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Djahida Houadef. Photographe

Après toutes les années noires passées dans la peur et la séquestration, les Algériens se sont réconciliés avec leurs paysages

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le 18.08.17 | 12h00 Réagissez

 
	Pour Djahida Houadef, la fête de la figue de Barbarie à Bouzeguène est l’exemple pour solidifier les liens entre les hommes
Pour Djahida Houadef, la fête de la figue de Barbarie à...

La 6e édition de la fête de la figue de Barbarie s’est tenue cette semaine à Bouzeguène, dans la wilaya de Tizi Ouzou. Cet événement, généralement attendu par la population locale, a attiré cette année l’attention d’une artiste peintre et aujourd’hui photographe : Djahida Houadef. Elle revient pour El Watan week-end sur cet événement, le changement des mentalités, ce qui l’a marquée et ses projets futurs.

Pourquoi avoir décidé de «couvrir» la fête de la figue de Barbarie ?

En réalité, je n’ai pas couvert cette fête intentionnellement. Je suis partie assister à la fête de la figue de Barbarie, au village Bouzeguène, avec un groupe, en sortie organisée. Un détail m’a réellement interpellée, c’est qu’après toutes les années noires passées dans la peur et la séquestration, les Algériens se sont réconciliés avec leurs paysages.

Il y a un engouement inimaginable des Algériens pour partir à nouveau à la redécouverte de leur pays. Beaucoup de groupes et d’associations s’organisent sur la Toile pour faire des sorties touristiques et culturelles. Il y a tellement de demandes que ces groupes se sont multipliés en un temps record et se sont spécialisés selon l’objectif et l’intérêt de chacun. Certains font de la marche, d’autres découvrent le pays pour rencontrer du monde, échanger des idées et créer des liens. D’un point de vue artistique, il faut dire que les amateurs de photographie ont trouvé leur compte. Pour ma part, j’ai profité de cette escapade pour changer un peu d’air et rencontrer de nouvelles personnes.
 

Qu’est-ce qui vous a le plus inspirée ?

Ce qui m’inspire, c’est tout simplement toute cette vie autour de moi. Ce qui me passionne, c’est de m’arrêter, prendre tout le temps nécessaire pour contempler tous ces détails, m’imprégner de tout et de rien, enrichir mon être de toutes les émotions qui se dégagent de cette vie. Ce qui a retenu mon attention, c’est le quotidien des gens, leur comportement et leur mentalité, les images qui se dégagent de chacun, leur expression… le miroitement de tous leurs sens. La créativité que chaque personne soigne au moindre détail pour exprimer sa façon d’être. Aller à la découverte des lieux, de la tradition, de l’histoire de notre patrimoine matériel et immatériel.

En étant sur place, qu’est-ce qui vous a le plus marquée ?

Ce que j’apprécie dans nos villages, c’est qu’ils gardent encore des traces de nos ancêtres, de la vie de jadis. C’est vrai qu’avec la modernité, on a perdu beaucoup de valeurs, mais à mon sens, le fond y est encore. Lors de ma sortie en Kabylie, j’ai relevé dans mes photographies ce lien fort avec le terroir, les traditions et la nature. J’ai constaté, à travers mes quelques sorties touristiques et culturelles, que la vie de nos villages reste encore saine, à l’abri du fléau du siècle. La vie paysanne est dans sa bulle, loin des intérêts géopolitique et économique, loin de ces interminables quêtes destructives, qui, malgré tous les discours, vont à l’encontre de la préservation de notre planète. Ces paysans sont encore dans leur élément.

Ils ont le culte de la terre. Ils cultivent l’apaisement de leurs âmes pour le semer sur le monde et l’assurer aux générations futures. Je pense que le monde d’aujourd’hui est plus dans le besoin de répliquer la positivité, montrer le meilleur de soi et des autres pour en récolter de même. La fête de la figue de Barbarie à Bouzeguène en est l’exemple pour solidifier les liens entre les hommes. Mon message à travers les photographies prises dans cet événement est tout simplement d’assurer la transmission de notre patrimoine.

Allez-vous proposer vos photos à la vente ?

Lorsque j’ai pris ces photos, je n’avais pas l’idée préalable de les vendre, mais s’il y a des intéressés, je ne le refuserais pas. Vendre ses œuvres est un moyen d’assurer la continuité de sa création et pérenniser sa vie. Une œuvre exposée aux regards maintient plus longtemps son souffle.

Une exposition à venir ?

J’ai commencé à pratiquer la photographie artistique depuis peu de temps, depuis que j’ai acquis mon appareil photo professionnel. Mais si l’occasion se présente pour une exposition, je la saisirai. Je le ferais tout en restant dans la timidité, bien que l’essentiel soit acquis : l’art et la manière sont là pour relever la fibre artistique acquise depuis plus de trente ans. Cependant, je ne reste pas sur mes acquis et j’ai conscience que je dois pratiquer davantage la photographie pour comprendre mieux mon appareil afin d’aller au-delà de mes attentes. Me surprendre, accrocher le regard des autres et provoquer les sensations restent ma priorité.

Djahida Houadef

Djahida Houadef  est née le 1er avril 1963 à N’Gaous. Elle a étudié à l’Ecole supérieure des beaux-arts d’Alger où elle obtient son diplôme. Elle est également diplômée en peinture et en céramique. Elle est enseignante d’art et a animé pour les enfants des ateliers d’arts plastiques de 1987 à 2011 au Musée national des beaux-arts d’Alger.

Elle a obtenu un diplôme d’études supérieures artistiques en participant aux ateliers de Denis Martinez et elle obtient également un Certificat d’enseignement artistique général (CEAG) en céramique. En 2000, elle se consacre seulement à la peinture. Elle a participé à plusieurs expositions en Espagne, en France, en Tunisie, aux Emirats arabes unis, au Maroc, en Grèce et en Algérie. Aujourd’hui, Djahida s’essaye à la photographie ou elle fait ses premiers pas.
 

Sofia Ouahib
 
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