Pages hebdo Magazine
 

Moustique tigre : Ce qu’il faut savoir

Taille du texte normaleAgrandir la taille du texte

le 20.10.17 | 12h00 Réagissez

 
	L’espèce Aedes albopictus est originaire d’Asie du Sud, mais est signalée sur tous les continents
L’espèce Aedes albopictus est originaire d’Asie du...

Kouba, Hussein Dey, Bir Khadem, Aïn Naâdja… Autant de communes envahies par le moustique tigre en un temps record. Face aux craintes des citoyens, El Watan Week-end vous en dit plus sur ce petit insecte qui vous fait autant peur.

«C’est en me réveillant un matin que j’ai remarqué des plaques rouges et des boutons sur mes jambes. Ça me grattait comme pas possible. Ca me faisait mal. Je ne comprenais pas d’où ça provenait. Au départ, je pensais que c’était une allergie, car jamais la piqûre d’un moustique ne m’avait causé autant de douleur. C’est en surfant sur les réseaux sociaux que j’ai constaté que beaucoup de personnes de mon quartier avaient la même chose que moi.» Yasmine, 17 ans, a été piquée par le moustique tigre.

«Dans les groupes, on ne parlait que de ces inflammations qui seraient provoquées par les poux des oiseaux et des pigeons. Ayant des oiseaux à la maison, je me suis dit que c’est sûrement vrai. Finalement, il n’en était rien. Certaines personnes qui ont dû consulter un médecin, car leur cas s’était aggravé, nous ont informés qu’il s’agissait d’une piqûre du moustique tigre», explique-t-elle en guise de conclusion. Yasmine n’est pas un cas isolé. Ils sont des centaines à avoir été piqués par ce moustique.

Depuis plus de deux mois, les plaintes se multiplient dans certaines localités d’Alger, notamment Kouba, Aïn Naâdja, Birkhadem ou encore Hussein Dey. «Ma mère a été piquée par ce moustique. Elle est restée clouée au lit pendant plus de cinq jours. Quand ça lui est passé, des plaques, comme des cicatrices lui sont restées sur les jambes», raconte Nawel.

Conséquences

Idem pour Riad, un jeune homme de 27 ans, résidant à Hussein Dey : «Je me suis fait piquer par ce moustique. Selon les échos que j’ai eus, ce sont les personnes qui ont un jardin qui sont les plus susceptibles d’être piquées. Pour ma part, j’ai eu un début de fièvre, mais ce n’était pas méchant. Concernant mes plaques et mes boutons, j’ai appliqué de la Bétadine afin qu’ils sèchent, rien de plus. Trois jours plus tard, je n’avais plus rien.» Nacera, qui habite à Birkhadem, n’a pas eu cette chance.

Elle raconte : «La piqûre en elle-même ne fait pas mal. C’est la douleur causée par ce qu’elle provoque qui est insupportable. J’ai eu des cloques sur les jambes. J’ai été piquée à trois reprises. Les conséquences évoluaient progressivement mais rapidement. Je suis arrivée au point où je ne pouvais plus marcher. J’ai dû aller à l’hôpital où j’ai eu droit à une injection.» Telle une habituée, Nacera recommande de ne surtout pas se gratter. «Comme pour la varicelle, il ne faut surtout pas se gratter au risque de garder des cicatrices.»

De son côté, Najib, un père de famille, dont les enfants ont eux aussi été piqués, a dû se rendre à la mairie de Kouba pour se plaindre afin que la localité lui envoie le produit nécessaire pour tuer ces insectes. Suite à sa démarche, nombreux sont ceux qui ont opté pour la même démarche.

Asie du Sud

«On n’en peut plus, peut-on lire dans des centaines de commentaires. Il faut que la marie s’en charge.» Ainsi, celui qui a suscité autant de peur et d’interrogations mesure moins d’un centimètre. Il s’appelle le moustique tigre ou Aedes albopictus. Il est originaire d’Asie du Sud-Est et est l’une des espèces les plus invasives au monde, actuellement présente dans les cinq continents. Suite aux multiples interrogations des citoyens, l’Institut Pasteur a confirmé la présence du moustique tigre en Algérie.

A cet effet, Saïd Boubidi, docteur en entomologie médicale à l’Institut Pasteur d’Algérie (IPA), affirme que ce moustique est arrivé en Algérie à partir de l’Europe. Il confie : «La présence du moustique tigre a été signalée pour la première fois en Algérie à Larbaâ Nath Irathen, dans la wilaya de Tizi Ouzou, en juin 2010. Depuis, aucune activité de ce moustique n’a été signalée dans la région. Par la suite, il est passé à Oran, avant d’arriver au centre du pays.» Selon le docteur, le moustique est en train de regagner le nord-est du pays, des personnes l’ont signalé à Annaba. Il affirme par ailleurs que ce moustique est hautement invasif et a une faculté d’adaptation exceptionnelle.

