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La tribu berbère Banou ifrane donne son nom au continent noir

Afrique, quel est ton nom ?

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le 09.11.17 | 12h00 Réagissez

C’est une question qui a longtemps taraudé Grecs, Phéniciens, Byzantins, Espagnols et Français. Par delà les mythologies, le professeur Farid Benramdane a  dévoilé, à l’occasion d’une conférence tenue en marge du Salon international du livre d’Alger (Sila), les résultats de ses recherches autour du  nom «Afrique».

Pour lui, l’origine du nom désignant le continent ne peut être que berbère. Le nom désignant le continent noir est rattaché, selon l’anthropologue, à  la racine libyco-berbère FER.

Une étymologie qu’il  faudrait associer aux dérivations Afri / Ifri/ Afer / Afariq/ Africa / Ifrîqiyâ / Ifriqech / Banû Ifran, etc. Farid Benramdane reprend ainsi l’analyse d’Ibn Khaldoun, le premier à rattacher le nom d'Ifri, ancêtre éponyme des Banu Ifran («enfants d'Ifran»), au vocable berbère Ifri avec le sens de «caverne». Lewicky, célèbre historien polonais, spécialiste de l'époque médiévale du Maghreb, fait sienne l’hypothèse d’Ibn  Khaldoun : «Si cette étymologie est juste, écrit l’historien, on peut supposer que la confédération des Banu Ifran (ou plutôt son noyau) a dû son nom au fait que les fractions zanâtiennes qui entraient dans sa composition vivaient à l'origine, dans des demeures troglodytes (grottes).» Les Banou Ifrane habitaient ainsi les grottes durant l’ère néolithique,  entre 3000 et 2000 ans avant J-C. «Ceci, commente Farid Benramdane, est d’une importance archéologique capitale.

Le mot Afrique prend ainsi  un  sens ethnique. Il acquiert aussi  un sens géographique.»  Il précise : «L'ancêtre des Ifren est Ifri, et ce sont les Romains qui ont donné le nom Afrique aux habitants de la région orientale du Maghreb actuel. Ifren est l'ancêtre de la tribu des Banu Ifren, nom identifiable dans Iforen / Afer / Afar ou Ifuraces, nom que Corripus utilise pour désigner ces Berbères zénètes, habitants de l'ancienne Tripolitaine. De nombreuses études citent le rôle joué par les Banû Ifran ou Ifrenides dans l'histoire des soulèvements contre les occupants étrangers, qu'ils soient romains, vandales ou byzantins. Les récits sur leur engagement avec la Kahina et leurs révoltes contre les pouvoirs omeyyades, abbassides, fatimides, zirides, etc. sont amplement relatés dans les écrits de nombreuses historiens.» Sous l’ère romaine, le nom Afrique est attesté.

L’historien Salluste, dans son ouvrage sur Jugurtha, affirmera que l’on a commencé à dire «Ifri» pour désigner les habitants du continent africain. On parle ainsi du pays des afris (afri, ifiri ou afer). Ce mot va se développer jusqu’à prendre un sens géographique puis politique. L’épithète africanus est rajouté au nom du roi berbère Scipion (235-183 av. J.-C). Le territoire annexé à Rome fut appelé Provincia Africa. Durant la période espagnole, le nom d'Ifri est mentionné sous diverses orthographes : Yfre, «ifre», Yeffri (Hontabat, Vallejo, Tinthoin). Jean Despois, reprenant les textes des chroniqueurs ibadîtes (1018-9) mentionne en 1935 dans l'oasis de Ouargla un village appelé «Ifrân (îfran, ifrân ou Farân)». Au Maroc, dans le Haut Atlas, Laoust relève qu'Ifri, sans aucune épithète, a donné son nom à cinq villages.

Mythologies Grecque et Arabe

«Nous avons affaire, dès lors, dans lesdites régions à un peuplement très ancien, dont Ifri et bien d'autres sont les témoins les plus vivants et les plus authentiques, diagnostique Farid Benamdane, d'autant plus authentiques que le sens échappe à nos contemporains et même aux anciens, et dans la mesure où l'étymologie n'a été relevée, à l'exception d'Ibn Khaldoun, par aucun témoignage de la période antique et médiévale.»

En gros, il s’agit de  la désignation portée par les populations de l'Afrique du Nord ancienne et particulièrement celles localisées dans les environs de Carthage, par opposition aux Numides et aux Maures, établis plus à l'ouest.  «A chaque période, sinon une version de l’histoire, tout au moins une tentative d’explication en fonction de leur position. Il y a des ressorts qui dépendent de la période en fonction des intérêts stratégiques, territoriaux, politiques…

En 2017, nous avons sous nos yeux la cartographie de centaines de noms de lieux, il nous appartient d’en donner les significations», explique Benramdane. Les mythes d’origine grecque, latine ou arabe autour du nom Afrique sont légion. Les Grecs pensaient qu’Africa, pays des enfants d'Afer, serait le fils d'une princesse libyenne, soit fille de Jupiter, ou de Neptune ou d'Epaphus ou encore le fils de l'Hercule libyen. D'autres  font dériver notre nom du grec aphrike («sans froid»), du latin aprica («ensoleillé, exposé au soleil»), ou d'un autre terme latin africus (ventus) désignant en Italie, le «vent pluvieux» en provenance de la région de Carthage.

Les Arabes aimaient à croire que ce serait Ifrikich, un puissant roi du Yémen contemporain de Salomon, qui  aurait donné son nom à la région conquise, justifiant ainsi l'existence d'une filiation arabe. Sous la colonisation française, il a été décidé que certains noms soient d’origine européenne pour servir la thèse colonialiste. Pourtant, aujourd’hui encore, la racine berbère du nom Afrique est présente partout en Algérie. «Les résultats obtenus à partir de nos deux nomenclatures sont éloquents, note Farid Benramdane. Nous noterons, en premier, les noms des lieux ayant un rapport avec le thème FR, en fonction de leurs déclinaisons morphologiques», citant, au passage, quelques noms de lieux portant la même racine, tels que la forêt d’Ifri dans la région de Tlemcen, la ville de Frenda, le quartier Tafourah, à Alger ou encore Tifritine, Tifrit, Tifrit N'Aït L'Hadj (Béjaïa), Ifri (Illizi), Frina (Souk Ahras) Ifri Issegouane, Tifra, Laazib N'Tifra, Tizi Tifra (Béjaïa), Tifraouane (Jijel), douar Beni Fren (Mostaganem), douar Tafraout (Chlef). 

«Chaque fois que le nom d'Ifri ou une de ses formes dérivées est relevée, une grotte préhistorique n'est pas loin», explique notre conférencier. Ajoutant : «Nous faisons un travail de recensement et on remonte jusqu’à 2000 ou 2500 ans, là où s’arrête l’écrit.» Néanmoins, le statut actuel des langues locales ainsi que la «thèse latiniste» dans les études coloniales sont les principales raisons de la presque inexistence d'études systématiques en toponymie et onomastique au Maghreb. En termes plus précis, le mot Afrique existe depuis la nuit des temps ou, à tout le moins, depuis la chute de Carthage (1000 siècles avant J-C). Et il est d’origine locale.

Amel Blidi
 
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