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Les «Tchi-Tchi» agacent une population déshéritée

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le 28.09.17 | 12h00 Réagissez

Ils fréquentent le lycée Descartes, aiment traîner dans les halls d’un Maqam Chahid nouvellement construit, parlent français sans rouler les «r», dansent aux rythmes de Madonna ou de Michael Jackson et donnent l’air de ne rien comprendre aux véritables problèmes de société et de ne guère s’en préoccuper.

Ceux qu’on appelle «Tchi-tchi», mot générique désignant la jeunesse dorée algéroise, cristallise le mépris d’une partie de la population à l’encontre de la montée d’une classe d’affairistes liés à la nomenklatura. Ce qu’on leur reproche ? Leur absence dans les longues files d’attente des Souks El Fellah, leur vie en vase-clos, leur insouciance et leurs habits griffés introuvables sur le marché algérien.

Aussi, lorsque les jeunes des quartiers se rebellaient, les slogans visaient directement les nouvelles fortunes : «Barkaouna mel villa’t ebniouna batimat» et «Barkaouna mel honda’t dirounna troliet» à traduire : «Assez des villas, construisez-nous des logements sociaux» et «Assez des Honda (véhicule symbole de la classe aisée, ndlr), on veut des bus de transport public».

Badredine El Mili, dans son ouvrage Présidents algériens à l’épreuve du pouvoir, décrit le fossé qui s’agrandit au sein de la société algérienne en ces termes : «La bourgeoisie d'Etat prit sur elle de rompre, sans état d'âme, le compromis social auquel elle avait été forcée au départ et décida de procéder à la «restructuration» de l'économie qui prit la forme de la casse et du bradage d'une industrie financée, à coups de privations et de sacrifices, par l'épargne publique.

Cette opération fut menée par les chargés de mission de la Banque mondiale recrutés, pour les besoins de la cause, par le président Chadli Bendjedid et le Premier ministre alors en exercice, Abdelhamid Brahimi, qui en firent payer le prix fort aux classes populaires et aux classes moyennes réduites au chômage et à la paupérisation et jetées à la déchèterie d'une privatisation sauvage, avec l'aval d'une UGTA mise au pas depuis 1967».

Et de poursuivre : «Forcée de céder aux nouvelles fortunes informelles, nées dans son giron, et au capitalisme privé légal, son ennemi intime, une partie du patrimoine national, elle se retrancha derrière une politique de ''sauvetage'', par l'argent du contribuable, d'un secteur devenu ingérable du fait de son vieillissement, de la faiblesse de ses rendements et de la médiocrité de son management encadré par les Fonds de participation et, plus tard, par les holdings et les sociétés de participation de l'Etat.» Pour autant, le vocable générique «Tchi-Tchi» englobait plusieurs pans de la société algérienne.

Si, pour le commun des Algériens il s’agissait de petits bourges bourrés de fric issus des affaires prospères des tenants du régime, la réalité est un peu plus nuancée. «Les nouvelles fortunes ne reflètent pas la majorité. Nous étions considérés comme des tchi-tchi, mais nos parents n’étaient pas riches, ils étaient juste universitaires qui nous ont transmis le goût des études, un certain savoir-vivre et une facilité de parler français qui était considéré comme le summum du snobisme», se rappelle Mounir, aujourd’hui approchant la cinquantaine. «Il est vrai qu’on subissait les contrecoups de la crise comme tout le monde, mais on s’en foutait, poursuit sa sœur Amina, le visage encadré par un foulard.

On s’amusait bien et on voulait vivre pleinement notre jeunesse.» L’explosion démographique aidant, une nouvelle génération, n’ayant pas vécu les affres du colonialisme et tournée vers l’avenir, émergeait en ce temps-là. A la veille de la chute du Mur de Berlin, une partie de la jeunesse algérienne rêvait déjà d’une vie à l’occidentale, gavés des discours empreints de paternalisme et des slogans de l’ex-parti unique auxquels ils ne croyaient plus.
 

Amel Blidi
 
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