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Djalal Louze . L’infatigable militant de toutes les causes

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le 30.06.17 | 12h00 Réagissez

Scénariste et militant, Djalal Louze est connu surtout pour les combats qu’il mène dans sa région à l’Est, à Aïn M’lila, dans la wilaya d’Oum El Bouaghi. Du travail humanitaire aux côtés de Ness El Khir, il a mené plusieurs luttes sur les plans social ou politique. Mais depuis quelques jours, c’est la situation des migrants et la montée du racisme en Algérie qui l’inquiète.

«Chaoui, amazigh, africain et humain», c’est ainsi que se définit Djalal Louze, 33 ans, activiste connu pour ses combats et son engagement auprès des marginaux. Sur les réseaux sociaux, la campagne anti-migrants fait scandale.

La diffusion d’une vidéo montrant un marché ambulant pour migrants installé anarchiquement sous un pont près de la capitale a alimenté les campagnes les plus racistes qu’a connus l’Algérie contre les Subsahariens. Il y a même ceux qui accusent ces derniers d’être à l’origine de «tous les maux de la société, attirant vers eux les regards xénophobes et racistes». En Algérie, beaucoup de familles de migrants vivent dans des conditions d’hygiène et humaines insupportables. Sans toit et sans sécurité, leur situation interpelle aujourd’hui plus d’un.

Ces réactions abjectes ont suscité l’indignation de beaucoup d’autres internautes. Dès lors, une contre-campagne a pris forme. Par ce biais, les initiateurs de cette démarche appellent l’Etat à intervenir et prendre en charge ces familles livrées à elles-mêmes. Djalal Louze fait partie de ces âmes charitables. Scénariste et militant, ce propriétaire d’un atelier de confection de pièces auto à Aïn M’lila, dans la wilaya d’Oum El Bouaghi, a décidé une fois de plus d’agir à sa manière. Il a d’abord réalisé il y a quelques jours une vidéo live qu’il a diffusée sur Facebook. Cette dernière qui montre la situation et les témoignages de familles de migrants installées près de chez lui a été largement partagée sur la Toile.

Mais ce fervent défenseur de l’humanisme ne compte pas en rester là. Djalal prévoit d’autres actions. «Nous avons envoyé des correspondances au wali et nous nous sommes déplacés auprès de la police et la gendarmerie. Ni le Croissant-Rouge ni la commune n’ont voulu aider ces migrants qui vivent dans des conditions lamentables. Vivant dehors, cela constituerait un danger et pour eux et pour les Algériens. Imaginez une seconde s’il y a une bagarre comme cela a été le cas dans d’autres régions du pays ? Vous imaginez un peu ce qui va arriver ?» s’interroge-t-il.
 

Yennayer

«Les racistes doivent connaître leurs origines afin qu’ils ne deviennent pas eux aussi victimes du racisme. L’objectif n’est pas seulement de mener des campagnes anti-racisme sur les réseaux sociaux, mais de sortir sur le terrain et d’apporter des solutions concrètes à ce qu’endurent ces migrants dans notre pays. L’Etat est le premier responsable. Il doit absolument les prendre en charge, quitte à faire appel aux aides des instances internationales ou au soutien des autres pays, dont ceux d’Afrique», suggère-t-il. Et d’ajouter : «Aux côtés du travail humanitaire et l’aide nécessaire qu’il faut apporter, l’Etat doit identifier tous ces migrants vivant en Algérie, leur attribuer des papiers et les reconnaître en tant que refugiés.

En ce qui concerne l’immigration économique, je ne vois pas de problème si on devait leur attribuer des permis de travail. Le plus important est d’organiser ces flux de migrants car nous risquons de vivre une catastrophe humanitaire si nous laissons les choses pourrir ainsi. Les migrants souffrent énormément dans notre pays, les Algériens aussi.» Quand Djalal décide d’une chose, c’est qu’il va tenir promesse, comme en témoigne son parcours. Né à Aïn M’lila, ville qui a vu naître Larbi Ben M’hidi dont il tire sa fierté, il n’y a rien qui se passe en Algérie sans que Djalal et son groupe ne prennent position. Pour rappel, il est l’un des fondateurs de Ness El Khir, association humanitaire créée fin 2010. Il a toujours œuvré dans ce sens jusqu’en 2014, année du 4e mandat de Bouteflika, quand il a fini par décider de ne pas rendre publiques ses actions de peur qu’elles ne soient interprétées comme de la récupération politique. Il était l’initiateur de l’action de soutien aux 165 enfants atteints de la maladie Spina bifida, une malformation liée à un défaut de fermeture du tube neural.

