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Ce que dit l’enquête sur le crash

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le 23.05.17 | 12h00 Réagissez

Benyahia a laissé un blanc dans l’histoire de l’Algérie.» 5 mai 1982. 48 heures après le crash. Zoubir Brerehi faisait partie de la commission d’enquête dirigée par Salah Goudjil, Zoubir.

Il était à Téhéran avec la délégation d’enquêteurs dont des officiers de l’armée restés eux plus de 15 jours pour récupérer les éléments matériels, les restes de la carlingue, tous les débris en vue de la reconstitution de l’appareil. Il en est revenu bouleversé. «Après de grandioses manifestations des Iraniens, raconte l’ancien directeur de l’aviation civile, les cercueils de nos martyrs furent chargés à bord du Boeing à même la cabine que nous occupions (…). Il fallait que le transfert des dépouilles se fasse dans la plus grande dignité.

Aussi, en transitant par Moscou, je remis à notre ambassadeur, Layachi Yaker, un télex à envoyer aux autorités algériennes les priant de préparer de nouveaux cercueils en bois noble. A notre arrivée, pendant qu’une délégation nous attendait, une autre mise en bière a eu lieu, et le hasard a voulu que Benyahia soit dans le cercueil qui lui était destiné une année auparavant lors du crash de son avion à Bamako (témoignage in El Watan, 3 mai 2012)».

Le cercueil «destiné» à Benyahia l’attendait, rangé juste derrière le salon d’honneur de l’aéroport d’Alger. Brerehi égrène les phases de l’enquête menée parfois envers et contre les Etats limitrophes à la région du crash, retors à toute coopération. «En dehors des Iraniens qui ont pu tout enregistrer à partir de (la tour de contrôle) Tabriz (région dans le nord-ouest de l’Iran, à la frontière turque), aucun pays n’a rien vu dans cette zone de guerre.»

L’enquête inachevée

L’exploitation des éléments matériels récupérés (une partie de la boîte noire, le flight recorder - l’enregistrement des données de vol) et les enregistrements de la tour de Tabriz ont permis aux enquêteurs de reconstituer avec une «très grande précision» les dernières minutes du vol. «Le Grumman quittant l’espace aérien turc pour pénétrer dans l’espace aérien iranien reçut l’ordre du contrôleur radar de la tour de Tabriz de rebrousser chemin. Il avait constaté sur son écran le décollage de deux chasseurs irakiens qui se dirigeaient vers l’avion algérien. Par trois fois, le contrôleur réitère son ordre de retour dans l’espace turc pendant que le pilote devait être en pourparlers avec Benyahia pour recevoir ses instructions.

Le contrôleur de Tabriz avait compris le stratagème irakien : éviter de frapper dans l’espace aérien turc. Quand le pilote décide de retourner vers cet espace, le virage qu’il prit compte tenu de la vitesse le déporta dans l’espace aérien iranien. Les données relatives à ce virage ont été déterminées avec une très grande précision grâce au flight recorder. A ce moment précis, un missile air-air percute la partie arrière de l’appareil qui pique en chute libre pour s’écraser au sol aux environs de Qottur.»

Le dernier contact radio

«Grâce à la récupération des débris du missile, écrit Brerehi, et l’analyse de ses références, l’ambassadeur soviétique, après tergiversations, a admis que le missile en question, de fabrication russe, avait bien été livré à l’Irak. Les Irakiens reconnaissent que le missile tiré était le leur, mais ils arguèrent du fait qu’ils en ont tiré des centaines sur l’Iran et que rien ne prouve que les autorités iraniennes n’ont pas déposé ces débris à proximité du Grumman puisque, nous, experts algériens, sommes arrivés sur les lieux 48h après le crash». Autre indice exploité, la trace de peinture sur l’éclat d’obus.

