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Point de vue

Quelle est la place des avancées scientifiques dans la construction de la médecine nationale ?

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le 04.04.18 | 12h00 Réagissez

La médecine nationale vit actuellement des remous et des transmutations profondes, ce qui est naturel vu les bouleversements de la pratique médicale mondiale.

L’avènement de la génétique, la génomique, la bioinformatique et l’intelligence artificielle révolutionnent la pratique médicale de par le monde. Alors, notre médecine saura-t-elle répondre aux défis de demain ?
D’une médecine à l’autre…

Le Dr Hakima Amri(1) nous écrit des Etats-Unis que la médecine du XXe siècle a été marquée par de remarquables découvertes, les vaccins, les antibiotiques, l’imagerie médicale ou la greffe d’organes vitaux. Que ces progrès ne se sont malheureusement pas traduits par l’éradication des pathologies comme le cancer, le diabète, etc. Cette carence a augmenté le coût des soins sans pour autant offrir prédiction et efficacité dans le traitement.

Le même constat est fait par le Dr Raouf Fetni(2) qui nous écrit du Canada. Pour lui, les efforts de la communauté médicale sont réels pour trouver de nouvelles thérapies non toxiques qui ciblent spécifiquement les cellules malades. Dans ces approches thérapeutiques où l’on utilise des composés dirigés spécifiquement contre des cibles moléculaires activées dans la carcinogenèse et sont mieux tolérés que les chimiothérapies standards. Malheureusement, ces approches demandent au préalable un diagnostic moléculaire fiable.

Le Dr Walid Dridi(3) définit cette approche par la «médecine moléculaire» qu’il pratique depuis des années dans son laboratoire en Arabie Saoudite. Pour lui, l’avènement des dernières technologies de séquençage à haut débit :les WGS (Whole genome sequencing) et les NGS (New generation sequencing) ont bouleversé la pratique médicale d’une manière irrévocable.

Dorénavant, que ce soit une patiente atteinte d’un cancer du sein, un enfant avec leucémie, un diabétique, une grossesse à risque, un bébé avec atteinte génétique…, les médecins disposent actuellement d’outils de diagnostic fiable pour une prise en charge efficiente de la maladie.

Deux objectifs en vue…

Le Dr Amri explique que l’intérêt de la médecine actuelle est portée vers le dépistage précoce des maladies, poussé par 3 développements majeurs : la pratique de la médecine est prédictive, préventive, personnalisée et participative*, l’avènement de la bio-informatique et enfin les biotechnologies. La technologie de la spectroscopie de masse et l’analyse phylogénétique que Dr Amri a brevetée lui permettent d’analyser les composés moléculaires d’une cellule pathologique, lui indiquant les désordres génétiques et métaboliques en cause. L’identification de ces désordres identifie non seulement les causes de la maladie, mais oriente la voie thérapeutique ; c’est le sens même de la médecine moléculaire.

Le même propos est apporté par le Dr Fetni, en évoquant l’identification des altérations génétiques qui permet la stratification du risque pathologique et par conséquent l’intensification et/ou la modulation de la durée des cycles de chimiothérapie et au mieux décider une thérapie ciblée.

La technique des puces à ADN, pratique courante dans son laboratoire, permet là aussi d’identifier les désordres chromosomiques impliqués dans le processus tumoral. Si l’anomalie génétique est associée à un bon pronostic, une chimiothérapie moins agressive sera indiquée, mais si la mutation est à haut risque oncologique, une chimiothérapie intensive sera alors envisagée. Le facteur temps est alors maîtrisé.

Le Dr Dridi confirme, lui qui séquence et analyse avec des modèles mathématiques et statistiques hautement sophistiqués les secrets les plus intimes des gènes morbides et offre à ses malades un diagnostic hautement précis, prédisant la progression de la pathologie et précisant à ses collègues praticiens le traitement le plus adéquat.

Le Dr Amri abonde dans ce sens ; pour elle, la bio-informatique permet de gérer l’avalanche de données générées par la lecture de tout le génome et identifier les voies métaboliques en cause dans les pathologies métaboliques ou le cancer. Puis, au moyen de modèles prédictifs que son équipe de recherche développe, elle identifie les mécanismes moléculaires à l’origine de la pathologie, prédit leur évolution et propose des solutions thérapeutiques avant même que la maladie ne s’observe. Tout cela en partant d’un simple prélèvement de sang ou de salive.

Le Dr Dridi nous confirme que cela n’est pas de la science-fiction, lui qui à longueur de journée explique à ses «patients» qui n’ont pas encore développé la pathologie que leur profil génétique les prédispose au cancer, ou au diabète... Que nous ne sommes pas dans une médecine futuriste, puisqu’elle se pratique déjà !

Le Dr Fetni nous explique que son expertise dans les désordres génétiques impliqués dans les leucémies, le neuroblastome, ou dans les tumeurs stromales gastro-intestinales orientent les voies thérapeutiques proposées par ses collègues praticiens. Que son intervention dans la décision thérapeutique est primordiale car elle concilie un double objectifs : efficacité du protocole thérapeutique et économie dans la prise en charge du malade.

