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La TVA enfonce la stagnation commerciale et freine plusieurs secteurs

Ce qui va augmenter (ou pas) en 2017

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le 05.01.17 | 10h00 Réagissez

La TVA de 2%  qui sera appliquée aux produits en 2017 pourrait avoir un effet boomerang sur l’économie. Dans certains secteurs, à l’instar de l’immobilier, elle pourrait favoriser les transactions informelles et la non-déclaration de la totalité du montant des opérations. Dans d’autres secteurs, cette taxe pourrait être carrément un frein à leur développement tels que le secteur du tourisme et celui de l’automobile. Pour les produits de large consommation, de nombreux opérateurs en la matière appellent au plafonnement des prix pour mettre fin à la spéculation.

Le marché de la location va connaître une baisse en 2017

Le marché de la location va connaître une baisse des prix dès le premier trimestre de 2017, d’après Abdelhakim Aouidat, président de la Fédération nationale des agents immobiliers. «Le marché sera bloqué par la distribution des programmes AADL et LPP dans la mesure où les clients potentiels du marché de la location sont les souscripteurs de ces programmes», explique-t-il. La décision de l’augmentation de la TVA de 2% sur les produits en 2017 a été vivement critiquée par les agents immobiliers, estimant que le secteur est déjà lésé par la réalisation d’un grand nombre de transactions d’une manière informelle.

«Les responsables n’ont pas été au fond du problème», estime Abdelhakim Aouidat. Selon cet agent immobilier, le vrai problème consiste en la lutte contre l’informel et les fausses déclarations, et surtout comment arriver à la bancarisation de toutes les transactions afin d’assurer leur traçabilité. De l’avis de ce professionnel du secteur de l’immobilier, c’est de cette manière que les caisses de l’Etat peuvent être renflouées. «L’Etat peut faire entrer dans ses caisses jusqu’au double de ce qu’il fait entrer actuellement», affirme M. Aouidat.

Pour rappel, en 2010, les autorités ont pris la décision d’encourager le secteur de la location immobilière en exonérant d’impôt la location pour les étudiants et l’immobilier de moins de 80 m2. «Au lieu de traiter le mal à la racine, on a augmenté la TVA», regrette notre interlocuteur qui appelle à l’éradication de l’informel et obliger à déclarer la totalité des transactions. A présent, «le marché est dominé par l’informel, je ne vois pas comment l’Etat va générer des revenus de plus de ce secteur», s’interroge le président de la Fédération nationale des agents immobiliers.

Les prix des voitures vont encore augmenter de 8 à 15%

La fin de la crise que connaît le marché de l’automobile en Algérie n’est pour demain. C’est vers la fin de l’année 2018 que les prix vont connaître une certaine stabilité. C’est en tout cas l’estimation de Mohamed Yaddadene, consultant en automobile qui annonce par la même une autre augmentation des prix des véhicules durant l’année 2018.

L’augmentation est estimée entre 8 et 15%. «Cela peut aller même à plus de ce pourcentage», estime M. Yaddadene. Ce dernier renvoie l’augmentation attendue en 2017 à trois facteurs majeurs : l’augmentation de la TVA, l’éventuelle dévaluation du dinar et le rétrécissement de l’offre. «Le marché de l’offre va continuer à se rétrécir.

Par rapport aux quotas de 2016, ceux de 2017 vont être encore réduits», affirme ce consultant précisant que lorsque le volume de la commande des véhicules importés baisse, les prix augmentent automatiquement. Ainsi, les prix des véhicules importés vont augmenter déjà en amont. A cette, augmentation s’ajoutent les 2% de la TVA et la hausse que va générer la rareté de véhicules sur le marché en raison de la baisse des quotas importés. A tous ces indicateurs s’ajoute l’éventuelle autre dévaluation du dinar en 2017.

«Tous les problèmes vécus en 2016 vont encore réapparaître en 2017 avec plus de complications», considère notre interlocuteur qui n’écarte pas le redéploiement de l’activité avec un changement de partenaires et de distributeurs. «Les consommateurs vont être touchés de plein fouet», souligne M. Yaddadene. De l’avis de ce dernier, c’est vers la fin de 2018 que la reprise va s’amorcer au niveau du marché. Les investissements vont prendre forme et la production va connaître un certain rythme. Et le client va commencer à trouver ce qu’il désire.

