500 DA par personne est exagéré et je ne peux pas me le permettre. Mais, côté cuisine, la bouffe est une vraie catastrophe…» Leila, une habituée des lieux, partage cet avis et affirme qu’elle n’y retournera plus jamais. «C’est de l’arnaque ! Les services qu’ils proposent ne sont pas à la hauteur.

On a rencontré plusieurs problèmes durant notre séjour. Par exemple, dès notre arrivée à la plage, la personne qui loue les parasols s’est octroyée le droit de prendre toutes les meilleures places sous prétexte qu’elle a loué l’endroit ! Quelque temps plus tard, la plage, censée être privée, a été envahie par des groupes de jeunes et s’est transformée en espace public, plus sale et plus cher.»

Stress

Le constat n’est pas meilleur dans les autres régions du pays. Plus loin vers l’ouest, dans l’Oranie, le nouveau fléau des voitures en pleine mer fait ravage et chasse les estivants qui déplorent l’incivisme de certains. Les familles se retrouvent obligées de renoncer à leur programme de détente face au non-respect de certaines personnes qui ne respectent rien. Sur place, impossible de se détendre avec toute la musique qui fuse de partout et encore moins de s’allonger sur une serviette sans se prendre un ballon ou une balle de beach-ball en pleine figure.

Selon l’expert en tourisme, Saïd Boukhelifa, la situation des plages est catastrophique depuis le début des années 2000. «Durant les années 1970, quand la population était moins nombreuse, il existait une réelle volonté politique adossée à une culture touristique prégnante sur une adhésion citoyenne. Nos plages étaient cosmopolites, pleines d’étrangers résidents et non résidents qui respectaient les notions d’hygiène ! De nos jours, c’est l’apocalypse», explique l’expert.

Pour lui, si les plages étaient jadis un lieu de détente et de thérapie, elles sont devenues aujourd’hui un lieu rédhibitoire et répugnant. «La saleté s’y conjugue avec l’incivisme d’une jeunesse sans repères, mal éduquée intra-muros et extra-muros. Au lieu de se reposer au bord de mer, la famille algérienne stresse davantage !» constate Saïd Boukhelifa. Pour améliorer cette situation, à moyen et long termes, tous les secteurs doivent mettre la main à la pâte. L’expert propose une mise en tourisme des 14 wilayas côtières.

Cela impliquerait, selon lui, durant toute l’année, les directions de wilaya du tourisme, de la culture, des transports, de la communication, des collectivités locales, de l’éducation, des offices locaux de tourisme, etc.  «Une saison estivale n’est réussie que si localement tous les opérateurs et intervenants concernés sont imprégnés de la culture touristique qui doit cohabiter avec les mentalités 12 mois sur 12. Il faudrait surtout beaucoup de moyens financiers et logistiques aux communes auxquelles il faudrait aussi leur restituer les prérogatives importantes qui les ont démotivées, et qu’on leur a retirées les réduisant à avoir un rôle de comparse.»

Richesses

En effet, comme le tourisme est territorial par essence, ce n’est pas au ministère du Tourisme et à celui de l’Intérieur de s’occuper, avec une vision centralisée et bureaucratique, de la préparation d’une saison estivale ou saharienne. «Les lacunes et les carences viennent d’en haut d’abord, ensuite elles se répercutent sur les pauvres communes désœuvrées ou endettées. Localement, il faut ‘‘un monsieur tourisme’’, diplômé et expérimenté ayant de la personnalité !» poursuit-il. Economiquement parlant, le tourisme est une activité économique créatrice de richesses.

En haute saison, il est le poumon qui fait travailler plusieurs secteurs annexes. «Les wilayas, daïras et les communes côtières gagneraient beaucoup économiquement si elles se mettaient à apprendre le tourisme et ses retombées financières et sociales. Cependant, dans leur majorité, depuis longtemps, elles ont désappris à faire et parfaire des activités touristiques attractives et attrayantes. Elles ne savent pas communiquer et faire la promotion de leurs villes ou régions», se désole l’expert.

Citant l’exemple de Cherchell qui, dans les sixties et les seventies, faisait, grâce à son syndicat d’initiative de tourisme (Office local de tourisme), la promotion de la ville en collaboration avec la poste qui faisait apposer un cachet rectangulaire «Visitez Cherchell, son musée, ses plages, son phare, ses ruines», sur chaque courrier qui partait vers une autre destination.

Pour conclure, Saïd Boukhelifa affirme que la situation catastrophique que connaît la plage algérienne n’est pas seulement une question de parasol ou de parking, mais un problème de fond. Pour lui, «c’est aussi l’inconscience collective adossée à l’impunité et le laxisme de l’Etat. Car pour la majorité des gouvernants, leur progéniture est à Club des Pins ou passe des vacances superbes ailleurs, à Santorin, Mykonos, Ibiza ou aux îles Maldives ! Avant de changer la couleur des maillots de bain, il faudrait aussi songer à faire changer les mentalités !»

Ryma Maria Benyakoub
 
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