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Le raï subversif enchante une jeunesse excédée

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le 28.09.17 | 12h00 Réagissez

Une petite révolution musicale, émanant des cabarets et des bas fonds oranais, soufflait sur le pays dès le début des années 80'.

Tranchant avec le politiquement correct et une certaine rigidité de la musique algérienne passant sur l’Unique, le raï avec sa langue crue, ses improvisations, ses délires et ses déraisons, ses flûtes paysannes, son synthé tapageur et ses guitares séduisait une génération assoiffée de liberté. Le contexte politique permit son épanouissement. La jeunesse algérienne, gavée des discours officiels et des refrains ronronnants, désillusionnée des promesses d’avenir et du socialisme triomphant, espérait un changement.

En cette décennie où la révolte fait rage, les jeunes trouvaient dans le raï rebelle un exutoire à leurs malheurs. Bien sûr, ce blues rural existait, hantant depuis longtemps déjà les faubourgs oranais depuis l’arrivée des «rurbains», noyant leur amertume dans la musique. Il était né au début du XXe siècle dans l’Oranie (les villes de Relizane, Sidi Bel Abbès, Oran et Aïn Témouchent, Mascara se disputent encore sa paternité). L’émergence d’une nouvelle génération de «chebs» a amené le raï au rang de musique populaire. Grâce au petit studio de Rachid Baba Ahmed, la musique se voit agrémentée de nouveaux sons : synthétiseurs, guitares électriques, cuivres, accordéon, batteries…

Et Cheba Zahouania de chanter avec Hasni derna l’amour fi barraqua m’renqua (Nous avons fait l'amour dans une baraque en ruine), vendant ainsi pas moins d’un million de cassettes. Et Cheb Khaled de lancer ses toutes premières chansons, certes pas aussi sophistiquées techniquement que ses derniers opus, mais qui suintaient néanmoins une émotion et une sincérité désarmantes. Et le couple Fadhéla et Sahraoui de triompher internationalement avec leur tube Ma andi Zhar maâk (Je n’ai pas de chance avec toi).

L’anthropologue Ahmed Ben-Naoum explique dès 1985 : «Au moment où s'épuisent le cheikhate, où la flûte devient inaudible à des oreilles assourdies par le disco dont les échos traversent la Méditerranée, surgissent la trompette et le saxophone de Bellemou, musicien de fanfare municipale. Les cuivres de Bellemou conquièrent l'espace acoustique de la ville, du mariage et du cabaret relayés par la démographie galopante de la cassette. Le pop-raï mobilise les jeunes, emplit les stades.

Bellemou accompagne la conquête de la scène sociale par les jeunes qui découvrent ce qu'ils cherchaient depuis longtemps de manière confuse : une identité musicale, une langue qui s'entend, une parole qui dit leur misère sexuelle et qui porte l'intensité de leur présence, des rythmes qui électrisent le corps que l'institution fige dans l'évanescence des musiques minablement professorales.» Certains morceaux font hurler au scandale. Peut-être est-ce ce parfum d’interdit qui faisait son succès. Pour le sociologue Hadj Miliani, le raï était «subversif malgré lui». «En disant crûment les faits à hauteur du vécu individuel dans lequel se reconnaissait un nombre important de personnes, ici ou ailleurs.

Il est ''constatataire'' plus que ''contestataire''. Cela suffit pour qu’il dérange pas mal de monde, bien-pensants et militants professionnels», explique-t-il dans un entretien à El Watan (Arts et Lettres, 18.02.17). Durant ces années-là, une petite équipe de la radio Chaîne 3 (composée notamment de l’animateur Mohamed Ali Allalou et du réalisateur Aziz Smati) qui connaissaient un succès fou avec leur émission «Contact», n’hésitent pas à passer le raï sur les ondes. Le premier Festival du raï d’août 1985 intronisera de façon officielle le raï. Pendant que le pays s’enfonçait dans les abysses, la jeunesse dansait sur des rythmes endiablés et sauvages, faisant mine d’ignorer le naufrage.


Amel Blidi
 
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