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Fabriquer le oûd oriental, une lutte finale

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le 08.08.17 | 12h00 Réagissez

Fabriquer le oûd oriental, une lutte finale


Dans son minuscule atelier à Damas, Antoun Tawil, un des derniers artisans luthiers de Syrie, attend vainement la prochaine commande de oûds, dont la fabrication faisait la fierté du pays avant la guerre. Si le conflit qui ravage la Syrie depuis six ans y a laminé la plupart de l’artisanat, le oûd, ou luth oriental, a été particulièrement touché avec l’exode des luthiers et la raréfaction du bois damascène. «Il y avait environ 20 ateliers avant la crise, entre Damas, Alep et Hama. Maintenant il n’y en a pas plus que six», dont quatre à Damas, explique M. Tawil, 57 ans.

Dans sa minuscule échoppe de 9 m2 à Tekkiye Souleymaniyé -un complexe ottoman comprenant mosquée et souk de métiers artisans-, le luthier contemple des oûds suspendus au-dessus de lui. Certains richement décorés en incrustations de nacre et d’ivoire, avec un travail remarquable de marqueterie. Le oûd, qui fait référence à un morceau de bois en arabe, est l’instrument maître de la musique orientale et le cousin de la guitare — avec un manche plus court et une caisse de résonance plus grosse — ou de la balalaïka russe.
M. Tawil n’a tout simplement plus de véritable équipe. «J’avais six ouvriers.

Ils ont tous quitté la Syrie», affirme l’artisan, qui a transmis le métier à sa fille. «Avant la guerre, on travaillait toute la journée, car il y avait une grande demande», regrette-t-il. Et en un mois, il vendait une douzaine de oûds, notamment pour l’Europe et le Canada. «Aujourd’hui, un mois s’écoule sans que je vende rien». De plus, les prix ont baissé : le oûd valait 100 dollars, contre 70 dollars aujourd’hui. Cet homme mince parle passionnément du oûd syrien ou damascène, qui, selon lui, est le plus exquis et le plus durable des luths arabes. «Notre oûd peut durer 70 ans sans besoin d’entretien», sourit le luthier, qui, comme beaucoup, a hérité le métier de son père. «J’ai fait des pièces aussi belles qu’un tapis persan». «C’est un métier menacé», assure-t-il, se plaignant qu’outre les effets de la guerre, «les jeunes n’ont pas le temps d’apprendre». Le secret de la durabilité, selon Issa Michel Awad, expert des instruments à cordes à l’Institut supérieur de musique à Damas, réside dans les premières étapes de fabrication. «C’est la manière de choisir le bois damascène, de le sécher et de le fermenter», explique-t-il. «Cela explique pourquoi on peut jouer encore un oûd damascène datant de 1900 sans aucune fausse note».

AFP
 
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