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Taha Hammouche. Directeur Général de la pêche et de l’aquaculture

«La production halieutique annuelle en Algérie ne dépasse pas les 100 000 tonnes»

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le 01.02.18 | 12h00 Réagissez

Taha Hammouche, directeur général de la pêche et de l’aquaculture, a bien voulu répondre à nos questions sans retenue. Il revient sur les pêches controversées, telles que la pêche à la dynamite ou la pêche à l’électricité, et note la stagnation de la ressource marine dans notre pays.

- Beaucoup de marins-pêcheurs dénoncent l’utilisation abusive de la dynamite en mer sans que ces criminels soient inquiétés. Comment réagissez-vous à ce cri ?

Les lois existent pour punir les utilisateurs de la dynamite en mer. D’ailleurs, ces lois interdisent formellement l’utilisation, non seulement de la dynamite, mais aussi d’autres pratiques qui nuisent au secteur de la pêche. Les services compétents en la matière font un travail formidable pour la préservation de la ressource marine. Mais au-delà de la répression, il y a tout un travail de sensibilisation à réaliser en amont avec les professionnels de la mer. La pénalisation a montré ses limites.

- Les marins-pêcheurs s’inquiètent de la diminution de la ressource marine. Leur avenir est menacé. Le volet protection de la ressource semble avoir été oublié au profit de la course vers l’argent facile ?

Effectivement, il a été noté par l’ensemble des scientifiques qu’il y a réellement une diminution de la ressource au sein du bassin méditerranéen. Donc, il y a une série de mesures qu’il faut prendre pour préserver cette richesse qui se trouve dans la mer, d’abord, et ensuite se mobiliser pour la développer et l’augmenter. Nous avons beaucoup de mesures que nous envisageons d'engager à cet effet, pour protéger cette ressource marine.

- Etant un pays méditerranéen, le débat sur la pêche électrique fait parler de lui ?

C’est une pêche controversée. Elle est interdite en Algérie. C’est une pêche qui permet d’avoir des quantités énormes de poissons à travers l’utilisation d’un système d’électrodes sur une seule pêche. Même l’Union européenne hésite à l’autoriser, en raison de son impact négatif sur la faune et la flore marine.

- Lors de vos déplacements à la rencontre des professionnels de la mer, vous mettez l’accent sur l’organisation de cette catégorie professionnelle qui fait aujourd’hui défaut...

Comme toutes les professions, il est vital de s’organiser pour faire face à tous les types de pêche aléatoire, la pêche illégale. Puisque vous avez évoqué tout à l’heure l’inquiétude des marins-pêcheurs, nous estimons que c’est à la profession de défendre son secteur. Les gens de la mer sont en première ligne. Ils doivent mener des actions pour protéger la ressource marine qui ne cesse de s’amenuiser.

Donc, il faut s’organiser au sein des structures pour une défense efficace de la mer. Le mouvement associatif doit défendre aussi le secteur de la pêche et s’impliquer directement pour sa protection selon les lois de notre pays.

- Comment réagissez-vous quand les marins-pêcheurs se plaignent de la pollution marine qui est à l’origine du massacre de la mer et de ses richesses ?

Il y a effectivement une pollution qui est observée çà et là le long de notre littoral. Heureusement qu’il n’est pas totalement pollué. Je reconnais qu’à ce jour, il y a des poches de pollution. Il y a un travail qui est réalisé en collaboration avec le ministère de l’Environnement et des Energies renouvelables afin de mieux protéger le littoral.

Il y a un réseau de surveillance du littoral qui est mis en place par les laboratoires algériens, je citerais le Commissariat national du littoral, les écoles et les instituts spécialisés. J’ajouterais qu’il y a réellement un travail par la surveillance de la qualité de l’eau de mer, d’une part, et d’autre part, un travail de sensibilisation pour la préservation de l’environnement maritime.

Vous savez que c’est un gisement que nous voulons exploiter, afin de créer de l’emploi et de la richesse pour le développement de l’économie nationale.

- Vous avez évoqué l’organisation d’une rencontre nationale. De quoi s’agit-il ?

Cette rencontre nationale est au stade d’idée. Il faut attendre d’abord la fin du processus des élections des Chambres de wilayas de la pêche et de l’aquaculture, l’élection de la Chambre nationale de la pêche et de l’aquaculture, un processus qui devra s’achever vers la fin du premier trimestre 2018.