Ce sont les chimistes d’El Hadjar qui seront sollicités pour ces analyses. Résultats : la trace de peinture sur le débris d’obus «correspondait très exactement» à celle qui avait servi à peindre l’immatriculation de l’avion. «Nous détenions enfin la preuve intangible que l’obus a été bel et bien tiré par les Irakiens.» Matériellement convaincu par la piste irakienne, Brerehi ne qualifiera pas moins la disparition de Benyahia d’«énigme irrésolue», et l’enquête d’«inachevée».  Lundi 3 mai 1982. 16h54. Le dernier contact radio. La tour de contrôle aérien de Tabriz intime l’ordre au Grumman de rebrousser chemin pour éviter une zone dangereuse du fait de la présence détectée de deux avions irakiens.

Cet ordre est répété trois fois et le commandant en accuse réception. C’est le dernier contact avec l’avion algérien. Ahmed Taleb Ibrahimi, ministre conseiller, membre de la cellule de crise mise sur pied à la Présidence, a noté scrupuleusement les faits survenus depuis les premières heures du mardi 4 mai, lorsque la nouvelle de la disparition de l’avion de Benyahia parvint à Alger. Taleb Ibrahimi récuse la thèse du «complot».

Dans Mémoires d’un Algérien, Tome 3, il rapportait déjà, par le menu détail, le déroulement de cette funeste journée du 4 mai, avant que le couperet ne tombe à 13h30, lorsque le gouvernement iranien avise officiellement l’ambassade d’Algérie à Téhéran de la destruction de l’avion et de la mort de ses occupants.

«Chadli a tu la vérité pour ne pas développer le sentiment anti-arabe»

«Cette dernière dépêche nous a littéralement foudroyés (…)», se rappelle Taleb Ibrahimi. Si l’engagement pris par Chadli de révéler le moment venu, les noms des responsables et/ou commanditaires de cet accident (…) n’eut aucune suite, c’est pour des raisons de «real politik», explique Taleb Ibrahimi qui rappelle les propos de Chadli, tenus le 1er septembre 1982, lors de la réunion du Bureau politique : «Si l’hypothèse du missile irakien se vérifiait, déclarait alors Chadli, il sera difficile de dire la vérité au peuple algérien car cela risquerait de développer un sentiment anti-arabe, préjudiciable à notre soutien au peuple palestinien et à nos efforts pour une solution au Moyen-orient.» Selon Taleb Ibrahimi, la commission d’enquête, dans son rapport préliminaire, avait avancé deux hypothèses : «Il s’agirait soit d’une erreur d’appréciation — l’avion algérien survolant une zone de combat et son profil radar est le même qu’un avion de chasse iranien. C’est la thèse irakienne —, soit l’action délibérée d’une faction du pouvoir irakien, peu désireuse de faire la paix à un moment où l’évolution de la guerre semblait présager une issue favorable pour eux.»

Pour l’ancien ministre et ambassadeur d’Algérie, Abdelaziz Rahabi, la mort de Benyahia et ses 13 accompagnateurs de la délégation ne fait aucun mystère. «Que ce soit très clair, dit-il, l’avion de Benyahia a été abattu dans une région à la confluence des trois frontières d’Iran, Irak et Turquie par un missile irakien. Les Russes, Evguéni Primakov pour être plus précis (devenu MAE, ndlr) a ramené à Chadli tous les détails concernant le missile, de fabrication russe, qui a servi à abattre l’avion de la délégation algérienne.

Et le demi-frère de Saddam Hussein (Sabaoui Ibrahim Al Hassan, chef des renseignements du dictateur irakien) est venu en personne présenter les excuses officielles de l’Irak.» «Le président Chadli, poursuit-il, ne voulait pas de complications diplomatiques à partir du moment où les Irakiens s’étaient excusés.» «Et puis, conclut Rahabi, la diplomatie, la vraie, implique ce genre de risques (…) ce n’est pas la galerie, le spectacle (…).» 

M. Az.
 
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