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Grotte féerique

Dans les entrailles de Cap Aokas

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le 17.08.17 | 12h00 Réagissez

Dans les entrailles de Cap Aokas

Se rendre à Aokas sans faire un petit crochet par la grotte féerique, c’est un peu comme visiter Paris sans passer voir la tour Eiffel. En tout cas, pour ceux qui ont eu le réflexe ou le temps de la visiter, le jeu en vaut la chandelle. Située à l’entrée de la ville d’Aokas (requin en kabyle), à 22 km à l’est de Béjaïa, la grotte féerique est une merveille de la nature cachée dans les entrailles de Cap Aokas.

Prolongement rocheux de Yemma Tadrart, l’imprenable montagne qui veille sur la paisible ville balnéaire. Découverte tout à fait par hasard en 1962 par une entreprise franco-italienne qui creusait un tunnel sur la RN09, la grotte est abandonnée à son sort jusqu’en 1982, date du début de son aménagement par les autorités locales. Elle n’a été ouverte au public qu’en 1984, et depuis elle reçoit chaque année des milliers de visiteurs.

Samedi 5 août au matin. Nous avons rendez-vous avec Lyes, guide touristique et enfant d’Aokas, pour la visiter. Il vient tout juste de boucler sa troisième visite guidée de la journée avec un groupe d’estivants. «Les visites ont lieu de 9h00 à midi, la matinée, et de 14h00 à 17 heures, le soir», indique-t-il.

C’est la haute saison et Lyes et ses collègues font face à des vagues incessantes d’aoûtiens. L’accès à la grotte ressemble à l’entrée d’une ruche souterraine où se bousculent les entrants et les sortants. L’on vient des quatre coins du pays et de l’étranger. Amar, 45 ans et originaire de Oued Souf, visite la grotte pour la deuxième fois. «Je suis venu tout seul la première fois en 2006, et là, j’ai ramené ma petite famille pour la faire profiter de la beauté du site», nous dit-il.  

Après une brève pause, Lyes nous appelle à le suivre dès qu’un nouveau groupe d’une vingtaine de personnes environ se constitue. Mais avant d’accéder, il faut passer à la caisse : 100 DA pour les adultes et 50 DA pour les enfants.
Puis, nous nous engouffrons sous terre l’un derrière l’autre à travers un passage si étroit qu’il est impossible à deux personnes de se croiser. Claustrophobes s’abstenir ! L’écart de température avec l’extérieur est saisissant : il fait 17 degrés en hiver comme en été, annoncera plus tard Lyes.

Univers étrange

Suivant un parcours bétonné et balisé par une rampe de fortune improbable, nous pénétrons dans une première «salle». Un univers étrange vous accueille. Des concrétions en calcaire dégoulinant d’eau et des morphologies stupéfiantes se déploient sous la lueur de quelques lampes accrochées sur les parois de la grotte.

Emerveillement. Mais ce n’est qu’une mise en bouche, le meilleur reste à venir. «Tu n’as encore rien vu, attends de voir la suite», lance Lyes. Dans cette sorte d’antichambre, notre guide bondit sur un cadavre de stalactite et appelle le groupe à se rassembler pour écouter les consignes. Il ne faut pas jeter de déchets, ni prendre des photos, mais surtout ne rien toucher dans la grotte.

«Ce qu’on voit ici, c’est très fragile. Avec la sueur et les saletés invisibles qu’on peut avoir sur les mains, y toucher c’est attenter à un processus de formation de plusieurs millions d’années», explique Lyes d’un air didactique, en alternant entre le kabyle, l’arabe et le français. Juste après, le guide nous introduit dans la cavité principale.

On est très vite saisis par sa monumentalité et les formes mystérieuses qu’on peut y voir. C’est l’œuvre patiente de 45 millions d’années qui est devant nous. Façonnées par les infiltrations d’eau chargées de calcaire, des morphologies humaines, animales, végétales et autres se dessinent sous nos yeux ébahis.
Avec, bien entendu, un petit effort d’imagination et l’aide de notre guide, on aperçoit la tour de Pise, un Touareg, la carte de l’Amérique latine, un oiseau et son nid, un index pointé vers la statue de la Liberté sans son flambeau, un crocodile, des draperies et même la célèbre et irremplaçable zalabia de Boufarik.
 

Manque à gagner

Sous forme de stalactite ou de stalagmite, partout dans la grotte il y a un lien à faire avec un objet ou un être. C’est une vraie galerie de sculptures longue de 65 mètres. L’Algérie compte 3 grottes connues : la plus grande se trouve à Béni Add, à Tlemcen, la grotte merveilleuse de Jijel et la grotte féerique d’Aokas, fait savoir Lyes.

Le parcours bétonné réalisé par l’APC fait 450 mètres au total. Il arrive à Lyes de le faire une dizaine de fois par jour avec des visiteurs. Mais cette année, il fait six visites guidées en moyenne par jour. «L’affluence reste moyenne en comparaison avec les années précédentes, nous dit Lyes. Il y a un manque d’engouement dû à mon sens aux prix élevés pratiqués. D’ailleurs, une estivante m’a fait savoir qu’elle n’arrivait pas à trouver un hôtel dans ses moyens.

Ce n’est pas pour rien que les gens préfèrent se rendre en Tunisie».Du 15 juillet, date d’ouverture de la grotte, au 5 août, quelque 16 000 personnes ont visité la grotte féerique, alors qu’à la même période les années précédentes, on avait dépassé les 20000 visiteurs, indique Zidane Rabah, le gérant désigné par l’APC. Rabah pense que la grotte peut être améliorée et par là même augmenter son affluence. «On demande aux autorités la prise en charge de la grotte. Il faut une enveloppe pour son entretien et son fonctionnement. Il faut aussi former et recruter des guides», dit-il.

Autre urgence : la pollution. La grotte noircit chaque jour un peu plus et ses couleurs flamboyantes perdent de leur éclat à cause des rejets des véhicules qui roulent par milliers sur la RN9 et du CO2 émis par les visiteurs. «Il faut qu’une solution soit trouvée rapidement à ce problème, la grotte est en train de mourir d’un mort lente», met en garde notre interlocuteur. Ce problème n’est pas des moindres et exige une solution scientifique à même de sauver le site d’une mort inexorable. A cela s’ajoute la sécurisation de la grotte de manière à la doter d’issues de sécurité en cas de situation de détresse.

En outre, certains visiteurs, notamment ceux issus des wilayas lointaines, pointent du doigt le déficit en communication qui fait que la grotte féerique reste inconnue de larges pans du public. Le bouche à oreille comme stratégie de communication a montré ses limites et aussi bien l’APC d’Aokas que l’Office du tourisme de Béjaïa sont appelés à revoir leurs approches publicitaires. Un manque à gagner que, s’il venait à être comblé, ne fera qu’en rajouter à la féerie d’un des plus beaux sites naturels de la wilaya de Béjaïa. Au grand bonheur des touristes.   
 

Mohand Hamed-Khodja
 
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