Ces enfants ont été transférés pour soins en Tunisie et pris en charge par une équipe de médecins américains dirigée, entre autres, par le Docteur Stambouli. Djalal a arrêté ses études en terminale, mais cela ne l’a pas empêché de se former dans beaucoup de domaines, dont celui de la photo et le design. Connu pour être un élève agitateur, il a été suspendu pendant trois mois par son lycée lors des événements de Kabylie en 2001. Djalal n’a pas seulement affiché son soutien au mouvement citoyen, mais il portait publiquement les signes qui symbolisent le combat pour l’identité amazighe comme le Z berbère, ce qui a été interprété comme de la provocation par l’administration de son lycée. «A Aïn M’lila, peu de gens fêtaient Yennayer. Il a fallu qu’on organise des rencontres et des discussions avec nos concitoyens pour expliquer la portée identitaire et la dimension culturelle de notre société. Ce n’est que depuis 2008 que nous avons commencé à le fêter dans notre région. Aujourd’hui, beaucoup nous suivent dans notre démarche», explique-t-il.
 

In Salah

Djalal est fondateur de l’un des mouvements qui se sont opposés au 4e mandat de Bouteflika à l’Est, tête de file du mouvement créé dans les Aurès en réaction aux propos tenus contre les Chaouia par l’ancien Premier ministre Abdelmalek Sellal et derrière l’idée de l’arabisation des factures de l’électricité et la campagne contre la loi de finances 2017 à Oum El Bouaghi. Et la liste est longue. Tout le monde se souvient du logo qui symbolise la lutte anti-gaz de schiste, où l’on voit un Targui sur un fond de couleur jaune, mais peu de gens savent que c’est Djalal Louze qui l’a confectionné. «J’ai produit la plupart des banderoles soulevées à In Salah. J’en ai aussi confectionné d’autres pour les enseignants contestataires. J’ai même marché avec eux. Ici, nous restons sensibles à tout ce qui passe en Algérie et solidaires avec toutes les causes justes», confie-t-il. Beaucoup se souviennent aussi de l’épisode de la stèle de Larbi Ben M’hidi érigée à l’entrée de la ville de Aïn M’lila. Djalal assure qu’elle ne ressemblait en rien au martyr de la Révolution et enfant de cette région marquée par l’histoire. Il a mobilisé sa troupe et a poussé les autorités à l’enlever. Mais il n’est pas qu’activiste, Djalal est aussi scénariste. En 2016, il a écrit son premier scénario professionnel pour l’émission «KHKN» diffusée sur KBC au Ramadhan dernier. Animée entre autres par le brillant Mustapha Kessaci ou Hmida Ayachi, «KHKN» a connu un succès de courte durée puisqu’elle a été arrêtée par les autorités. Djalal ne baisse jamais les bras est reste au-devant de toutes les luttes qu’il considère comme justes. Il se définit comme «patriote et laïc» et dit «ne pas aimer ceux qui excluent d’autres Algériens en faisant allusion aux extrémistes de tout bord». Il a mené plusieurs combats et il lui en reste certainement d’autres. Mais depuis quelques jours, c’est la situation des migrants qui le préoccupe. «Nous allons rendre la situation des migrant publique si le wali et les autorités n’interviennent pas pour prendre sérieusement les choses en main. Il n’est plus possible de fermer les yeux sur ce laisser-aller des autorités», prévient-il. n

En bref :

Fin 2010 : Création de Ness El Khir

Janvier 2012 : décès d’une fillette que nous avons envoyée pour consultation en Tunisie. Nous n’avons pas pu collecter la somme d’argent dont elle avait besoin. EIle a fini par mourir.
 

23 décembre 2015 : décès de Hocine Aït Ahmed. «J’étais présent à son enterrement et de ma vie je n’ai jamais vu un nombre aussi important de personnes venues assister à un enterrement.»

 

Ma citation préférée :
« ‘‘Discussion et peignes’’. Dicton utilisé par les vieilles chouia pour dire aux plus jeunes qui tissent : ‘‘Parlez et agissez en même temps’’.»

 

Le plus beau couché de soleil :
«A Oulad Gacem, mon village natal à Aïn M’lila. C’est là-bas qu’ont vécu mes aïeux et plusieurs autres qui ont marqué notre histoire. Ce sentiment marié au coucher du soleil m’a toujours bercé.»

La ville qui m’a le plus marqué :

«Oran, par son calme que je n’arrive plus à retrouver chez moi. C’est là-bas que je me ressource.»

Mon projet

«Créer un cadre autonome et rassembleur de tous les jeunes Algériens. C’est un projet que nous inscrivons dans le cadre de la citoyenneté. Nous souhaitons qu’il devienne une force de proposition.»

L’endroit où j’aimerai retourner :

«Oran et Béjaïa, et c’est pour les mêmes raisons.»

Meziane Abane
 
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