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Mohamed Achir. enseignant en sciences économiques à l’université de Tizi Ouzou

«Le plafonnement des importations va créer une rupture des approvisionnements des biens de consommation finale»

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le 26.10.17 | 12h00 Réagissez


En dépit de l’inflation annoncée par les experts, les consommateurs algériens n’ont pas recouru au stockage des produits alimentaires comme cela avait été le cas durant la crise de 1986. Comment expliquer-vous les attitudes des Algériens vis-à-vis de l’actuelle crise ?

La crise actuelle n’est pas au même niveau de gravité que celle de la fin des années 1980. Les réserves en devises du pays peuvent assurer deux ans d’importations. La position financière extérieure du pays est certes très fragile, mais demeure positive étant donné que le pays n’enregistre pas de dette extérieure. La décision du gouvernement de poursuivre la politique sociale et les subventions des produits de consommation (le lait, le blé, le sucre, etc.) a fait ralentir le niveau de la panique des ménages.

Si la crise de la fin des années 80’ n’a pas servi de leçon aux dirigeants, peut-on dire qu’elle a servi de leçon aux consommateurs qui ne cèdent pas à la panique jusque-là ?

En économie, c’est un fait positif lorsque la panique est évitée. Car la crise ne peut être aussi aggravée que par la panique généralisée des agents économiques. Je pense que les Algériens sont mieux informés que durant la crise de 1986 de la situation de leur économie.

En effet, ils savent que le pays n’est pas en faillite générale et des ressources potentielles peuvent être exploitées. C’est pourquoi, à mon avis, malgré le fait que leur anticipation demeure négative, elle n’est pas arrivée au niveau de la panique et de stockage des produits de consommation. Le PLF pour 2018 a été, je crois, conçu pour éviter une situation de panique générale des agents économiques.

Le marché de l’immobilier connaît une stagnation, voire une chute des prix des ventes de 50%(chiffres de la Fédération nationale des agences immobilières). L’impôt sur la fortune annoncé est-il à l’origine de cette stagnation ?

Le marché immobilier en Algérie n’est pas suffisamment organisé et enregistre souvent des mouvements de prix aléatoires, dont l’allure est généralement haussière. En effet, le mouvement des prix des biens immobiliers ne peut pas être expliqué exclusivement par des facteurs économiques conventionnels. Autrement dit, les coûts des transactions, le niveau de l’offre et de la demande, la qualité des biens, les impôts et taxes peuvent certes impacter les prix, mais il y a d’autres facteurs qui influencent le marché immobilier.

Les motifs spéculatifs, le blanchiment d’argent et la transformation des actifs financiers liquides en bien immobiliers sont aussi dans certains cas des facteurs déterminants des prix. Quant à la baisse constatée durant ces derniers mois des prix de l’immobilier, il ne faut pas la subordonner à la décision du gouvernement d’appliquer l’impôt sur la fortune, mais à un mouvement général de panique qui influence l’anticipation des opérateurs et des acheteurs.

L’achat de l’immobilier était jusque-là une valeur refuge pour les fortunés avant qu’ils ne se retournent vers l’achat de l’euro. Qu’est-ce qui justifie ce changement d’attitude ?

En Algérie on ne dispose pas d’un marché financier permettant aux bailleurs de fonds, aux investisseurs et aux ménages de placer leur argent en quête d’une rentabilité et d’une gestion moins risquée de la valeur de leurs actifs financiers. C’est pourquoi le marché informel de la devise et le marché immobilier en constituent l’alternative pour ceux qui possèdent des fortunes en liquides. Le pays risque une spirale inflationniste galopante, à cause de la dévaluation successive du dinar et l’émission monétaire non conventionnelle.

Cela a poussé certains détenteurs d’argent à placer leur argent en actifs immobiliers et même à les échanger contre les devises (euros et dollars, yuans). Mais ce qu’il faut noter c’est que ces devises sont transférées à l’étranger et finissent généralement par être investies dans le marché immobilier. En tout cas, on ne peut pas être affirmatif par rapport aux prix de l’immobilier en Algérie. Les prix ne sont pas stables et le marché n’est ni régulé ni organisé.

Quels sont d’après vous les produits ou plutôt les aspects qui seront sacrifiés par les ménages pour contenir la crise ?

Les effets de la crise vont être constatés surtout dans la pénurie de certains produits de consommation finale et mêmes industriels. Les licences d’importation et la décision du gouvernement de plafonner les importations à hauteur des 35 milliards de dollars vont créer une rupture des approvisionnements des biens de consommation finale, mais aussi des intrants destinés à la production. Faut-il noter que depuis la fin des années 1990 à nos jours le mode de consommation des Algériens a beaucoup changé.

Il est extraverti, l’Algérien ‘’s’approvisionne’’ en grande partie de l’extérieur. C’est pourquoi il est très difficile de compresser certains produits de consommation finale. La production nationale n’est pas encore en mesure de satisfaire la consommation globale des ménages, surtout en termes qualitatifs. Le marché informel va être alimenté par des importations des particuliers et le marché de la devise va encore enregistrer une allure haussière.
 

Rahmani Djedjiga
 
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