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Le 29 juin 1992, le président algérien est assassiné en direct

Boudiaf, histoire d’un parricide

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le 05.10.17 | 12h00 Réagissez

C’est l’histoire d’un homme de plus de 70 ans assassiné en direct à la télévision. Ancien héros de la guerre de Libération nationale, titulaire de la carte n°1 du FLN, il était inconnu des jeunes générations, car son nom a été gommé des manuels scolaires.

C’est l’histoire d’un peuple qui se trouvait soudain orphelin d’un père qu’il venait à peine de découvrir. Son verbe sincère, son style décontracté qui tranchait avec les ténors de la politique algérienne, sa naïveté due à une longue absence de la scène politique avait séduit les Algériens. Plus de vingt ans après son assassinat, Mohamed Boudiaf demeure l’étendard d’une jeunesse déçue, (comprenant même les enfants nés dans les années 90’) utilisant aujourd’hui son portrait sur le Net pour exprimer son désarroi.

C’est qu’il y a, dans le tragique destin du Président assassiné, quelque chose qui relève du sacré. «Dans l’imaginaire populaire, Boudiaf, c'est Sidna Ibrahim venu sauver son enfant. Sauf que là, c’est l’inverse qui s’est produit : on a ramené Boudiaf pour l’emmener au sacrifice. On a demandé au père fondateur de tuer l'enfant (le FLN, ndlr)», dissèque Daho Djerbal (El Watan,  05- 10-2008). Dès son arrivée en Algérie, il mit du cœur à changer tout très vite, se mettant en guerre contre la corruption et la vie de château.

«Sauf qu'il ne disposait d'aucun pouvoir réel, autrement que charismatique, celui d’un homme non impliqué dans la gouvernance du passé, ce qui pesait, au final, très peu dans la balance des rapports de force, compte tenu de la complexité des enjeux du moment, du nombre des intervenants dans la sphère politique et de l'isolement total de l'Algérie sur la scène internationale», décortique Badredine El Mili dans son ouvrage Présidents algériens à l’épreuve du pouvoir (éditions Casbah).

Et de poursuivre : «Son retour impromptu et imprévisible au pays, le 16 janvier 1992, pour diriger une institution cooptée à l’appel de l’armée et d’un de ses anciens adjoints de la Fédération de France, Ali Haroun, ne fut, au départ, pas tout a fait compris et ne correspondait pas, a priori, selon les observateurs, au profil du personnage tel que longtemps décrit par El Djarida, le journal du PRS.» En effet, malgré son volontarisme, le fils des Hauts-Plateaux de M’sila prit des décisions étonnantes eu égard à son parcours. L’ouverture de camps de regroupement au Sud dont il eut, lui-même, à pâtir, sous le régime d’Ahmed Ben Bella tranche avec sa volonté de trouver une solution politique à la crise.

Ses derniers mots résonnent néanmoins comme un testament inachevé : «Les autres pays nous ont devancés par la science et la technologie. L’islam…», dit-il avant d’être criblé de balles par un homme posté derrière un rideau. Ceux qui ont vécu cette terrible journée du 29 juin 1992 s’en rappellent comme celle de la perte d’un proche et de la sidération qui s’en est suivie. Chacun se remémore du lieu où il se trouvait lorsqu’il apprit la nouvelle. C’est l’histoire d’un pays qui amorçait son basculement dans la folie.

Amel Blidi
 
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