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Yassine Balhi. L’un des médecins porte-parole du collectif Camra

Nous sommes contre le caractère «obligatoire» du service civil et non contre la pratique de la médecine dans les régions enclavées

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le 17.01.18 | 12h00 Réagissez

Les médecins résidents ne décolèrent pas. Depuis presque deux mois, ils font grève et comptent maintenir leur mouvement jusqu’à satisfaction des revendications soulevées. Un des membres du Collectif autonome des médecins résidents algériens (Camra) explique pourquoi la situation n’a pas changé depuis 2011.

- Depuis 2011, la revendication des médecins résidents n’a jamis cessé. Pensez-vous que la réunion avec le ministre de la Santé, Mokhtar Hasbellaoui, a eu un impact favorable ?

Je pense que depuis 2011 jusqu’à maintenant il n’y a pas eu de continuité, c’est-à-dire que les commissions n’ont jamais vu le jour. D’ailleurs, c’est pour cette raison qu’il y a eu un ras-le-bol et de nouvelles contestations. L’action a été maintenue jusqu’à l’obtention de la réunion de samedi dernier qui avait achoppé sur une vraie discussion entre le ministre de la Santé, Mokhtar Hasbellaoui, et nos représentants. Ces derniers n’ont pas reçu de réponses pour certaines revendications, car le ministre a sous-entendu que cela ne dépendait pas que de lui.

Nos représentants ont également souligné qu’ils ne pouvaient pas confirmer l’arrêt ou la poursuite de la grève tant qu’ils n’avaient pas consulté les résidents au préalable. D’ailleurs, à l’instant où ils nous ont consultés, nous avons expliqué que l’on ne pouvait pas stopper toute une grève avec une liste de revendications, juste parce qu’on nous a promis de faire quelque chose. Depuis 2011, il n’y a eu que des promesses qui n’ont jamais été tenues.

- De nombreux amalgames sur le service civil faussent la compréhension de vos revendications. A votre avis, pour quelle raison ?

Le service civil existe partout dans le monde, mais à la différence de notre pays, il est exécuté dans des conditions optimales pour une médecine de l’excellence. En Algérie, nous avons ce service civil qui est obligatoire. Pour être précis, notre revendication c’est l’abrogation du caractère obligatoire du service civil, on ne demande pas à ce qu’il soit supprimé.

Parce que cette obligation est injuste envers le médecin. Quand on est obligés d’aller travailler dans des régions enclavées, il n’y a pas que le Sud, il y a aussi les Hauts-Plateaux et des villes du Nord qui n’ont pas de médecins spécialistes. Si on ne fait pas ce service civil, on ne nous donne pas le diplôme, l’agrément et l’autorisation d’exercer, dans le public ou le privé.

Quand un médecin spécialiste arrive dans l’hôpital d’une ville spécifique, il fait automatiquement face à un mépris de la part du directeur du centre hospitalier, peu soucieux du résultat. Le matériel demandé n’est absolument pas fourni. Le praticien est forcé d’orienter certains malades vers les villes du Nord.

- L’idée des médecins qui ne veulent pas aller dans d’autres régions a été usée. Pensez-vous qu’elle sert l’état négligé de ces hôpitaux qui n’assurent pas des soins adéquats ?

Si l’obligation change de camp, il devient impératif de fournir un plateau technique et d’assurer les meilleurs soins possibles aux populations. Dans ce cas-là, les autorités locales ont la responsabilité de fournir les moyens nécessaires. C’est à eux d’attirer le médecin spécialiste et de garder une continuité dans les soins. C’est-à-dire qu’un cardiologue peut passer son service civil repartir, et cette région peut demeurer sans cardiologue durant des mois, voire des années.

Les efforts qui doivent être fournis consistent à attirer des médecins spécialistes et les garder sur place pour plusieurs années et ainsi assurer la continuité. Nous sommes des médecins algériens et nous pratiquons notre métier là où nous sommes. L’idée que les médecins ne veulent pas aller dans les régions du Sud et des Hauts-Plateaux est totalement erronée.

Malheureusement, ce discours est utilisé par certains députés et les autorités pour ternir l’image du médecin, afin de se justifier auprès des populations locales. Ils ont peur de réfléchir à une autre alternative, alors que tout le monde, y compris les professeurs et même le ministre de la Santé lui-même pensent que ce service civil est un échec. Alors, pourquoi ne pas réfléchir à une autre solution ?!

- Vu l’inaction des autorités, le mouvement de contestation se poursuivra-t-il ?

Absolument, il se poursuivra pour la simple raison que c’est pour la première fois dans l’histoire de notre pays que l’examen final a été boycotté. C’est ce DEMS qui sanctionne la fin de des études médicales spécialisées que les médecins ont boycotté, ils savent que dans deux mois ils vont aller faire ce service civil dans les conditions actuelles qui n’ont pas changé depuis 2011 parce que rien n’a été appliqué sur le papier.

Ils vont se retrouver dans des conditions difficiles, surtout après ce qui s’est passé à Djelfa avec l’affaire du Dr Ouali (le tribunal de la ville a condamné la gynécologue, le docteur Ouali, à 10 mois de prison avec sursis et 2 mois fermes, ndlr). La différence entre aujourd’hui et 2011 est que tout le monde est d’accord pour continuer la lutte jusqu’à l’abrogation de ce critère.

Nos revendications portent non seulement sur le service civil, mais elles concernent également un volet pédagogique afin d’améliorer la formation du médecin résident. Tout cela rentre dans le même cadre. Le premier bénéficiaire, ce sont les populations. Nous avons réalisé toute une plateforme de propositions et donné des idées pour leur application. On a fait un travail qui n’est pas censé être le nôtre.

 

Faten Hayed
 
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