Coup fatal pour le tourisme

Le secteur du tourisme va être touché directement par l’augmentation de 2% de la TVA. «Nous allons assister à l’augmentation des produits touristiques et nous ne serons pas compétitifs», déclare Lyes Senouci, vice-président du syndicat national des agences de voyages. Ce dernier estime que l’augmentation de la TVA est une mesure fatale pour le tourisme.

L’activité touristique va-t-elle connaître un ralentissement en 2017 ? «On ne peut pas parler de baisse, l’activité touristique est déjà inexistante», déplore M. Senouci. Ce dernier préfère parler plutôt de la «dégradation» de l’activité touristique. «Le billet d’avion est un ensemble de taxes», fait-il remarquer. Il énumère à l’occasion les différents facteurs qui ont fait que le tourisme reste en berne en Algérie : le coût du visa, le manque d’infrastructures, le manque de vols charters, et le coût élevé des biais d’avion.

Pour booster l’activité touristique, il faut aller vers les allègements fiscaux, estime M. Senouci. «Si on veut instaurer un tourisme comme alternative au pétrole et rendre le produit touristique plus accessible, il faut diminuer les taxes et aller vers les allègements fiscaux. Avec l’augmentation des taxes, voire les produits touristiques (le billet d’avion, hôtel, restauration), on va assister à la fermeture de certaines agences, notamment celles qui n’ont pas encore le potentiel nécessaire pour se maintenir», souligne-t-il.

Les médicaments ne sont pas concernés par les augmentations

Les prix des médicaments ne seront pas revus à la hausse en 2017. «Les médicaments ne seront pas soumis aux taxes, y compris leurs matières premières», déclare Abdelouahed Kerrar, président de l’Union nationale des opérateurs de la pharmacie (UNOP). Les différentes taxes que porte la loi de finances 2017 (augmentation des taxes sur les demandes d’enregistrement, contrôle des lots, contrôle et analyse de la matière première, ainsi que le contrôle et l’expertise des produits soumis à l’enregistrement) «n’auront aucun impact sur le produit fini», affirme M. Kerrar.

Ce dernier précise que même si le prix de revient va augmenter, c’est la marge bénéficiaire des producteurs qui sera revue à la baisse. Par contre, le matériel médical tels que le sparadrap, les seringues, les produits parapharmaceutiques (tisanes et compléments alimentaires), les produits cosmétiques et les produits d’hygiène sont concernés par l’augmentation «dans la mesure où ils sont soumis à la TVA», explique Messaoud Belamri, président de Syndicat national des pharmaciens d’officine.

Au sujet de l’augmentation des taxes, M. Kerrar regrette le fait que ces taxes n’encouragent pas la production nationale, notamment les jeunes producteurs. «Il faut aller vers l’exonération des médicaments de toutes taxes si on veut réellement booster la production nationale dans le domaine pharmaceutique», considère-t-il. Concernant les prix appliqués actuellement sur les produits finis, M. Belamri estime que les prix des médicaments en Algérie sont les plus bas comparativement aux autres pays, y compris la Tunisie et le Maroc.

Les produits  agroalimentaires vont enregistrer une tendance baissière

Au moment où les Algériens redoutent la hausse des prix en 2017 en raison de l’augmentation de 2% de la TVA, un distributeur de l’agroalimentaire assure que c’est le contraire qui va se produire, et ce, dès ce mois janvier. «On assiste à la stagnation de l’activité commerciale. Le commerçant fait ses calculs pour échapper à la crise. Il va opter à la baisse de sa marge bénéficiaire pour se maintenir sur le marché», déclare ce distributeur dans le domaine de la confiserie et la chocolaterie.

«Nous avons déjà commencé à appliquer cette baisse sur les prix de nombreux produits. Et même en baissant les prix, nous avons du mal a réaliser des taux de ventes que nous réalisions auparavant», déplore ce commerçant. Au sujet de l’augmentation des prix de différents produits, ce dernier pointe du doigt accusateur les grossistes, mais surtout les détaillants. «Dans certains cas, cette marge atteint les 100%», regrette-t-il précisant que le distributeur cède la marchandise marchandise au prix d’usine dans la mesure où il ne prend que sa commission sur le taux de vente.