Quand nous aurons une chambre réellement représentative qui défend l’intérêt des professionnels de la mer, leurs préoccupations mais aussi l’avenir du secteur de la pêche et de l’aquaculture, nous allons organiser cette rencontre nationale, je précise qu’elle impliquera tous les acteurs de notre secteur.

- La spiruline est un sujet qui passe aujourd’hui sous silence, pourquoi ?

La spiruline est un domaine extraordinaire qui concerne une ressource très précieuse et inestimable. Dans notre pays, il y a des exploitations qui maîtrisent les techniques et la gestion des fermes de production de cette algue, la spiruline. Le pionnier avait entamé son expérience au sud de l’Algérie, le climat est un atout. Ensuite, d’autres opérateurs avaient commencé à produire de la spiruline à Oran, à Sidi Bel Abbès et à Relizane. Les promoteurs de la spiruline répondent aux besoins du marché national et visent l’exportation de la spiruline vers l’Europe.

- Avez-vous des relations avec les associations locales qui s’attellent à créer des récifs artificiels le long de la côte algérienne ?

Evidemment, nous avons été à l’origine de l’adoption du texte par notre gouvernement au mois d’octobre 2017. Nous sommes en contact avec des associations qui commencent déjà à installer les récifs artificiels. Maintenant que le texte est adopté, nous comptons organiser une journée de formation au profit des associations pour mieux expliquer les techniques et les expériences déjà menées sur le terrain. Il y aura la projection des documentaires.

A présent, nous assistons à une prise de conscience du mouvement associatif et des professionnels de la mer. Ils s’intéressent à l’importance des récifs artificiels, qui constituent des outils scientifiques de protection et de régénération de la ressource marine. La présence des récifs artificiels permettra aux scientifiques de mener des études dans le milieu marin. Les récifs artificiels peuvent être exploités dans le cadre des activités de hoisirs, avec la présence des plongeurs. Les récifs artificiels sont utiles en mer.

- Il y a un projet de réécriture des programmes pédagogiques, de quoi s’agit-il ?

En effet, nous avons un programme avec l’appui de l’Union européenne, programme Diveco (Diversification de l’économie). C’est un programme national d’assistance et d’appui que nous engageons avec le soutien de l’U.E.

Il s’agit de la mise en œuvre d’un programme, afin d’augmenter l’employabilité des stagiaires qui étudient dans nos centres de formation, la révision du programme et la refondation du système de formation par un mode plus pratique. Je m’explique, cela signifie qu’à l’issue de sa formation, le jeune diplômé est automatiquement embarqué par les armateurs comme un employé confirmé.

- Pouvez-vous nous parler des résultats du bateau scientifique qui avait «balayé» la côte algérienne pour mieux révéler les gisements de poissons disponibles ?

Ce navire scientifique avait donné des résultats qui avaient été communiqués à l’occasion d’une journée nationale organisée au sein de l’INRA (Institut national de recherche agronomique), en présence des professionnels de la mer, des scientifiques et des chercheurs. La tendance de la stagnation de la ressource marine pour notre pays est confirmée par le résultat des évaluations effectuées par ce navire. D’ailleurs, cela se reflète sur les captures enregistrées ces dernières années.

Depuis 2010, le niveau de la production halieutique annuelle en Algérie ne dépasse pas 100 000 tonnes. En 2017, nous avons eu une augmentation qui avoisine 5%. C’est la raison pour laquelle le gouvernement de notre pays s’attelle à encourager les investissements en aquaculture, afin de permettre à l’Algérie de produire son propre poisson, pour compenser le déficit dû à cette stagnation de la ressource marine. 50% de la production mondiale de poissons proviennent de l’aquaculture.

Notre pays ne peut pas être en dehors de cette dynamique universelle. Nous accentuons tous nos efforts et mobilisons tous nos moyens pour nous orienter vers ce créneau de l’aquaculture qui est porteur. Nous avons un programme ambitieux en matière de projets d’investissement dans l’aquaculture, qui peuvent assurer un développement indéniable pour notre secteur à l’avenir. D’ailleurs, pour la wilaya de Tipasa, il y a 15 projets d’investissement en aquaculture, dont cinq seront mis en exploitation au cours de l’année 2018.

M'hamed Houaoura
 
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