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Agriculture sous serres à Biskra

La tomate de Mziraâ veut séduire l’Europe

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le 11.03.17 | 12h00 Réagissez

 
	Nour Tahraoui dirige d’une main de fer le département Agriculture du groupe
Nour Tahraoui dirige d’une main de fer le département...

Pourquoi diable le prix de la tomate a-t-il brusquement flambé le mois dernier pour tutoyer la barre des 200 DA le kilo ? Pour comprendre les raisons de cette hausse, direction Mziraâ, à l’est de Biskra.

C’est là, dans cette plaine maraîchère qui s’étend sur des centaines et des centaines d’hectares, que se produit l’essentiel de ce légume-fruit indispensable au panier de la ménagère. Ici, au milieu d’immenses serres chauffées artificiellement, active le grand producteur de tomates,
Mohamed Tahraoui.

La tomate est chère ? «C’est à cause de la vague de froid qui a sévi en janvier. Les producteurs qui n’étaient pas équipés pour résister à ces aléas climatiques ont perdu leurs plants et leurs récoltes. Nous étions pratiquement seuls sur le marché», explique Mohamed Tahraoui, PDG du groupe éponyme.

Fondé en 1974 autour d’une exploitation agricole située à Mziraâ, ce groupe familial englobe plusieurs sociétés privées qui activent dans la réalisation de travaux hydrauliques, le secteur de l’agroalimentaire, le médico-chirurgical et le secteur minier. «L’agriculture ne représente rien dans notre chiffre d’affaires, mais elle fait toute notre fierté. Nous avons la conviction que nous devons arriver à l’autosuffisance alimentaire», dit M. Tahraoui.

L’objectif est affiché en grosses lettres et en bonne place à l’entrée du tunnel qui donne accès aux serres : «Satisfaire le marché national, puis s’ouvrir les portes de l’exportation». Simple slogan publicitaire ? Loin de là. Sur le terrain, le groupe se donne les moyens d’ouvrir un jour les portes de l’Europe à la tomate algérienne.

A en juger par ses qualités gustatives et son aspect extérieur, celle-ci à tous les atouts et tous les atours pour séduire le monde. Si Mohamed Tahraoui, cinquantenaire passionné de la terre, connaît tout des secrets de la tomate, du poivron ou de la tomate-cerise, il préfère volontiers s’effacer devant sa nièce Nour, 25 ans, fraîchement sortie de l’université avec un diplôme en commerce international.

C’est cette dynamique jeune femme qui gère le département agriculture du groupe. En plus de la ferme familiale, il s’agit de 58 hectares sous serres dédiés principalement à la production de poivrons, tomates et aubergines. Lancé il y a six mois, le projet phare du département agriculture est axé sur la production intensive de la tomate selon les normes universelles les plus modernes.

De la tomate-cerise algérienne

Les journées de Nour Tahraoui commencent au chant du coq ou de l’appel du muezzin quand le commun des mortels n’a pas fini de se retourner dans son lit. Elles se terminent à 17h, au moment où elle prend le bus avec ses ouvrières pour rentrer sur Biskra. Passionnée par son travail, elle ne compte ni ses heures ni ses efforts. A 5h pétantes, la longue journée commence en un rituel immuable. Son commercial l’appelle du marché de gros de fruits et légumes de Mziraâ, à l’est de Biskra, pour la briffer sur les tendances du jour. La suite ? Nour fixe le prix de la tomate qui sera acheminée sur les marchés de gros et de détail avant d’arriver dans votre assiette.