Pour mettre fin à la spéculation, ce distributeur propose le plafonnement des prix au niveau des usines et l’instauration de la centrale d’achat, notamment pour les produits importés afin que l’Etat puisse exercer son contrôle sur le prix d’achat des produits. «Il y a ceux qui réalisent 200% de bénéfice», dénonce notre interlocuteur. A propos de l’augmentation de la TVA, ce commerçant estime que cela n’aura pas d’impact important sur les prix.

Un produit qui coûte 120 da n’est augmenté réellement que de 3 à 4 da. «Si le consommateur rationalise un peu ses pratiques en évitant le gaspillage, il va économiser plus que cette augmentation. Il ne va pas sentir les effets de la crise», se persuade ce distributeur de produits alimentaires.

Le café va connaître une autre hausse en 2017

La hausse du prix du café ces deux derniers mois est due à deux facteurs, selon Hamdani Fouad, le PD-G d’Africafé. En premier lieu, la hausse des cours sur le marché mondial, et en second lieu le dinar qui ne cesse de se déprécier. «Cette hausse n’a rien à voir avec la spéculation», souligne M. Hamdani. D’après lui, de juin à novembre dernier, les cours du café ont augmenté de 500 dollars la tonne à l’échelle mondiale.

Ainsi, en juin, la tonne de café a été cédée à 1700 dollars sur le marché mondial, au mois de novembre elle a atteint 2200 dollars. «Les Algériens n’ont cependant pas ressenti immédiatement cette hausse grâce aux stocks de matières premières chez les producteurs de café, variant entre 1 et 3 mois». D’après M. Hamdani, le café connaîtra une autre hausse dès l’entrée en vigueur de la loi de finances 2017 au mois de janvier.

Les œufs vont connaître une légère baisse

Après avoir atteint 15 da l'unité durant le dernier trimestre de 2016, les œufs ont affiché ces dernières semaines une légère baisse. Durant la dernière semaine du mois de décembre, ils ont été vendus entre 13 et 12 da. Une autre baisse est attendue au mois de janvier, d’après les estimations de Hadj Tahar Boulenouar, président de l’Association nationale des commerçants et artisans (ANCA). «En janvier, les prix des œufs varieront entre 11 et 12 da», déclare M. Boulenouar. Certaines raisons de cette baisse restent conjecturelles telles que la fermeture des restaurants scolaires et universitaires.

A ce titre, toute la production a été orientée vers le marché. Mais il y a aussi la hausse des prix qui a encouragé les opérateurs à augmenter leur production. D’après M. Boulenouar, c’est vers le mois de juin que les œufs vont éventuellement connaître une augmentation en raison de la hausse de la TVA dans la mesure où le stock en aliment et poussins demeure suffisant. «Il n’y a aucune raison pour augmenter le prix au premier semestre de 2017».

Les produits d'assurances affichés à la hausse

En plus de la TVA de 2%, l’assurance automobile a connu une augmentation de 5% sur la responsabilité civile obligatoire dès le 1er janvier de cette année. Pour ce dernier segment, l’augmentation est de 5% tous les 6 mois à hauteur de 20% pendant 2 ans. Au total, l’assurance automobile connaîtra au premier semestre de 2017 une augmentation de 7%.

Ainsi, l’assurance d’une Chevrolet (2002, 4 chevaux) a coûté à son propriétaire ayant choisi Salama Assurances 12 870,49 da annuellement. La TVA est de 19%, soit 1936,17 da. Tandis que le prix de l’assurance durant 2016 (avant l’application de la nouvelle TVA) était de 12 091,58 DA.

Questionné quant aux réactions des citoyens vis-à-vis de ces nouvelles taxes, le préposé au guichet de l’agence de Belouizdad assure que ces derniers acceptent cet état de fait. «Ils sont informés à l’avance, et puis l’assurance automobile est obligatoire. Ils n’ont pas le choix», explique-t-il. Il faut noter que l’assurance sur les catastrophes naturelles est exonérée de la taxe. Pour ce qui est des autres produits, la TVA n’est augmentée que de 2%.
 

Rahmani Djedjiga
 
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