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Humour mordant durant les années de terreur

Le rire malgré la violence

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le 05.10.17 | 12h00 Réagissez

C’est en pleine violence terroriste que les blagues algériennes se firent acerbes. Face à la furie terroriste, les algériens ont pris le parti du rire jaune. «Ne voyons aucun paradoxe à cela, ne nous étonnons pas non plus de voir humour et violence faire bon ménage.

Le rire a souvent été associé à la gravité, au solennel et à la mort. En faisant le choix d’en rire, les Algériens tentent de maîtriser les angoisses et les peurs suscitées par la perte des repères imposée par cette décennie meurtrière», explique l’anthropologue Abderrahmane Moussaoui dans un texte dédié au «Rire en temps de violence». Lorsqu’on imposa un couvre-feu à la fin de l’année 1992, privant les citoyens du droit de circuler, elles font état d’une voix devenue inaudible et vaine.

Jugeons-en : «Dans dix minutes, il sera vingt-trois heures à Alger, l’heure où commence le couvre-feu, quand un citoyen pressant le pas pour rentrer chez lui passe près d’un barrage de police. Un des deux policiers en faction le vise et tire sur lui sans sommation, le tuant sur le coup. Médusé, son collègue lui fait remarquer qu’il n’est pas encore vingt-trois heures, heure où la loi les autorise à abattre les personnes en circulation qui n’obtempèrent pas à leurs ordres. Il répond : ''Je le connais, c’est mon voisin. Il habite loin d’ici. Il n’arrivera jamais chez lui avant minuit''.» Certaines hkayette questionnent notre rapport à la bravoure, à la sexualité et au machisme.

C’est le cas de cette histoire mettant en scène un couple marié qui tremble face à un barrage d’hommes armés. On commence par faire descendre de voiture la fille, à qui on demande son prénom. «Je m’appelle Aïcha», dit-elle en tremblant. Soudain, elle voit le visage du gaillard qui l’interrogeait s’attendrir et ses yeux s’embuer.

«Ton nom me rappelle celui de ma mère que je n’ai pas vue depuis plusieurs mois. Elle s’appelle Aïcha également», dit le farouche terroriste devenu subitement un aimable et doux garçon. Puis, se ressaisissant, le terroriste dit à la jeune femme : «Parce que tu m’as rappelé ma mère, tu es quitte cette fois-ci. Mais ton compagnon, lui, n’échappera pas au châtiment. Il sera exécuté.» Le compagnon qui tendait l’oreille avait tout écouté.

Quand le terroriste lui pose la même, «Comment t’appelles-tu ?», il répond : «Mohammed», et s’empresse d’ajouter : «Mais je dois vous dire que dans le quartier on m’appelle Aïcha.» «Comme souvent en matière de dérision, la sexualité est, avec la niaiserie, un des registres thématiques privilégiés. Les multiples histoires drôles que se racontent jeunes et moins jeunes à longueur de journée illustrent bien ce phénomène. Le contexte violent leur a donné de la vigueur et un nouvel élan», décortique Abderrahmane Moussaoui. A leur façon, les hkayette nous disent quelque chose sur nos lâchetés et nos tourments.

Un homme arrive chez lui en état de choc, la respiration entrecoupée. Ses mots sont à peine compréhensibles. Surprise, sa femme lui demande : «Qu’est-ce qui t’arrive ?» «Des terroristes ont arrêté le bus qui nous transportait. Ils ont violé la moitié des voyageurs et tué l’autre moitié.» «Et toi, qu’est-ce qu’ils t’ont fait ? «Euh… Moi ? Ils m’ont tué !»

Faute de nous faire rire, ces blagues pourront toujours «faire mémoire».
 

Amel Blidi
 
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