Nos 3 vœux…

Le Dr Amri explique dans son intervention que la médecine doit aussi être participative, où le patient prend sa santé sérieusement en main, pense à son bien-être : «prévenir vaut mieux que guérir».

Cet adage se traduit chez le Dr Dridi, un des initiateurs du projet de séquençage du génome des Algériens, par la mise en place d’une politique nationale du diagnostic moléculaire précoce envers les pathologies génétiques pour aboutir à terme à cette médecine moléculaire.

Pour le Dr Fetni, la prévention passe par l’identification précise du désordre génétique prédisposant à un cancer chez un patient déjà atteint afin de protéger les autres membres de la famille.

L’autre vœu semble évident aux Drs Amri, Fetni et Dridi ; pour eux, la pratique médicale a opéré sa mutation depuis l’avènement du diagnostic moléculaire voilà plus de 20 ans et cela est irrévocable ! En 2015, nous explique le Dr Amri, le président américain (Obama) s’était adressé à la communauté scientifique pour exprimer son soutien au développement de la médecine de précision.

Alors, la médecine nationale doit s’atteler à cette caravane et au plus vite à défaut d’être inopérante.
Enfin, l’ultime vœu, sans pour autant qu’il ne soit l’unique, est exprimé par Mustapha Bensaada(4). Certes, des initiatives émergentes pour introduire le diagnostic moléculaire dans la pratique médicale nationale, à l’image des récentes plateformes technologiques installées dans 6 centres hospitaliers et universitaires à Alger, Blida, Sétif, CPMC, Tlemcen et Ouargla, sont louables.

Mais les compétences manquent, en particulier dans l’analyse bio-informatique, la génomique et la protéomique, qui sont des acquis fondamentaux. Le pays doit alors s’appuyer sur l’ensemble des compétences algériennes là où elles se trouvent afin de penser et agir pour édifier cette nouvelle médecine, car elle est la pierre angulaire de l’édifice Algérie de demain.

Les répercussions sans doute positives de cette médecine sur la recherche, le personnel médical, les services médicaux, la population et l’économie de la santé seront sans commune mesure. Enfin, pourvu qu’il ne soit pas un vœu pieux.

Bio express :

Dr Hakima Amri est professeur de biochimie et physiologie au département de biochimie et biologie cellulaire et moléculaire à l’université Georgetown, Washington, USA. Elle a obtenu son premier diplôme universitaire, DES à l’université de Constantine, puis son DEA et Doctorat en biologie du développement à l’université Pierre et Marie Curie, Jussieu, Paris 6, France. Elle a choisi les Etats-Unis d’Amérique pour ses études post-doctorales et sa carrière académique.

Sur le plan éducatif en post-graduation, le Dr Amri a cofondé l’unique Master en physiologie et médecine intégrative aux USA qu’elle dirige depuis 2003. Elle est aussi la vice-présidente de Phylomics® LLC, qui traite le cancer «Big omics» Data. Elle est au stade de collection de fonds pour être entièrement opérationnelle sur ce projet.

Dr Raouf Fetni est généticien et professeur agrégé clinique.Il est diplômé d’études supérieures (DES en génétique) université d’Oran, Algérie et détenteur d’un Ph.D biopathologie cellulaire : cytogénétique de l’université de Montréal, département de pathologie, faculté de médecine. Thèse obtenue avec les félicitations du jury.

En nomination pour un prix d’excellence de l’Académie des Grands montréalais 1997. Montréal, Canada. Il était chercheur associé à l’Institut de recherche centre universitaire de Santé McGill. Montréal, Canada, professeur associé au Département de pathologie, Université de McGill. Montréal, Canada, puis professeur adjoint clinique au Département de pathologie et biologie cellulaire, Faculté de médecine, Université de Montréal. Montréal, Canada. Actuellement, il est professeur agrégé clinique au même département.

Dr Walid Dridi est détenteur d’un diplôme de médecine de l’Institut national des études supérieures en sciences médicales d’Alger, d’une maîtrise en biologie cellulaire et moléculaire de l’Université Laval, Québec, Canada et d’un Ph.D en biologie cellulaire et moléculaire de l’Université Laval, Québec, Canada. En 2007, formation post-doctorale en génétique médicale, Université de Sherbrooke, Québec, Canada.

Il est en poste actuellement au King Fahad Specialist Hospital-Dammam, Arabie Saoudite en qualité de médecin, généticien, Directeur des unités cytogénétique et génétique moléculaire/ génétique moléculaire oncologique. Il est l’Investigateur principal du projet «Séquençage du génome de la population algérienne».

Dr Mustapha Bensaada est détenteur d’un DEA, radiobiologie et radiopathologie (Université Paris 5) et d’un Doctorat en sciences de la vie (Ph.d), base fondamentale de l’oncogenèse (Institut Pasteur & UP7). Il est actuellement enseignant universitaire en génétique moléculaire et cytogénétique à l’université de Khenchela. Il a à son actif plusieurs publications dans des revues scientifiques internationales.

 
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