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Le Maghreb uni pour reconnaître le couscous

La guerre du couscous n’aura pas lieu

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le 25.01.18 | 12h00 Réagissez

La guerre du couscous n’aura pas lieu

Et si la solidarité entre Etats maghrébins, dont les bisbilles algéro-marocaines sont régulièrement narrées par les gazettes des deux pays, commençait par la reconnaissance du couscous comme patrimoine «commun» ?

Le directeur du Centre national de recherches préhistoriques, anthropologiques et historiques (CNRPAH), Slimane Hachi, a annoncé cette semaine l’introduction d’un dossier pour le classement de ce mets au patrimoine universel de l’Unesco. Fait inédit : la démarche sera faite conjointement par les trois pays du Maghreb. Une réunion, regroupant des experts maghrébins, devrait se tenir au printemps prochain dans le cadre du projet de classement de leur patrimoine culinaire commun.

Le fait est que, sous des dehors banals, le sujet est sensible. Les trois pays du Maghreb revendiquent l’origine de ce plat à base de semoule de blé dur, préparé avec de l'huile d'olive (ou du beurre) et accompagné de légumes, d'épices, de viande ou de poisson. Les disputes se font plus intenses entre les Algériens et les Marocains, en conflit autour de la question du Sahara occidental, dont la rivalité s’est transposée sur le terrain politique, diplomatique, militaire et culturel.

Comme pour la question du Sahara occidental, la Tunisie semble observer une «neutralité positive», laissant les internautes des deux pays concourir, par réseaux sociaux interposés, sur les mérites respectifs de leurs versions de la célèbre spécialité. Le fait est que le couscous marque la séparation culinaire entre le Maghreb et le Machreq, ligne invisible délimitant les amateurs de blé et les consommateurs de riz. Interrogé par El Watan Magazine, Slimane Hachi semble plaider pour une approche dépassionnée, mettant en exergue la civilisation du blé, qui a rayonné sur toute l’Afrique du Nord. Ce sera, pour Ouiza Gallèze, chercheure au CNPRAH, citée par l’agence APS, «une reconnaissance et un moyen de raffermir les liens solides entre les peuples, dans le sens où ils répondent aux mêmes traditions par les mêmes expressions culinaires.

Car, comme tout élément culturel, le couscous est un moyen de rapprochement entre les peuples», a ajouté cette spécialiste en patrimoine culturel. Elle ne manque pas d’hyperboles pour qualifier le grain de semoule, considérant que le couscous «est, dans son étendue, plus important que le pétrole, qu'il a dépassé les limites frontalières et revêtant une reconnaissance internationale, dans la mesure où il est présent sur les cinq continents». Elle explique que «l'exigence de l'Unesco est l'appropriation et le sentiment d'appartenance que les communautés doivent exprimer envers l'élément", objet de classement, avant de relever que le couscous représente "un composant de l’identité culturelle, symbolisant l’offrande et marquant les grands événements heureux ou tragiques, aux niveaux familial et communautaire».

A la question de savoir comment les Etats concernés peuvent en tirer des dividendes économiques, elle a souligné la nécessité d'une «volonté politique» pour ce faire, tout en notant que le couscous peut être «propulsé» en Algérie dans le cadre du secteur touristique.
L'Algérie a déjà inscrit sur la liste du patrimoine mondial immatériel de l'Unesco : l'Ahellil du Gourara (2008), pratiqué notamment lors des mariages berbères, El Chedda, le costume nuptial féminin de Tlemcen (2011), le pèlerinage du Rakb de Sidi Cheikh (2013), l'Imzad targui (2013), la fête de la Sbeiba à Djanet (2014) et les cérémonies de commémoration du Sboue de Timimoun (2015). Le Maroc a, quant à lui, enregistré la fauconnerie (2016), l’argan (2014) ou la diète méditerranéenne (2013). L’autre dossier qu’Alger souhaiterait défendre auprès des experts de l’Unesco concerne le raï, autre patrimoine revendiqué par le voisin marocain, qui prétend qu’il serait originaire d’Oujda, près de la frontière algérienne.

Ces querelles peuvent paraître bien vaines tant le label, patrimoine immatériel de l’Unesco, est aujourd’hui vidé de sa substance. Si, à l’origine, il a été créé pour mettre en valeur un patrimoine menacé de disparition, ou dilué dans la mondialisation, l’organisme a vite été débordé par le nombre de demandes des Etats (La Chine aurait à elle seule 200 000 projets de candidature et une quarantaine d’inscrits)
L’organisme est inondé par les demandes des Etats auxquelles il accède volontiers et avec largesse.

Il a eu à enregistrer récemment l’art de l’équitation à Vienne, le festival des fruits du marula en Namibie, l’art de l’improvisation poétique au Kazakhstan et Kirghizistan, l'art de la plaisanterie au Niger, le papier marbré turc et le sauna estonien, la dentellerie croate, le tango, les dessins sur sable au Vanuatu. Pour des cas particuliers, comme la Palestine, elles ont valeur de résistance culturelle face à une entité qui s’approprie ses richesses spécifiques.

Dans d’autres cas, elles prennent des allures de récupérations politiques, qui ont été dénoncées par l’organisme lui-même. L’on se rappelle notamment du classement de «l’art du repas gastronomique français», transformé en le couronnement de la «gastronomie française», ouvrant la voie aux candidatures alimentaires : le café turc (2014), la diète méditerranéenne (2014) ou le kimchi coréen (2015) ou la pizza napolitaine. De notre côté, et dans les foyers, le couscous n’aura pas attendu un label de l’Unesco pour être célébré. Quoi qu’il arrive, sa sacralité restera intacte.

Amel Blidi
 
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