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Location pour les vacances à Oran : Un marché livré à l’anarchie

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le 03.08.17 | 12h00 Réagissez

A chaque période estivale, la ville d’El Bahia attire de plus en plus de juilletistes et d’aoûtiens, qui viennent passer leurs vacances, mettant au jour par la même occasion les limites de l’infrastructure touristique à Oran. Cette insuffisance favorise la consolidation du marché de location existant, en perpétuant les pratiques arbitraires et l’anarchie, ne correspondant à aucune norme ni réglementation.

En effet, les habitants des communes balnéaires d’Oran accueillent des estivants de toutes les wilayas du pays. L’avantage économique est certain, puisque le commerce prospère en cette période et la ville tourne H24.

Toutefois, les capacités d’accueil ne dépassant pas les 6000 lits dans la wilaya, les Oranais ont réadapté la formule location chez l’habitant en proposant leurs maisons à des prix dépassant ceux des hôtels et complexes touristiques, sans engagement écrit ni aucun cadre légal défini. Dans la commune balnéaire de Aïn El Turk, la pratique est courante : chambres, garages, terrasses, tout est bon à louer.

«De Bouisville à St-Germain, même à Cap Falcon ou aux Dunes, pratiquement tout le monde loue. Il suffit d’avoir un garage, une chambre de plus ou un espace quelconque, vous trouverez toujours preneur», commente Abdelatif, un habitant de Aïn El Turk, qui nous emmène faire le tour de la corniche.

Il souligne que les appartements étaient encore disponibles au mois de juillet, mais rien n’est garanti pour le mois d’août, qui est habituellement marqué par les départs en vacances et les grandes affluences d’estivants. «Il est encore possible de trouver un appartement maintenant, mais dès le mois d’août ça sera plus serré. Les prix vont augmenter légèrement et il faudra se contenter de n’importe quoi, c’est-à-dire une location relativement éloignée de la mer et du centre, ce qui peut être bon pour certains qui préfèrent le calme.»

Des prix exorbitants

S’agissant des prix, nous apprendrons qu’une grande fourchette existe, ne correspondant à aucun critère particulier. Abdelatif explique : «Ce sont des tendances, selon les plages considérées comme branchées, avec de nouveaux DJ, des quartiers avec de nouvelles boîtes de nuit, ou des activités commerciales ou artistiques qui attirent plus de gens. C’est très relatif et pas visible. Mais c’est ainsi. Vous trouvez donc des appartements proches de la mer, des F2 ou F3 loués entre 7000 et 10 000 DA la nuitée. Mais vous trouvez également des garages dans le quartier dit Paradis, à Aïn Safia ou ailleurs, à 10 000 DA.» 

C’est un non-sens total, car les chambres d’hôtel coûtent moins cher, avec un meilleur service. Les appartements loués par les habitants sont souvent équipés. Cela veut dire qu’il y a un minimum, à savoir un lit, une armoire et de l’eau chaude.» Il faut savoir que durant le mois d’août, les prix vont exploser. L’année passée, la location d’un appartement de trois pièces a atteint les 30 000 DA par nuit, ce qui est le loyer d’un appartement pendant un mois à Oran durant l’année.

C’est dire que cette activité censée consolider l’offre d’hébergement à Oran en corrigeant le déficit infrastructurel profite d’un laisser-aller criant et plongeant le secteur dans l’anarchie la plus totale. Mais il n’y a pas que les habitants s’improvisant hôteliers qui font comme bon leur semble. Les complexes touristiques affichent également des prix très variés. Il y a d’abord une différence entre la haute et la basse saison, mais également une grande différence des prix entre les différentes structures.

Nonobstant certains complexes réputés et ayant une tradition connue, comme à Eden-Village ou les bungalows publics des Andalouses, les autres structures affichent les mêmes prix que ces structures, par exemple, sans pour autant proposer la même qualité de service, allant de la sécurité, l’hygiène à l’animation pour les familles et les enfants. Abdelatif explique : «Vous avez le complexe des Andalouses qui est connu. Certes les prix sont trop élevés. Mais ça a toujours été comme ça. C’est aussi justifié par une importante demande.

D’ailleurs tout le mois d’août est réservé dans ces lieux. Toutefois, d’autres hôtels ou complexes affichent les mêmes prix, alors qu’ils n’arrivent même pas à garantir le parking pour leurs clients. Il est temps de mettre en place des normes au moins locales pour gérer le secteur, car ça risque de faire fuir les estivants. La concurrence dans d’autres wilayas et en dehors du pays est très forte.» En effet, bien qu’El Bahia attire beaucoup de touristes, il faut savoir que ses habitants préfèrent partir ailleurs, particulièrement en Tunisie.

«Partir en Tunisie nous coûte moins cher. Pour le prix de deux nuitées à Oran, nous pouvons passer une semaine en Tunisie dans un meilleur cadre, transport compris. Vous n’avez qu’à voir les offres des agences de voyages et les dizaines de pages facebook», commente Hakim, père de famille habitant Oran.Notre interlocuteur souligne la qualité des services et des offres en rappelant la concurrence. Une occasion de tirer la sonnette d’alarme, car le secteur du tourisme estival risque d’en souffrir à Oran.
 

Absence de contrôle

Par ailleurs, cette course effrénée vers l’argent à travers la location révèle de nouveaux aspects de la société, de quoi s’inquiéter sur certains principes et valeurs. En effet, l’anarchie et l’illégalité donnent lieu à des abus. Plus explicitement, il faut savoir que les propriétaires dans les communes balnéaires comme Aïn El Turk demandent aux locataires de toute l’année de libérer les appartements durant la saison estivale ou bien de payer par nuitée.

Cette pratique est courante et continue en raison de l’absence de contrôle du marché de la location immobilière. Mme Mokhtaria B. témoigne : «Vous savez comment est le loyer à Oran. Il est très rare de trouver un propriétaire qui accepte de signer un contrat de location et qui ne vous demande pas une avance d’une année. Ici sur la corniche, on ne vous demande que six mois d’avance de loyer par exemple à 35 000 DA par mois. Mais on vous demande également de libérer les lieux pour les mois de juillet et août, pour que le propriétaire puisse louer par nuitée à 20 000 DA.

Il y a même des familles propriétaires qui emménagent pendant cette période chez des proches pour louer leur maison entièrement. C’est incompréhensible. Ils ne cherchent que le gain. Mais c’est très répandu et c’est encouragé par l’absence de contrôle. Même dans les logements dits «sociaux», où des déshérités ont été relogés à partir de bidonvilles, ils finissent par sous-louer leurs maisons en retournant carrément dans leurs wilayas d’origine durant l’été.» L’absence de contrôle est ainsi à l’origine de l’anarchie.

Redouane Benchikh
 
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