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Sarra Berretima, Scénariste du feuilleton à succès El Khawa

«J’ai reproduit une histoire qui reflète le vécu de certaines catégories sociales du pays»

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le 13.07.17 | 12h00 Réagissez

Elle est la scénariste du moment grâce au succès de la série El Khawa. Dans cet entretien, elle explique sa démarche artistique et répond aux accusations de bling bling de la série.

- Pouvez-vous nous parler de la genèse de la série ?

La genèse de la série El Khawa s’est inspirée de la transformation du monde visuel et télévisuel, plus particulièrement de la diffusion des feuilletons turcs, mexicains, égyptiens et syriens, qui ont envahi l’intérieur des foyers algériens. Avec cette série, j’ai voulu transcender le feuilleton algérien au niveau de ces séries étrangères et m’imposer en tant que scénariste consciente des mutations de la société algérienne avec un nouveau mode de vie, des coutumes et des traditions venues d’ailleurs.

- Comment expliquez-vous son succès ?

Les raisons sont multiples. Je dois d’abord remercier le producteur algérien Imad Hanouda de Wellcom, qui a mis les moyens financiers pour la réalisation d’un produit qui a dépassé les frontières algériennes. On ne peut pas réaliser un bon feuilleton si on ne consacre pas un grand budget et une bonne gestion technique dans la réalisation. D’autre part, sans un bon scénario, aucun producteur n’acceptera de se lancer dans un projet qui ne lui ouvre pas les portes du succès.

Par ailleurs, le succès s’explique également par le formidable travail en amont que nous avons effectué. L’ensemble a été minutieusement étudié, les rôles, la personnalité des acteurs, les séquences, la lumière, les costumes, la beauté des endroits et des paysages de notre pays. A travers cette série, nous avons en quelque sorte valorisé l’image de l’Algérie, un pays qui doit pouvoir se distinguer artistiquement à travers ses sites naturels et archéologiques, ses paysages, la diversité de ses régions.

- Certains reprochent à El Khawa son côté bling bling et tape-à-l’œil. Que répondez-vous à ces accusations ?

Si on reproche à El Khawa son côté tape-à-l’œil, c’est que nous avons atteint notre objectif. Dans leur grande majorité, les téléspectateurs voient dans la série une réalité imaginaire qui leur échappe et à laquelle ils n’ont pas accès. En même temps, je n’ai rien inventé dans mon scénario. J’ai juste reproduit une histoire qui reflète le vécu de certaines catégories sociales existantes.

- Vous décrivez la vie d’une famille qui paraît bien loin de la réalité algérienne. Vous vouliez offrir du rêve aux téléspectateurs pendant le Ramadhan ?

Certes, l’histoire a fait rêver l’ensemble des téléspectateurs issus des couches populaires ou bourgeoises. Les premiers rêvent d’y accéder et les seconds se sont reconnus dans ce conflit familial. Mais la vie de la famille Moustafaoui est une réalité, et ne peut pas croire qu’elle est loin de la réalité algérienne.

Nous vivons dans une société d’embourgeoisement, de tabous, de pudeur, de rivalités, de crimes, d’enjeux, de secrets familiaux et de dissimulation financière. Ce que je raconte dans l’histoire d’El Khawa est une réalité, sauf que nous n’avons pas l’habitude de la mettre à l’écran. Pour moi, le scénariste algérien doit s’inspirer des réalités de sa société. Nous n’avons pas besoin de reproduire les histoires des sociétés égyptiennes turques, syriennes...

Nous avons nos traditions, nos coutumes, nos problèmes qu’on doit retranscrire à l’écran. Il faut avoir une touche algérienne qui reflète notre identité arabo-berbère, notre langage, notre histoire, notre géographie et surtout les beaux paysages de notre pays. La télévision ou le cinéma sont une vitrine de propagande pour chaque pays.

Vous n’avez qu’à regarder les séries ou les films américains, ils sont toujours en train de valoriser leur société, leur pays, à travers leurs productions. Ce n’est pas de la propagande ça ? Nous n’avons pas besoin de regarder ce que font les autres et ce que disent les autres. Il faut mettre à l’écran la réalité de la société algérienne et toutes ses composantes. C’est ça qui fera la force de notre production télévisuelle ou cinématographique.

