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Abdelkrim et Hayet, un couple au service de l’hygiène

«Nos déchets valent de l’or»

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le 30.11.17 | 12h00 Réagissez

Abdelkrim Kadi, un jeune âgé de 32 ans, et son épouse, Hayet, ont décidé de se lancer dans la récupération des déchets. L’aventure de ce couple commence en 2015 avec de modestes moyens.

Mais en un court laps de temps, d’autres idées de projets s’enchaînent et l’horizon s’élargit de plus en plus. «En 2011, j’avais installé une petite entreprise de fabrication de gobelets en papier, et ce, dans le cadre de l’Ansej.

Ce n’est qu’en 2015 qu’a germée dans ma tête l’idée de faire dans la récupération des déchets. J’ai alors commencé à fouiller dans les poubelles des quartiers et des magasins de ma commune, Taghzout, sise à quelques encablures à l’est du chef-lieu de Bouira.

Je cherchais beaucoup plus le papier et le carton», se souvient Abdelkrim. Satisfait des premiers résultats qu’il a eus, notre interlocuteur décide alors d’élargir son champ de fouilles. «En novembre 2016, j’avais effectué une virée à Tikjda pour collecter les déchets. Cette fois-ci, mon objectif était autre que le papier. Je ramassais de l’aluminium, du verre et du plastique. J’étais surpris par les quantités énormes que j’ai trouvées.

En même temps, j’étais déçu de l’état des lieux. Tikjda, ce joyau de la nature, est devenue une immense poubelle. Actuellement, je récupère une moyenne de 14 000 canettes en aluminium par jour, sans compter les autres matières. Je fais de mieux en mieux pour nettoyer la nature. Le travail de récupération nécessite beaucoup de patience et d’attention, car il y a danger aussi. Je me suis blessé à plusieurs reprises».

Le regard des gens ça ne m’intéresse pas

Durant ses sorties sur le terrain, Abdelkrim, parfois accompagné par son épouse ou des membres de sa famille, attire la curiosité des gens. «Une fois la nuit tombée, je sors à bord de mon fourgon pour sillonner les quartiers des villes à la recherche des poubelles. Je le fais la nuit pour ne pas gêner la circulation automobile. Des fois, nous ne rentrons que vers 01h. Quand on fouille, il y a souvent ces regards braqués sur nous. Des yeux qui nous guettent.

Chacun se fait sa propre idée, peut-être du mépris ou de la pitié. Sincèrement, ça ne m’intéresse pas, tant que j’œuvre pour le bien de tous.» Mais par fois, la bêtise humaine est plus forte que le désintérêt qu’affiche Abdelkrim. «Cela m’est arrivé à Tikjda. Alors que j’étais en plein travail de collecte des déchets, je constate une voiture qui arrive en ralentissant. A ma grande stupéfaction, une vitre s’ouvre et un bras jette un sac poubelle dans ma direction. Cela m’avait vraiment touché», regrette-t-il.    

Ces déchets qui valent de l’or

Enseignante de communication à l’université de Bouira, Hayet se qualifie comme le bras droit de son mari Abdelkrim. «C’est un honneur pour moi de travailler dans la récupération des déchets. J’encourage mon mari et je l’aide dans ses sorties, mais aussi avec des idées», dira-t-elle fièrement avec un petit sourire.

«D’un côté nous préservons la nature et notre cadre de vie immédiat. De l’autre côté, nous donnons une autre vie à ces déchets qui serviront dans la fabrication de divers objets», explique-t-elle, en étalant des exemples. «Vous savez, dans le recyclage, tout est récupérable, transformable et réutilisable. Le verre, par exemple, broyé puis moulu, servira de matière première pour divers produits, tels que le nouveau carrelage brillant et lisse.

Ce que nous appelons déchets ou ordures, vaut de l’or. Nous espérons qu’il y aura d’autres initiatives dans la récupération et le recyclage.» En effet, quelle que soit la quantité stockée, elle est vite vendue et la demande est en constante augmentation. Le carton et le papier vont directement aux unités de transformation. A noter qu’en Algérie, quelque  12 millions de tonnes de déchets sont produites chaque année. Cependant, la quantité recyclée demeure insignifiante. Elle ne dépasse pas dans le meilleur des cas 10%.  

Tout le monde nous encourage

Malheureusement, le jeune entrepreneur ne dispose pas d’un lieu adéquat pour le stockage de toute la matière première qu’il récupère dans la nature. Son modeste garage à Taghzout  est situé en pleine zone urbaine. «Je ne veux plus être une source de malaise pour mes voisins. J’avais fait une demande d’un terrain à l’ex-wali de Bouira, M. Cherifi, pour installer une unité de récupération des déchets. Franchement, il nous a beaucoup encouragés. Nous avons eu son accord.

Il s’agit d’un hangar sis dans un coin isolé à Haizer. Nous attendons toujours un arrêté officiel pour en bénéficier. Même le wali actuel, M. Limani, et la direction de l’environnement sont prêts à nous aider», dira, confiant, le jeune Abdelkrim. Les réussites se succèdent encore. Le couple a eu une autorisation émanant de la wilaya, l'autorisant à récupérer les déchets, notamment le papier, au niveau de toutes les administrations publiques et les établissements scolaires de la wilaya.

En contrepartie, l’entreprise du couple, baptisée «Ecologie Djurdjura, récupération des déchets», fournit des sacs-poubelle à ces organismes. Cependant, le manque de  main-d’œuvre freine son essor. «Je ne trouve pas d’ouvriers à embaucher. Rares sont les jeunes qui acceptent de travailler à long terme. A croire que ce créneau est mal vu !»

Un appel aux associations

Hayet et Abdelkrim avaient fait récemment l’acquisition de bacs à ordures qu’ils avaient installés dans leur quartier. Chaque bac est destiné à un type spécial de déchets. «En quelque sorte, nous voulions inculquer la culture du tri des déchets à nos voisins du quartier. Nous voulions aussi étendre cette action un peu partout au niveau de notre commune, et pourquoi pas dans toute la wilaya !»

Les objectifs du duo ne se limitent pas à ce point. La prochaine étape consiste à sensibiliser les écoliers dans leurs établissements sur le tri des déchets et la préservation de l’environnement. «Nous avons remarqué qu’il y a un retard à rattraper. Nous devons responsabiliser nos enfants dès leur jeune âge.

La direction de l’environnement de la wilaya nous encourage à aller dans ce sens. Je lance aussi un appel à toutes les associations qui veulent lancer des campagnes de nettoyage à nous contacter. Nous serons là à collaborer avec elles et récupérer ce qu’elles collecteront.» Les projets du jeune couple sont nombreux et visent même l’international. «Mon rêve est de voyager dans des pays ayant développé le créneau du recyclage. Je veux apprendre plus sur les nouvelles technologies dans ce domaine. Et pourquoi pas trouver des partenaires, car mon souhait est d’installer une grande usine de recyclage pour tous les déchets.»                                                                 

 

Omar Arbane
 
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