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Pr Lamine Kouloughli. Enseignant de psycho-pédagogie à l’université mentouri de Constantine

«Les élèves en difficulté sont portés à adopter des stratégies de contournement ou de fuite»

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le 06.04.17 | 12h00 Réagissez

Le professeur Lamine Kouloughli enseigne la psycho-pédagogie et la méthodologie du travail universitaire au département des lettres et langue anglaise de l’université des Frères Mentouri de Constantine. Il est l’auteur de Ecrits Epars-Liés, (Dar El Othmania, 2011), et de L’Université de l’énigme au puzzle : une introduction à la méthodologie du travail universitaire, (OPU, 2012).

- Comment expliquez-vous l’addiction des jeunes lycéens aux smartphones et leur usage en classe ? Cette addiction a-t-elle des conséquences sur l’opération d’apprentissage ?

Cette addiction n’est pas l’apanage des jeunes lycéens. Il n’y a qu’à voir le temps que nous passons sur nos téléphones, et l’absence que nous ressentons quand nous en sommes séparés pour nous en convaincre. Si l’on connaît encore mal les conséquences de cette dépendance pendant la période de l’adolescence, mes lectures me laissent penser que c’est plutôt un aspect négatif – impact sur la santé physique, mentale et psychologique, ainsi que sur le comportement – qui a surtout été souligné, même s’il existe des études qui proposent que la relation que l’adolescent a avec son smartphone participe à la quête d’identité qui caractérise cette période de son développement.

L’usage des smartphones dans la salle de classe (phénomène qui ne se limite pas au contexte algérien) n’est, à mon sens, qu’un autre exemple de l’appauvrissement de la notion même de l’espace – physique et surtout idéel – de l’école. Cet étiolement s’exprime dans l’érosion de la différence entre les comportements – dont l’utilisation du smartphone – que les acteurs de cette institution, élèves et enseignants confondus, devraient s’autoriser à l’extérieur et à l’intérieur de ses murs.

Enfin, l’introduction du smartphone dans la salle de classe ne peut pas ne pas avoir de conséquences sur le déroulement de l’opération d’apprentissage, surtout chez les élèves en difficulté, voire en situation d’échec scolaire qui, face à un environnement qu’ils vivent comme contraignant, sont plus portés à adopter des stratégies de contournement ou de fuite de cet environnement.

- Comment voyez-vous la propagation de cette nouvelle technologie dans les établissements algériens ? A-t-elle des effets positifs ou négatifs sur l’apprentissage ?

En l’absence d’études sérieuses et de données chiffrées, il me semble difficile d’émettre quelque jugement sur ce que vous appelez la «propagation» de ce phénomène dans les établissements algériens. Combien d’élèves algériens sont en possession de smartphone ? Combien d’entre ceux-ci le ramènent à l’école ? Y a-t-il des différences d’établissement à établissement ? De région à région ? L’absence de ces études rend difficile la quantification et la qualification des effets de cette nouvelle technologie sur l’apprentissage dans l’environnement éducatif algérien.

L’expérience comparatiste, de son côté, si elle aide souvent à une meilleure compréhension d’un phénomène, nous laisse, dans ce cas particulier, sur notre faim tant les résultats des recherches sur les effets des smartphones sur l’apprentissage, conduites ailleurs, sont peu concluants sinon contradictoires.

A titre d’exemple, deux de ces études me restent à l’esprit, d’abord cette étude de 2015 de la Singapore Management University qui a certes concerné une population restreinte, et qui conclut que confisquer aux apprenants leur téléphone pendant la classe crée un niveau d’anxiété tel qu’il influe de manière négative sur leur apprentissage et sur leurs notes. Implication pédagogique : autoriser les téléphones portables en classe et ménager pendant chaque cours des «pauses technologiques» pour permettre aux apprenants un contact avec leur smartphone et un retour revigoré parce que débarrassé de l’effet de manque vers le contenu d’apprentissage.

Ensuite, cette autre étude, la même année, par la très sérieuse London School of Economics qui conclut, quant à elle, que des écoles anglaises ont vu les résultats de leurs apprenants s’améliorer de manière significative suite à l’interdiction des smartphones dans leurs périmètres. Je vous laisse le soin de conclure.

- Etes-vous d’accord pour un usage contrôlé des smartphones dans les opérations d’apprentissage ? Et quels seraient les moyens pour atteindre cet objectif ?

A votre question, je répondrais par oui si le préalable que chaque élève participant à une telle opération d’apprentissage ait un smartphone était respecté, et si «usage contrôlé» signifiait une capacité à identifier et à isoler tous les «bruits» ; j’entends par là tous les éléments qui viendraient détourner l’utilisation des smartphones, j’entends par là également chacun de ces smartphones sans exception aucune de leur objectif pédagogique.

En plus de la disponibilité de moyens matériels que je vous laisse le soin d’apprécier, cet objectif nécessite aussi un apprentissage de cette technologie et de son utilisation à des fins éducatives d’abord par les enseignants – y compris l’administration de l’établissement –, puis par les élèves, et enfin par les parents. Ce n’est que par un tel apprentissage préalable, chez tous les protagonistes de la relation pédagogique, que pourra être généré un «usage contrôlé» des smartphones dans les opérations d’apprentissage.
 

Yousra Salem
 
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