- Dans la série, on parle arabe et français. C’est une volonté de votre part ?

Parler français et arabe dans la série, c’est le langage quotidien de l’Algérienne et de l’Algérien. Quotidiennement, on utilise aussi des mots d’origine turque, comme «saandji, bakraj, kahwadji et d’autres...», le langage algérien est un mélange de mots qui reflète le passage des différentes civilisations : les Byzantins, les Turcs, les Arabes, les Espagnols et les Français.

Tout ce mélange, (à l’exception de tamazight historiquement parlé dans les différentes régions d’Algérie), a fait de notre parler quotidien un langage composé. Ce mélange dans les paroles a facilité aussi le dialogue chez les acteurs d’El Khawa qui sont issus de différentes régions d’Algérie.

- Vous abordez certains thèmes dans la série comme l’adultère. Vous vouliez casser un tabou ?

L’adultère est une réalité en Algérie. Je n’ai pas cassé un tabou, j’ai juste dévoilé artistiquement une réalité vécue dans notre société. Pour s’en convaincre, il suffit de faire un tour dans les tribunaux et vous allez découvrir les affaires d’adultère, de pédophilie, de viol…, car la société algérienne est comme toutes les autres sociétés dans le monde.

Par ailleurs, des sujets sur l’adultère ont déjà été diffusés dans certaines émissions en présence d’imams et d’avocats. Pour ma part, j’ai voulu à travers El Khawa, confronter une famille à ce thème et pousser le téléspectateur à se positionner par rapport à ce tabou.

- Certains rôles importants ont été tenus par des personnalités qui jouaient pour la première fois face à une caméra. Avec le recul, cela a-t-il handicapé la série ?

Les acteurs qui se sont retrouvés face à la caméra pour la première fois ont été très bons. A travers la découverte de jeunes actrices et acteurs, le réalisateur et moi-même avons parié, avec l’accord du producteur, sur ces artistes et cela a été concluant. C’est le cas pour Zahra Harkat, Aida Ababssa et Cherine Boutella.

Même si cela n’était pas gagné d’avance, de parier sur des acteurs confirmés, comme Hassan Kechache, Khaled Ben Aïssa, Aziz Boukrouni, Abdelhak Benmarouf, avec d’autres qui n’ont pas d’expériences, le résultat à l’écran a été excellent. Tous ceux qui faisaient leurs premiers pas devant une caméra ont été à la hauteur et j’espère que cela n’est que le début d’une longue carrière pour eux.

- Vous êtes scénariste depuis plusieurs années. Comment expliquez-vous la faiblesse des scénarios proposés ?

J’ai écrit plusieurs scénarios, mais l’écriture d’El Khawa m’a fait découvrir d’autres alternatives artistiques et académiques. Nous avons de très bons scénaristes en Algérie, mais malheureusement ils ne trouvent pas toujours les bons producteurs prêts à investir dans l’écriture scénaristique. Car il n'y a pas de secret : pour rendre un scénario plus académique et artistique, il faut vraiment investir dans la technique et la production.

Vous n’avez qu’à revenir aux scénarios de L’inspecteur Tahar, Hassen Terro, Cheikh Bouamama, El Macir et d’autres pour se rendre compte qu’on sait écrire de très bonnes choses en Algérie. Mais aujourd’hui, dans un monde d’exigence et de compétitivité télévisuelles, le casting, la technique et la réalisation nécessitent énormément de moyens matériels et humains pour pouvoir produire un bon film ou une bonne série comme El Khawa.

- Y aura-t-il une saison 2 d’El Khawa ?

C’est au producteur de répondre à cette question.
 

Bio Express

Après ses études universitaires, Sara Berretima a travaillé pendant quatre ans dans la production audiovisuelle. Parallèlement à cette expérience, elle a intégré un atelier d’écriture de scénarios.

Depuis 2011, elle est scénariste et a à son actif l’écriture de plusieurs séries, comme  Zeyan saadek, Taxi wekhlass, Jarti n Rayeh Jay»…

Parallèlement à l’écriture de scénarios, elle supervise des workshops, est coordinatrice de production et écrit des pièces théâtrales dont elle assure la mise en scène.

Mesbah Salim
 
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