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Origine des noms des personnes et des lieux en Algérie

«Demandez aux montagnes et aux rivières, elles révéleront votre nom…. .»

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le 09.11.17 | 12h00 Réagissez

Comment dire l’identité d’un peuple à travers les noms des personnes et des lieux ? C’est l’exercice périlleux auquel s’est risqué le professeur Farid Benramdane, chercheur au Crasc, lors d’une  brillante conférence tenue en marge du Salon international du livre d’Alger. Compte rendu.

Au commencement était la terre. Les noms des personnes et des lieux en Algérie et au Maghreb  sont profondément rattachés à leur patrie. L’histoire sociale ne peut être comprise sans prendre en considération les grandes tribus fondatrices du Maghreb : les Sanhadja, Kotama, Matmata, Meknassa, Louata, Meghila.

«Tous les noms de ces tribus ont un sens par rapport au sol, alors qu’au Machreq, (les noms des tribus) ont un rapport au sang», a expliqué Farid Benramdane, docteur en sciences du langage, ancien doyen de faculté, université de Mostaganem, chef de projet PNR /Crasc, lors d’une passionnante conférence autour des noms de lieux et de personnes organisée lors du Salon international du livre d’Alger (Sila), évoquant ainsi la fracture des noms opérée par l’administration coloniale à l’introduction de l’état civil. Aussi, le nom de famille n’existe pas dans nos traditions. Chez nous c’est le «Ben» qui prime et la tribu qui est honorée.

C’est, dit Benramdane, la société qui tourne autour du «grand-père». «Contrairement à la psychanalyse occidentale, précise Benramdane, ce n’est pas le père qui domine dans notre culture mais le grand-père». Tel un archéologue, Farid Benramdane fouille les noms des lieux et des personnes pour dire notre identité. Les mots les plus anciens qu’il a réussi à exhumer sont ceux nommant les cours d’eau, les montagnes et les grottes.

«Si vous voulez connaître l’identité de ce pays, interrogez les montagnes, les sources, et chaque millimètre de ce pays a un nom». Bien sûr, les noms ont été changés, voire altérés, au cours des siècles, ils auront été latinisés sous les Romains, arabisés après la conquête islamique, mais leur racine reste intacte. Il en est ainsi des noms berbères arabisés et des noms arabes berbérisés. Exemples de quelques mots arabes berbérisés : Tamesguida émanant de mosquée (masgid),  Tagdamt venant de (gdima) ou encore  Tachaâbent tirant ses racine de (Chaâbane). «Les noms sont vivants, changent, s’adaptent…», note Farid Benramdane.

Tout le travail consiste, par conséquent, à recenser les racines, c'est-à-dire l'élément de base irréductible, commun à tous les représentants d'une même famille de mots à l'intérieur d'une langue ou d'une famille de langues. Ces altérations linguistiques sont dans l’ordre des choses, dans la mesure où l’Algérie est à l’intersection de plusieurs courants civilisationnels. Chaque société a sa manière de nommer. «Où est la différence entre Zacharie et Zakkaria, Rebecca et Rabéa, Jonas et Younès ? Les noms dits chrétiens, les noms dits ''musulmans'', les noms dits ''juifs'' sont, dans leur majorité, d’origine biblique…»

Force est de constater que les mêmes noms figurent en Algérie, au Maroc et en Tunisie. «Ce sont là trois entités politiques. Mais il y a une unité anthropologique du Maghreb prouvée par les noms des lieux et des personnes». Prenons un exemple du type de toponymes que nous pouvons rencontrer en Afrique du Nord : les noms exprimant le thème de l'eau, un des plus récurrents dérive de la racine NS «anesis» : «Suinter goutte-à-goutte. Etre imbibé». Ils désignent des endroits très humides. Employés à l'état isolé, ils s'emploient, de manière générale, sous une morphologie de l'arabe dialectal, exprimant le féminin collectif ou le pluriel, avec des transcriptions assez variées : anessiss, nessis, nessissa, nsissa, en nessissa, en nsissa, nssissa, en necisse, en nsanis, necissa, anessissa, nesenissa, nsinissa, nesnissa, ouarsenis.

Plusieurs centaines d’années plus tard, il est des noms connus et facilement reconnaissables. C’est le cas notamment du nom Belloumi, émanant de la tribu Beni Louma, une arabisation du nom Ilouman, qui existait déjà au VIe siècle. Ce nom a été déjà utilisé il y a mille ans. Ou encore la famille Louati, dont les Romains et les Grecs parlent, décrivant une tribu berbère zénète rebelle sous le nom «Levathe». Zekar, Zakour, Zekri, Zeccar du nom d’une chaîne de montagnes dans l’Ouarsenis, connu pour sa résistance, si bien qu’elle fut citée par Ptolémée. Pour Farid Benramdane, ces éléments de recherche sont révélateurs de l’identité d’un peuple millénaire. «Il n’y a pas de citoyenneté, il n’y a pas de modernité,  en dehors de l’histoire», affirme-t-il.  N’était-ce pas Mostefa Lacheref qui affirmait que nous étions issus d’une société «dont la filiation est établie depuis la plus haute Antiquité». 

Amel Blidi
 
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