Immunité

Sa particularité hormis les tâches noires sur les ailes ? «Il pique la journée et est assez agressif, car même si on le chasse, il revient et préfère piquer les zones inférieures du corps, car on peut moins le détecter, étant loin de notre regard», assure le docteur Boubidi. Il se développe aussi essentiellement au niveau des jardins des maisons, où les familles laissent des ustensiles de cuisine sécher ou des verres d’eau remplis. «En fait, ce moustique est très propre. Il n’est pas issu des eaux usées comme les autres moustiques.

L’insecte prospère dans les zones humides et vertes», assure-t-il. Concernant les réactions dues aux piqûres de ce moustique, le docteur Boubidi assure qu’elles peuvent être impressionnantes, étant donné que nous ne sommes pas habitués à se faire piquer par ce genre de moustique justement. Il explique : «Il faut savoir que quand il pique, le moustique injecte sa salive. Les composants de cette salive sont nouveaux pour les Algériens qui ne sont pas immunisés pour contrer ces piqûres.

C’est pour cette raison que cela provoque de grosses plaques rouges et des œdèmes. Dans certains cas, ça provoque des infections qui nécessitent des antibiotiques.» Pour éviter les contaminations, le médecin préconise d’éviter les endroits où peuvent prospérer ces moustiques. Il conseille aussi à ceux qui ont été piqués de ne pas se gratter. Afin de calmer les démangeaisons, ils peuvent utiliser de l’alcool ou même du vinaigre.

Lutte

Finalement, y a-t-il moyen de réduire la densité de ce moustique ? «Etant donné que ce moustique se développe dans les habitations, la seule recommandation est que les citoyens doivent être vigilants, qu’ils ne laissent pas des contenants d’eau dans leurs jardins. C’est le citoyen qui doit être partie intégrante dans la lutte contre ce moustique.» Concernant les insecticides, il existe un organisme Hurbal, spécialisé dans la lutte contre les moustiques qui fait des traitements en insecticides.

Cependant, selon le docteur Boubidi, «sur le long terme, ce n’est pas la solution la plus favorable, il faut que les gens soient sensibilisés car ce sont eux qui vont aider ce moustique à se développer.» Par ailleurs, dans son rapport publié lundi dernier, le ministère de la Santé a confirmé la présence de ce moustique. «Durant le mois d’août 2017 et suite aux différentes plaintes des habitants de Vieux Kouba (Alger) de piqûres particulières de moustiques, une enquête entomologique a été réalisée afin d’identifier l’espèce.

Les captures ont montré la présence d’Aedes albopictus avec une densité élevée à tous les stades de son développement», peut-on lire sur le rapport. Le rapport aborde aussi le souci de la propagation de cette espèce : «La propagation d’Aedes albopictus est une menace réelle pour les wilayas du littoral algérien et les zones humides. Le contrôle de la densité de ce moustique est faisable, il suffit d’une large sensibilisation de la population.»

Formation

A cet effet, une campagne d’information et de sensibilisation des citoyens à travers les différents médias a déjà été lancée par l’équipe de l’IPA et se poursuivra les semaines qui viennent. La surveillance entomologique à l’aide de pièges pondoirs (pour détecter les œufs du moustique tigre) sera aussi poursuivie par l’équipe d’entomologistes de l’IPA, afin de suivre les densités de ce moustique au niveau des zones colonisées et évaluer l’impact de la démoustication.

Par ailleurs, le ministère assure qu’«une journée de formation des techniciens du Bureau d’hygiène communal (BHC) des wilayas du Centre sur l’utilisation des pièges pondoirs est programmée à l’IPA avant fin octobre 2017 ainsi que le comptage des œufs de moustiques récoltés. La formation se poursuivra au cours de l’année 2018, et concernera tous les BHC des wilayas à risque de propagation du moustique tigre». Notons que le moustique tigre peut transmettre des pathologies virales, comme la dengue, le chikungunya ou encore le virus Zika. 

Sofia Ouahib
 
loading...
le dessin du jour
LE HIC MAZ

Mes infographies

El Watan Magazine

impact journalism days

 

Indépendance Algérie

 

El Watan Etudiant

Chroniques
Point zéro Repères éco

Vidéo

Débats d'El Watan

Débats d'El Watan
Loading...

Suivre El Watan

FacebookFacebook       TwitterTwitter
Télévision
Télérama       Télé Alger TV Algérie