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Les Algériens nostalgiques de cette époque

Années 70 «la belle époque», vraiment ?

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le 21.09.17 | 12h00 Réagissez


Tous vous le diront : les années 70 représentent «l’âge d’or» de l’Algérie indépendante. D’aucuns affirmeront que c’était le temps où «l’on vivait notre religion normalement». Certains jureront que c’étaient les années où il y avait une «véritable vision économique». D’autres encore se rappellent de ces années comme celles d’un où «l’on vivait dignement». Qu’en est-il réellement ?

«Le temps où l’on vivait notre religion normalement»

Sur les pages nostalgiques, nombreuses sur les réseaux sociaux, les commentaires se focalisent sur les vêtements des femmes de ces années-là, pour les opposer au «hidjab» et au «djilbab» d’aujourd’hui. S’il est vrai que le président Boumediène, bien que conservateur, avait une mauvaise opinion de ce qu’il qualifiait d'islam «imposteur» («Si la mosquée, disait-il, est utilisée pour défendre l'injustice, l'exploitation, l'esclavage et la féodalité, elle ne devient plus la mosquée de l'islam, mais la mosquée qui détruit l'islam»), il n’en demeure pas moins que les femmes dites émancipées étaient peu nombreuses dans l’espace public.

S’appuyant sur quelques observations auprès d’habitants de Bab El Oued, Ed Mc Allister, historien à l’université d’Oxford, considère que c’était un temps où "la religion était réservée aux personnes âgées" «Ce n'est pas seulement parce que les jeunes n'étaient pas gênés par la pratique religieuse, mais en raison de la perception que la religion était une affaire sérieuse digne d'un respect que seul le plus mature et expérimenté pourrait fournir».

«Le temps où l’on vivait dignement»

Pour nombre d’Algériens, les années 70 étaient celles du dinar fort, de la médecine gratuite et de l’école pour tous. C’était le temps, nous disent les sexagénaires, où tout un chacun disposait d’un emploi et mangeait à sa faim. Le lourd déficit en libertés et en droits humains est peu évoqué. «Les Algériens, très jaloux de leur jeune souveraineté nationale et profondément travaillés par un très fort sentiment de justice et de progrès, avaient trouvé dans le programme et dans l'action de Houari Boumediene ce vers quoi ils avaient toujours tendu, et dans lequel ils se reconnaissaient entièrement», écrit Badredine El Mili (Présidents algériens à l’épreuve du pouvoir, éditions Casbah).

Surtout, les années 70 sont perçues comme une période durant laquelle les habitants avaient foi en l’avenir. «La nostalgie pour les années soixante-dix est peut-être aussi le deuil pour avoir eu l'optimisme et la fierté. En tant que tel, la nostalgie porte un potentiel politiquement subversif», décrit Ed Mc Allister, pour qui ces années sont sans cesse comparées au consumérisme et à la corruption des années 2000, donnant l’impression d’un écart grandissant entre les pauvres et les riches.

Les conditions de vie ont été nettement améliorées pendant ces années-là. Signe des temps : l’accroissement spectaculaire de la population, passant de 11 959 000 en 1966, à 16 300 000, en 1977. La pyramide des âges fait apparaître une structure particulièrement jeune. Les villes sont particulièrement prisées, l’exode rural boosté par les progrès industriels et les créations d’emplois. Un boom démographique qui n’a cependant pas été anticipé par les autorités algériennes, entraînant une crise du logement dans les décennies suivantes.

«Le temps où il y avait une vision économique»

Faisant montre d’un volontarisme économique, le président Boumediène a lancé divers chantiers entre industrie industrialisante, villages socialistes et révolution agraire.

Après l’échec d’un coup d’Etat initié par le colonel Zbiri (décembre 1967), le chef de l’Etat avait à cœur d’entamer de profondes transformations économiques dont il voulait qu’elles soient attachées à son nom. "Les vélleités des coups d’Etat militaires seraient impuissantes à renverser un dirigeant auquel le peuple serait attaché (…) Houari Bouemediene devient le dépositaire de la légitimité en raison de ses prédispositions à exprimer avec force dans ses discours les espoirs et les aspirations des masses populaires", écrit à ce propos le sociologue politique Houari Addi. Rétrospectivement, il apparaît que le «miracle algérien» n’a pas eu lieu.

Le fait est que la mise en place d'un réseau d'«industries industrialisantes» n’a pas eu l’effet escompté faute d’une «culture industrielle», L’on parle notamment de ces machines dernier cri, qui n’ont jamais pu servir faute d’ingénieurs qui sauraient les faire fonctionner.

L’endettement causé par le rêve industriel aurait également freiné son décollage. Les villages socialistes, eux, sont restés comme figés par le temps. Quant au plus d’un million d’hectares, dont 400 000 hectares de bonnes terres, qui furent redistribuées à des coopérateurs regroupés au sein de "coopératives agricoles de production de la révolution agraire", ils seront accordés aux amis et tous ne sont pas agriculteurs.

«Houari Boumediene fut surpris par la contre-productivité de certains de ses choix et par la faiblesse de réactivité de certaines forces sur lesquelles il comptait, syndicats ouvriers et étudiants, bridées, normalisées et démonétisées par l'article 120 et son système de gouvernement autocratique, fermé à la démocratie politique», écrit Badredine El Mili. Il poursuit : «Il souffrit, d'abord, de voir la révolution agraire sabotée par l'administration noyautée.

Il se rendit compte, ensuite, que l'industrialisation n'a pas cumulé les effets escomptés et qu'elle n'a pas débouché sur la prise en charge des besoins de consommation courante de la population, soumise à la rareté, au rationnement, ajoutés à l'enfermement, puisque interdite de voyage et d'émigration.» Houari Addi, sociologue politique, écrit à ce propos : «Sous la direction de Houari Boumediène, l’Algérie a connu l’une de ses rares périodes de paix et de stabilité dans toute son hostoire. S’il n’avait pas cru en un modèle utopique et irréaliste qui a mené le pays à la crise, Boumediène aurait été le Massinissa ou le Abdelmoumen du XXe siècle.»                    
 

Amel Blidi
 
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