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Les années 90' : Que nous est-il arrivé ?

Attentats, massacres, la violence se généralise

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le 05.10.17 | 12h00 Réagissez

Vingt ans plus tard, nous sommes encore abasourdis par ce qui s’est passé durant les années 90’. Comment en est-on arrivé là ? Peut-on aujourd’hui en parler sereinement, ou faudra-t-il encore réprimer ses sanglots ? Autant de questions qui demeurent sans réponses. Rétrospective.

 

Les images des victimes diffusées récemment par l’ENTV dans un reportage faisant l’éloge de la réconciliation nationale ont provoqué la consternation des citoyens ayant revu ces images choquantes. Ce qui démontre encore une fois que les lésions ne sont toujours pas pansées et le fossé reste très large entre ceux qui se vantent des réalisations de Bouteflika et ceux qui sont réellement touchés par le terrorisme.

La décennie 90’ est à marquer du sang des centaines de milliers de morts, victimes de la barbarie intégriste qui a plongé tout le pays dans l’épouvante. Le souvenir douloureux de cette période trouble de l’histoire contemporaine de notre pays reste encore vivace dans les esprits des gens qui l’ont vécue pour la plupart dans leur chair.

Son évocation, près d’une vingtaine d’années après, est encore un exercice douloureux pour les victimes. Des citoyens lambda aux personnalités politiques et intellectuelles, personne n’a échappé à la horde intégriste. Les premières victimes du terrorisme islamiste sont des militaires, policiers, fonctionnaires d’Etat.

Dès 1993, la violence touche les intellectuels, les journalistes ainsi que les artistes. La barbarie islamiste prend encore une nouvelle forme après quelques années. Des attentats à la voiture piégée se sont multipliés durant l’année 1995. Une série de massacres ont eu lieu dans les hameaux et les villages. Les terroristes s’attaquaient à des populations isolées, semant la terreur et l’effroi. Bentalha, Raïs, Sig, Ammi Moussa et d’autres localités ont connu des carnages. L’atrocité de l’islamisme avait atteint sont summum en 1997.

Les souvenirs douloureux sont restés à jamais gravés chez les populations touchées et l’ensemble des citoyens algériens ayant vécu cette période. La politique entreprise visant à effacer de la mémoire collective cette phase sanglante de l’histoire de l’Algérie a accentué le traumatisme des populations profondément touchées. Comme elle a empêché tout le peuple de sortir de ce douloureux souvenir. Les images des victimes diffusées récemment par l’ENTV dans un reportage faisant l’éloge de la réconciliation nationale ont provoqué la consternation des citoyens ayant revu ces images choquantes.

Ce qui démontre encore une fois que les lésions ne sont toujours pas pansées et le fossé reste très large entre ceux qui se vantent des réalisations de Bouteflika et ceux qui sont réellement touchés par le terrorisme. A ce propos, Cherifa Khedar, présidente de l’Association Djazaïrouna, ne veut rien savoir sur le but recherché à travers la diffusion de ces images par la Télévision publique.

Cette représentante des victimes du terrorisme assure que «celui qui a permis cette diffusion a malheureusement accentué les douleurs jamais apaisées des victimes du terrorisme islamiste et approfondi leur traumatisme.» Et d’enchaîner : «Si cette initiative était destinée à choquer, elle a aussi réussi à élargir le fossé entre les victimes et les islamistes, d’une part, et entre la société et les responsables de ce pays, d'autres part.»
 

Le journalisme, un métier à très haut risque

Les journalistes ont payé un lourd tribut en étant à l’avant-garde contre l’avancée obscurantiste. Le directeur de Rupture, Tahar Djaout, a inauguré cette liste fatale qui a vu aussi Saïd Mekbel, directeur du Matin et Omar Ourtilane, rédacteur-en-chef El Khabar, Mohamed Abderrahmani, rédacteur en chef d'El Moudjahid, ainsi que d’autres tomber sous les balles assassines. Au total, plus d’une centaine de journalistes sont morts durant cette décennie noire.

En février 1996, une forte déflagration au niveau de la Maison de la presse a soufflé le siège du quotidien Le Soir d’Algérie, tuant trois journalistes. Après le drame, c’est dans les locaux d’El Watan que les journalistes de Soir d’Algérie ont trouvé refuge et relancer ainsi, comme un défi, leur journal. 
 

Démantèlement du tissu industriel

La décennie 90' a sonné le déclin du tissu industriel national. Les experts la décrivent comme étant l’amorce d’une période de désindustrialisation. L’Etat se révèle incapable de financer un secteur industriel toujours incapable de s’autofinancer. Aggravé par la crise, ce processus de désindustrialisation a complètement détruit ce qui restait des fleurons de l’industrie naissante algérienne : des usines ferment les unes après les autres et des centaines de milliers de travailleurs sont réduits à un triste sort.

Dès 1994, alors que le pays se retrouve en cessation de paiement, les pouvoirs publics ont entrepris une série de politiques de privatisations sous les injonctions du FMI. L’institution de Bretton Woods impose alors une rupture avec l’ensemble des politiques menées jusqu’alors. S’ouvre alors une période noire pour le secteur.

L’économiste, feu Abdelmadjid Bouzidi, a rappelé dans une de ses nombreuses contributions que l’industrie algérienne a subi «de plein fouet» la crise qui a secoué l’économie algérienne. Ainsi, 443 Entreprises publiques industrielles (EPI) sont dissoutes, 60 Entreprises publiques économiques (EPE) ainsi que 383 entreprises publiques locales (de wilaya) le sont tout autant. Le secteur industriel voit son taux d’accroissement annuel moyen régresser considérablement. Les groupes industriels (sidérurgie, métallurgie, mécanique, électronique et électrique) voient leur valeur ajoutée au secteur industriel dégringoler à 30% contre 54% à la fin de la décennie 80' : «Le Plan d'ajustement structurel (PAS) imposé par le FMI a démantelé le tissu industriel algérien à cause des privatisations et la dévaluation massive du dinar durant les années 90' rappelle, pour sa part, Mohamed Achir, de l’université de Tizi Ouzou. La libéralisation du commerce extérieur a également découragé l'industrie nationale naissante.» D. R

Rahmani Djedjiga
 
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