Chaque jour, plus de 20 tonnes de ce fruit rapporté des Andes par les Espagnols au début du XVIe siècle sont produites sur l’immense exploitation agricole de 9 hectares de serres multi-chapelles que Nour Tahraoui dirige d’une main gantée de blanc et un sourire qui ne la quitte jamais malgré les longues journées de travail à cavaler dans une atmosphère de hammam. Huit variétés de tomates en tout sont produites dans ses serres tellement immenses que l’on pourrait facilement s’y perdre. De l’ingénieur qui contrôle la qualité des produits au simple ouvrier chargé de la récolte, en passant par les nombreuses femmes qui assurent le conditionnement, près de 150 personnes travaillent sous ses ordres. Le personnel est en majorité féminin car, finalement, la tomate, fruit sensible qui demande du doigté et de la finesse, est surtout une affaire de femmes.

Autre innovation chez Mohamed Tahraoui, il est le seul producteur algérien de tomate-cerise. Parfumée, juteuse, sucrée ou légèrement acidulée, jaune ou rouge, la tomate-cerise est avant tout un régal pour les yeux. Ses grappes ressemblent à des bijoux sertis de corail. Ici, on pousse le souci du travail bien fait jusqu’au moindre détail. Beaucoup de grandes surfaces commencent à proposer ce produit quelque peu exotique, alors que les chaînes télé spécialisées en cuisine popularisent peu à peu sa consommation et son usage. A l’entrée des serres, de grands hangars servent au stockage des récoltes et une nuée de femmes s’activent à la mise en caisse. Après le calibrage du produit, son conditionnement et son emballage se font dans des caisses en carton spécialement conçues.

Les tomates-cerises sont emballées dans des caisses en carton ou des barquettes en plastique. Le produit en jette et change radicalement des tomates grossièrement empilées dans des cageots en plastique. De la phase de semis des plants jusqu’à la commercialisation du produit sur les marchés de gros, les meilleurs soins sont apportés à la tomate afin d’assurer un produit irréprochable à tous points de vue. Ici, on mise sur la qualité. Nour Tahraoui est tellement passionnée qu’elle a créé elle-même l’étiquetage et la marque du produit. Novaprim, la marque de ses primeurs, est une marque déposée. «Notre ambition est d’arriver un jour à exporter nos produits», dit-elle.

D’immenses chaudières couplées à un système informatique maintiennent les serres à température constante. Il fait constamment aux alentours de 35 C° sous ses toits qui laissent passer une lumière blafarde. A travers les interminables allées des serres, des travailleurs, en majorité touareg, s’activent à faire sortir les rebus de la taille ou à réparer les kilomètres de gaines et de tuyaux du système d’arrosage au goutte-à-goutte. «Les Touareg sont les seuls qui s’adaptent à la chaleur qui règne ici», explique Nour.

D’autres travailleurs, beaucoup plus petits et moins visibles, s’activent toute la journée sur les plantes. Ils assurent la pollinisation et la fertilisation dans un va-et-vient incessant entre les petites boîtes en carton dans lesquelles ils nichent et les plants de tomates qui ne cessent de s’élever en hauteur. Ce sont les bourdons, et le groupe Tahraoui est l’un des tout premiers producteurs à avoir introduit cette technique biologique. Le personnel de l’entreprise est déjà passé à l’heure du «Maghreb United» puisque l’une des ingénieurs chargée de la qualité vient de Tunisie alors que des travailleurs spécialisés dans la taille des plantes sont, eux, marocains.

Culture hors-sol et exportations

Le prochain défi de Nour Tahraoui, qui ambitionne de passer très bientôt au bio et à la culture hors-sol, est de s’affranchir des contraintes liées au travail du sol. «Le hors-sol a de multiples avantages. Plus question de laisser les parcelles se reposer, la production peut aller du simple au double, les fruits sont calibrés naturellement alors que le côté gustatif est contrôlé par fertigation», dit-elle. La fertigation est ce que les ingénieurs donnent à la plante par le système du goutte-à-goutte, le mot étant composé de fertilisation et d’irrigation. Le fait déjà de satisfaire le marché national en tomates en quantité et surtout en qualité est déjà une victoire en soi. Si le groupe arrive à dégager des excédents pour exporter, ce serait la tomate-cerise sur le gâteau… 

Djamel Alilat
 
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