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Marie-Jo Justamond. Directrice des Sud à Arles

«Le besoin de s’ouvrir à la générosité»

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le 11.07.17 | 12h00 Réagissez

Le festival des Sud a ouvert hier, lundi, à Arles. La directrice nous éclaire sur les objectifs de cette semaine de musiques du monde qui célèbre sa 22e édition

- Qu’est-ce qui vous anime, à titre personnel, à porter chaque année ce formidable festival d’ouverture sur le monde ?

J’ai des périodes de réflexion lorsque c’est très intense, un stress dû à beaucoup de charge. Nous sommes une petite équipe de permanents, même si nous sommes rejoints lors du festival par des stagiaires et des intermittents. Le côté pas simple, c’est aussi que nous sommes indépendants financièrement avec des subventions publiques et quelques aides privées, mais tout ça est fragile.

Heureusement, il est des passions qui donnent envie pour l’action. J’ai une passion  pour ces musiques du monde et je suis passionnée par la médiation. Quand on est touché par un artiste, l’idée est de le partager avec le plus grand nombre. Cela suscite de l’énergie pour le faire encore et encore. C’est une foi en la culture qui fait avancer.

- Et cela dure depuis 22 ans. C’est l’âge de la maturité aussi, lorsqu’on voit les difficultés croissantes du monde et du Sud en particulier, n’est-ce pas aussi le temps d’une certaine gravité ?

Certes. Depuis que nous avons démarré, le monde ne s’est pas simplifié, ne s’est pas allégé, n’est pas plus joyeux, c’est même le contraire. Cela donne des raisons de revendiquer que dans toutes les cultures il y a de braves gens, de belles personnes, des artistes et de beaux répertoires. C’est indispensable d’être présent.

- Depuis quatre ans, en raison des incertitudes politiques, ou plutôt électorales, il y avait quelques inquiétudes pour la culture. Est-ce fini ?

Les inquiétudes sont toujours aussi présentes. C’est vrai que dans notre région il y a un fort vote Front national. Pour la responsable que je suis, d’un festival qui s’intéresse aux musiques de tous les pays, c’est vrai que c’est là un vrai problème.

Simplement, ce qui fait la différence avec les dernières échéances électorales, c’est que même avec un vote Front national important, une partie  de l’électorat se reporte sur les candidats républicains. Les populations ont besoin d’espoir. Une partie de l’extrême ne demande qu’à croire et à s’ouvrir à la générosité. A condition qu’il y ait une possibilité de développement équilibré et équitable.

- Revenons au programme. Le festival  est toujours à l’écoute des pulsations du monde. Qu’en est-il cette année ?

L’Afrique est très présente cette année d’ailleurs, comme dans beaucoup de lieux culturels en France. Plus que d’habitude ici, même si la zone méditerranéenne continue d’être notre préoccupation principale.

Nous avons une magnifique opportunité de recevoir la dernière création de Mathieu Chedid, ‘‘M’’. Il a une énorme notoriété en France et là il présente une création qu’il a intitulée «Lamomali» qu’il faut entendre «L’âme au Mali»,  avec des musiciens maliens : Toumani, Sidiki Diabaté et Fatoumata Diawara.

Une rencontre entre deux formes de musiques le mardi 11 juillet au théâtre antique. La première partie sera soudanaise. Au-delà de ce courant africain et de musiques inspirées du fonds traditionnel, on retrouvera aussi l’Afrique, la nuit, aux Forges, sur la scène avant-gardiste, notamment un Ghanéen le 15 juillet. Et aussi Bombino, le 12 au théâtre antique, avec Calypso Rose.

- Vous faites une part cette année à l’arabo-andalou, un petit peu en relation avec El Watan…

Oui c’est vrai, c’est inspiré par la relation que nous avons eue ces dernières années avec votre journal. Nous recevons Amal Brahim Djelloul. Une splendide soprano. Nous sommes heureux de cet accueil. C’est la première fois que nous avons une voix lyrique aux Sud. Elle vient avec le groupe Amediez pour un répertoire arabo-andalou.

Le 12 juillet dans un moment que nous appelons «Moment précieux» dans la cour de l’archevêché. Elle a accepté de jouer le jeu de notre festival pour une relation intimiste avec le public. Elle sera ainsi aux Apéro découvertes du 12 juillet à la mi-journée. Je lui suis reconnaissante de ça. Son frère, Rachid, violoniste, dirige l’orchestre. Un stage de percussions orientales sera donné par Dahmane Khalfa.

- Aux Sud, on n’oublie jamais les enjeux mondiaux essentiels. On se souvient il y a deux ans du président de Région, qui lançait un appel pour les migrants. Une question dont on parlera encore cette année en marge du festival avec la Caravane syrienne le premier jour et le projet du musicien catalan Jordi Savall. Pourquoi ?

C’est Orpheus XXI : musique pour la dignité. Jordi Savall, très engagé auprès des réfugiés a joué notamment à deux reprises à Calais auprès des migrants et de leurs soutiens. Il a décidé d’agir et de faire tout ce qu’il peut  pour faire connaître cette situation.

- Il faut tout de même préciser que Jordi Savall est l’un de ceux qui ont fait découvrir en France et en Europe la musique dite «baroque…»

… Oui. Il tourne dans le monde entier. Il joue de la viole de gambe. Sa générosité est méritoire puisqu’il a monté un orchestre avec des musiciens tous migrants après avoir fait le tour en Europe des camps de réfugiés. Ici à Arles, le 14 juillet à la mi-journée, nous accueillerons le groupe. Ce sera la première d’une grande tournée européenne de deux ans. Il y aura une musicienne syrienne, joueuse de oud et chanteuse qui répète en ce moment avec cette formation dans laquelle il y aura des enfants réfugiés.

- Avec la caravane syrienne qui ouvre le festival, cela ne donne-t-il pas un goût particulier à cette édition ?

C’est un festival concerné. Nous avons aussi un beau partenariat avec SOS Méditerranée, qui était déjà présent l’an dernier. L’association Secourt, avec son bateau l’Aquarius les réfugiés échoués en mer. Nous avons créé une billetterie solidaire pour la soirée du 13 juillet, avec notamment sur la scène du théâtre antique les derviches tourneurs syriens de Damas de Nouredine Kourchid et l’Espagnole Cynthia Perez Croz.

 

Walid Mebarek
 
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