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Livre-témoignage d’anciens combattants français

Tourner la page de la Guerre d’Algérie : Paroles d’appelés

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le 31.10.17 | 12h00 Réagissez

Ecrire une page d’histoire avant de la tourner, c’est l’ambition affichée par les auteurs du livre collectif Tourner la page de la Guerre d’Algérie : Parole d’appelés, paru récemment en auto-publication soutenue par l’Association française des anciens appelés en Algérie et leurs amis contre la guerre (4ACG).

«A 20 ans, sans préparation ni conscience politique, nous avons vécu une guerre qui nous a dépassés et qui ne voulait pas dire son nom. Il n’était alors question que de maintien de l’ordre et de pacification. Nous avons subi sans réagir parce que nous ne savions pas», écrivent en introduction les co-auteurs Emile Chevalier, Jean-Louis Guitton, René Guitton, Jean-Luc Joly, Jean Saulnier et Camille Trivière.

Le texte de ces membres de la 4ACG est essentiellement un recueil de témoignages de quatorze de leurs camarades, anciens combattants mobilisés entre 1954 et 1962. Riches, variées, émouvantes et sincères, les paroles de ces témoins d’histoire donnent un aperçu très juste et assez représentatif de ce qu’a été cette période très douloureuse pour les Algériens, mais aussi pour les Français touchés directement ou indirectement par sept ans de guerre injuste et injustifiée.

C’est leur façon de dire qu’«il faut tourner la page, mais sans la déchirer, de façon que les générations futures puissent y revenir et comprendre ce qui s’est passé». Ils offrent aux lecteurs une écriture d’histoire des plus objectives, cousue par un style narratif brut et sans détours.

D’emblée, Guillaume, qui était stationné à Skikda, met à nu l’iniquité de l’armée coloniale : «Au mois de mai (1955), un gars m’a dit qu’avec sa section il était allé fouiller un village où d’après un renseignement il devait y avoir des suspects. N’ayant rien trouvé, il a vu un sergent déposer une grenade dans un gourbi. L’ordre a été donné de refouiller. Evidemment, une grenade a été trouvée.

Donc, il y avait des armes dans ce village ! Comme sanction, le feu a été mis à toutes les mechtas en terre et en paille.» Son témoignage dégage beaucoup d’émotions car très cru. Evoquant la torture qu’il a vue de ses propres yeux, il écrit : «Elle était méthodiquement organisée et généralisée. C’était les hommes du 2e bureau, le service du renseignement, qui s’en chargeaient.» Encore sujet tabou en France, la torture était «bien réelle».

C’est ce qui a marqué profondément Jean-Marc. Ce dernier narre avec regret les agissements de plusieurs soldats de son régiment, établi à Tizi Ouzou, qui étaient volontaires pour donner d’affreuses tortures aux «suspects» arrêtés, quelquefois jusqu’à ce que mort s’ensuive. Il était témoin de deux décès sous interrogatoire. «Quand j’y pense encore… J’ai honte, je restais indifférent. Personnellement, je n’ai pas levé le petit doigt. J’ai honte pour moi bien sûr et pour ceux qui ont laissé faire ou organiser ces tortures», explique-t-il.

Quant à Fernand, qui dit avoir côtoyé la «haine» du côté français — exactions, tortures, assassinats et politique de la terre brûlée —, il a fait également le constat de la violence inouïe dont savaient faire preuve les «rebelles algériens». Dans la région de Saïda, il a assisté à quelques embuscades. Plusieurs de ses amis sont «tués, massacrés […], achevés à la hache».

Toutefois, au milieu de tous ses souvenirs douloureux, il garde en mémoire quelques faits pleins d’«humanisme» et d’héroïsme ordinaire, lesquels sont accomplis par des soldats qui défendaient leur idéal républicain en refusant de s’adonner aux exactions et par des révolutionnaires prêts à mourir pour défendre l’honneur de leur peuple.

Dans ce sens, il raconte : «Trois jeunes Algériens ont été incorporés dans notre section. Cela se passait bien avec eux. Une nuit, l’un d’eux est parti avec son arme. Lors d’un accrochage, il a été tué en criant ‘vive l’Algérie’ libre !» Mais question «belles» histoires, Gabriel était sans doute l’appelé le plus chanceux. Il a passé la plus grande partie de la durée de son incorporation en tant qu’instituteur, s’occupant d’une classe d’enfants indigènes à Guelâa, dans le douar Amalou (Béjaïa) : «Mes élèves m’invitaient à aller boire le ‘kawa’ chez eux.»

Ces quelques extraits en disent long sur l’importance de ces témoignages inédits et d’une valeur historique indubitable, surtout que les écrits des anciens soldats sont enrichis par plusieurs photos de l’époque, illustrant leur vie à la caserne, en ville et au maquis. Sur quelques-unes, on constate leur insouciance, voire leur inconscience, par rapport à la réalité du conflit. Sur d’autres, leur solidarité avec la population autochtone qu’ils ont appris à connaître et comprendre ses souffrances, infligées par le colonialisme qu’ils servaient.

En guise de conclusion, les auteurs et tous les «anciens combattants» -qui ont raconté ce qu’ils ont vécu- affirment qu’ils sont soulagés d’avoir enfin pris la parole pour dire qu’ils ne sont «pas fiers d’avoir fait la Guerre d’Algérie. Elle a été un terrifiant et dramatique fiasco. […] Parce que cette guerre n’était pas légitime en faisant obstacle à la juste revendication du peuple algérien, nous refusons le titre d’anciens combattants.

Nous nous considérons comme des anciens appelés en Algérie, contraints de faire une guerre que nous avons cautionnée par notre silence». C’est pourquoi ils ont décidé de reverser leurs primes de retraite de l’armée à des projets associatifs en Algérie, ainsi que les bénéfices de la vente de cet ouvrage. Ils aspirent à un travail de mémoire plus apaisé en France et en Algérie, dans la perspective d’une réconciliation franco-algérienne plus d’un demi-siècle après la fin de la guerre.

Ghezlaoui Samir
 
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