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Yvan Gastaut, historien spécialiste de l’immigration

«Marine Le Pen n’a guère changé les bases du Front national»

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le 02.05.17 | 12h00 Réagissez

 
	Yvan Gastaut
Yvan Gastaut

Pour Yvan Gastaut, universitaire, spécialiste de l’immigration, en cas de victoire de Marine Le Pen, «l’image de la France serait désastreuse : celle d’un pays à bout de souffle, aigri, sans autre perspective d’avenir que le renfermement sur soi, sur une identité fantasmée. Elle perdrait totalement son image de France terre des droits de l’homme, qui, il faut bien le dire, est déjà largement écornée», explique-t-il à El Watan.

Le chercheur dit aussi que «ce serait aussi un drame pour l’image de la France en Europe et en particulier dans le couple franco-allemand. Marine Le Pen contribuerait à tendre les rapports de la France avec les pays du Sud. Souvent rempart contre le fascisme, la France perdrait ce statut de pays raisonné et montrerait qu’elle fait partie de ces pays qui cèdent au populisme, à l’instar des Etats-Unis». Un renvoi au personnage du président américain, Donald Trump, que la candidate du Front national avait tenté, en vain, de rencontrer lors d’un voyage à New York, dans la Trump tower.

Plus grave encore, le programme de Le Pen est fait d’exclusion, de racisme, de propos anti-immigrés et antimusulmans. Pour Yvan Gastaut, c’est le fond véritable du Lepénisme : «Marine Le Pen n’a guère changé les bases du Front national créé en 1972 autour du rejet des immigrés.» «Rappelons-nous qu’en 1983-84, lorsque Jean- Marie Le Pen a connu ses premiers succès électoraux, il les obtint sur le dénigrement des immigrés et en particulier des immigrés venus du Maghreb. A mots plus couverts, sa fille ne cache pas sa volonté de lutter contre les mêmes populations en agitant l’inquiétude et la peur comme son père l’a fait avec une redoutable efficacité.

Si la rhétorique s’est assouplie, la mécanique n’a en rien changé de nature. L’image négative des musulmans reste un élément de base de son discours, fondé, d’une part sur une identité nationale forte, et, d’autre part, sur une fermeture des frontières ferme. Dans les deux cas, voilà la vision d’un monde impossible, refermé sur lui-même qui n’est en rien le visage de la France d’aujourd’hui.» Ces thématiques sont aujourd’hui d’autant plus navrantes et dangereuses que dans les médias on assiste à une certaine banalisation d’une formation politique qui peu à peu devient une formation comme les autres.

C’est parce que «le Front national a assagi son discours. Moins de formules choc et davantage de non-dits et d’ouverture dans un but électoraliste afin que le parti puisse parvenir à obtenir une majorité comme cela est le cas avec le compromis avec Nicolas Dupont Aignan (Ndlr : président du parti Debout la France, 4,7% des voix le 23 avril).

L’électorat du FN s’est élargi, ses idées sont devenues plus banales que dans les années 1980. Le traitement de Marine Le Pen par les médias n’est plus le même que celui de son père vingt ou trente ans plus tôt. Les Français n’ont plus honte de se montrer partisans et l’assument sans problème. Cela traduit une banalisation de ses idées, notamment sur la question du racisme». Malgré tout, Yvan Gastaut tient à séparer l’Etat de la société française et le discours lepéniste bien qu’aseptisé : «Est-ce à dire que la société est plus raciste qu’autrefois ?

Sans doute pas. C’est là le danger : c’est lorsque les population dites ‘issues de l’immigration’ sont les mieux intégrées dans un société qui, comme la société française, est de plus en plus ouverte à la diversité, et davantage ouverte aujourd’hui que dans les années 1980, que ces discours irréalistes et dangereux sur le rapport à l’autre peuvent prendre forme. L’élection de Marine Le Pen serait un grand danger pour la France dans ses équilibres et dans son avenir. Les Français n’ont pas conscience des épisodes du passé et c’est bien dommage.»

En tout cas, dans cette situation, le face-à-face du second tour entre Macron et Le Pen ne sera guère enthousiasmant. Pour Yvan Gastaut, malgré tout, «comment, au nom de l’anticapitalisme mettre sur le même plan Macron et Le Pen ? Il me semble qu’il y a sans doute deux urgences, mais elles ne sont pas du tout au même niveau. Le ni-ni n’est pas responsable, voire incendiaire».

Walid Mebarek
 
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