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Abdelhafid Yaha… l’homme attentif au combat de la femme

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le 09.02.18 | 12h00 Réagissez

 
	Si L’Hafid Yaha avec sa mère à l’aéroport international d’Alger lors de son retour de l’exil en 1989
Si L’Hafid Yaha avec sa mère à...

Au début de l’année 2018, nous avons perdu deux grandes Moudjahidate, en l’occurrence Madame Mahdjouba Guemar veuve de Krim Belkacem et Madame Fettouma Ouzegane.

Ces Moudjahidate ont, chacune à leur manière, servi la révolution algérienne dans sa plus noble expression. Lors des obsèques de feu Madame Fettouma Ouzegane, j’ai rencontré deux autres Moudjahidate, à savoir Madame Annie Steiner et Madame Louisette Ighil Ahriz, et c’est en discutant avec elles que m’est revenu en mémoire comment le Commandant de la Wilaya III historique, feu Abdelhafid Yaha dit Si l’Hafid, a géré et soutenu les femmes pendant et après la guerre de libération nationale.

Madame Fettouma Ouzegane a été l’une des pionnières de la lutte des femmes algériennes pendant la révolution et a poursuivi le combat après l’indépendance, pour la défense des droits des femmes et des enfants de Chouhada. Fettouma, comme on l’appelait amicalement, avait été emprisonnée dans les années 1980 et je me souviens du combat qu’avait mené Si l’Hafid pour sa libération.

Oui, parce que pour Si l’Hafid, il était inadmissible de réduire ses compagnons de lutte, qui ont géré les refuges, été des agents de liaison dans les maquis, et plus tard ses filles et ses petites-filles, à des êtres inférieurs. Pendant la révolution, il a été marqué par son épouse qui a été de tous les combats et par une mère Moudjahida, maintes fois torturée et qui gérait un refuge et transportait le courrier de la Willaya III. Si l’Hafid apprend très vite que la femme est une force que l’ennemi n’avait pas et qu’elle fera la différence dans la lutte pour la liberté.

Et elle devait par conséquent   être reconnue à sa juste valeur. C’est ainsi qu’il décida de s’adresser directement à elles dans les villages de la Wilaya III. Lors d’une rencontre avec une Moudjahida, elle m’expliqua comment un des hommes les plus recherchés par l’armée française avait été surnommé par les femmes «Azidhan», c’est-à-dire, littéralement, «le sucré». Autrement dit, l’homme attentionné.

Pourquoi ? Parce qu’il parlait avec les femmes d’égal à égal et il était conscient de l’engagement énorme et des risques que ces femmes prenaient. C’est pour cela qu’il alla jusqu’à les inviter à s’adresser directement à lui en cas de tortures ou de viol. Cette Moudjahida d’Azrou Kellal, village natal d’Amar Ath Cheikh (père spirituel de Si l’Hafid), me raconta que lorsqu’elle avait été violée par les soldats de l’armée coloniale lors d’un ratissage, elle alla voir Si l’Hafid qui réussit à la convaincre que ce viol était une attaque contre la révolution algérienne et qu’elle était, désormais, un soldat de l’Armée de libération nationale (ALN).

En effet, Si l’Hafid a toujours évoqué le rôle des femmes dans la révolution comme une condition sine qua non à l’obtention de l’indépendance. Dès le début de la guerre de libération nationale, avec les premiers hommes qui avaient rejoint les maquis, la femme organisa une logistique incroyable pour gérer des refuges, collecter des denrées alimentaires et mettre sur pied un système d’alerte pour l’entrée et la sortie des Moudjahidine des villages.

Si l’Hafid a toujours dit et écrit que la Wilaya III n’aurait pas survécu au plan mis en place par le général Challe de 1959 à 1962, sous le nom d’«opération Jumelles», sans l’apport indéniable des femmes. Avec ce plan, l’armée française quadrille et ferme totalement la Wilaya III et personne ne peut bouger sans un laissez-passer délivré par l’administration coloniale.

Or, les femmes réussissaient à obtenir des laissez-passer et c’est ainsi qu’elles transportaient des denrées alimentaires et autres effets dont les Moudjahidine avaient besoin dans le maquis. Les femmes avaient pris en main le courrier et faisaient office d’agents de liaison dans les maquis de la Wilaya III.

Si l’Hafid a, dans son livre «Ma guerre d’Algérie», d’abord rendu hommage à sa femme avant de commencer à écrire ses mémoires. Ce qui démontre que, pour Si l’Hafid, son combat était aussi un combat pour la reconnaissance de la femme dans sa vie privée et en droit.
En tant que fille de Si l’Hafid, j’ai eu la joie d’avoir été accompagnée dans ma vie par son éducation et surtout par sa force d’esprit pour être, enfin, une femme épanouie et heureuse de transmettre à mes filles l’histoire de leur grand-père qui a, de tout temps, respecté les femmes.

Fariza Yaha
 
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