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Recherche universitaire en robotique

Nous fournissons des compétences à des laboratoires étrangers

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le 27.12.17 | 12h00 Réagissez

Le 6e Congrès algérien de mécanique, qui s’est tenu à l’université Mentouri les 26, 27 et 28 novembre, était une réelle occasion pour évaluer les avancées en matière de recherche dans les universités algériennes et étrangères.

La mécanique, en tant que paramètre indissociable de l’évolution de l’industrie, de la technologie, surtout de la robotique, a réuni un panel d’experts qui se sont succédé à la tribune du campus des 500 places pédagogiques pour mieux décortiquer chacun son domaine de prédilection, à travers pas moins de 170 communications.

Le congrès en question s’adresse à la communauté universitaire. D’où la qualité du débat, la pertinence des questions et l’échange de haute volée. Mais au-delà de la thématique, c’est la recherche scientifique qui se trouve au cœur du débat.

Celle souhaitée par le MESRS existe bel et bien, selon les universitaires, mais son application fait défaut, en raison de la défection du secteur industriel, entre autres. Selon Pr Abdelwahab Zaâtri, responsable du laboratoire de robotique (LATA) au département de génie mécanique de l’université Constantine1, la fuite des cerveaux est une preuve irréfutable de l’existence et de la qualité de la recherche au niveau des laboratoires universitaires algériens. «Nous fournissons des compétences à des pays européens et américains où la recherche scientifique et le développement sont étroitement liés», a-t-il déploré. Selon lui, «le rapport recherche-développement dépend surtout de la structure socio-économique et de la conjoncture du pays plus que de la décision de tel ou tel ministre». A comprendre donc que le pragmatisme serait le grand absent de toute cette stratégie.

«De nombreux chercheurs algériens travaillent dans le domaine de la robotique dans des pays étrangers. Un grand nombre se trouve en Europe : France, Suisse, Italie, etc. D’autres se situent aux USA et au Canada. Ils auraient constitué un grand réservoir de savoir-faire et de transfert technologique s’ils avaient été sollicités», dira Pr Zaâtri. Et c’était opportun pour en savoir un peu plus sur la recherche en robotique dans l’université algérienne et son application au monde industriel.
L’année 2000 représente pratiquement une année charnière pour la robotique dans les pays développés, qui ont besoin d’optimiser leurs systèmes de production industrielle.

«Avant cette époque, les recherches et les applications concernaient surtout la robotique industrielle, qui avait pour objectif d’automatiser les systèmes de production pour plus de qualité, de productivité, moins d’accidents du personnel humain, etc. Par la suite, cette tendance semblait avoir atteint ses limites, puisque pour les pays développés, la robotisation des systèmes de production industrielle était acquise et maîtrisée», a-t-il expliqué.

Comme la technologie est en perpétuel renouveau, de nombreuses recherches effectuées antérieurement en laboratoires et centres de recherche civils et/ou surtout militaires, aussi parcellaires qu’elles puissent être, se sont avérées très prometteuses, est-il encore soutenu :«L’évaluation de diverses technologies pour leur impact sur le futur a permis de classer en première position la robotique, suivie en deuxième position de la génétique. D’intéressants résultats pour de nouvelles applications commencent à voir le jour. Il s’agissait d’applications en télérobotique et en systèmes supervisés destinés à la télémédecine, la téléchirurgie, le contrôle de navettes d’exploration spatiale comme la Lune, et plus particulièrement l’envoi prochainement de vols non habités ou habités vers la planète Mars.

L’exploitation des drones pour la télésurveillance et la guerre sans soldats (no boots on the ground) est certainement une application de grande importance qui a eu de bons résultats.» Et la recherche va s’étendre jusqu’à d’autres secteurs dont l’impact est fort palpable.«Les applications de la robotique d’assistance aux malades (infirmiers-robots) et aux handicapés (robot-assistant) commencent également à donner de sérieuses promesses. Il s’agit de prothèses actives contrôlées par les muscles, les nerfs avec quelques recherches en contrôle par la pensée  (mind control) qui permettent le mouvement des membres supérieurs et même la marche pour les membres inférieurs. Un exemple significatif est le système d’assistance au célèbre astrophysicien Stephan Hawking, qui lui permet de se déplacer et de communiquer avec les gens», a détaillé l’enseignant-chercheur.

LA ROBOTIQUE DANS LES UNIVERSITÉS ALGÉRIENNES

Et de préciser que dans ces pays industrialisés, le couplage et la coordination entre l’industrie et les universités et centres de recherche est naturelle et se fait généralement par des bureaux de recherche et développement. «En Algérie, pour des raisons historiques et politiques, les grandes entreprises nationales des années qui ont suivi l’indépendance jusqu’aux années 1980 sont généralement des usines de grande taille construites par des firmes étrangères et sont de type clés en main (ElHadjar, Sonacome, CPG, ..). Dans ces usines, les procédés de fabrication et les machines sont dédiés à la fabrication d’un seul produit ou d’une gamme de produits. Les procédés implantés ne permettent aucune flexibilité sinon très limitée pour pouvoir intervenir et opérer des changements ou des modifications», rappellera Pr Zaâtri.

Et de revenir sur le système de gestion de l’époque : «Les modes de gestion appliqués dans ces usines algériennes sont d’influence «socialiste», ce qui signifie que la gestion est planifiée et dirigée. Elle est de type top-down, impliquant de facto la rigidité et l’autoritarisme. Ce qui conduit à des retards dans la chaîne de décisions et celle des opérations, favorisant surtout le développement de la bureaucratie en tant que frein participant sérieusement et sournoisement à la dégradation des performances de l’entreprise. Contrairement au mode de gestion capitaliste, qui promeut l’initiative, qui se soucie de la compétitivité par l’amélioration continue de ces  performances, condition sine qua non pour sa survie dans un environnement dynamique mondialisé, le système algérien n’arrivait pas à associer la conviction que l’amélioration des performances est une condition de sa survie, Il vit et survit par le protectionnisme de l’Etat qui lui assure le monopole, le soutien et les subventions .

C’est pourquoi, dans les années 1990, la majorité des entreprises n’a pas pu survivre face à la mondialisation. La plupart d’entre elles sont soit restées tributaires du soutien de l’Etat, soit se sont disloquées en une myriade de petites entreprises qui sont restées soit dépendantes des entreprises mères ou se sont investies  dans l’import-import»

A saisir de cette analyse que «les entreprises et les universités algériennes ont continué à fonctionner comme des institutions indépendantes les unes des autres» et que «la mission des universités était surtout orientée prioritairement vers la formation et ne disposait pas de laboratoires et de chercheurs qualifiés». Tout s’est joué donc après les années 2000 ? Affirmative pour notre interlocuteur : «Après les années 2000, dans chaque université,  de nombreux laboratoires budgétisés se sont constitués.

Sans être exhaustif et me référant seulement à mes modestes relations dans ce domaine, il me semble que dans les universités, l’intéressement à la robotique s’est amorcé initialement sans rapport particulier avec une quelconque demande de la part de l’industrie. Il s’est constitué juste par un intéressement personnel par suite de l’importance de cette technologie dans le monde.

Des chercheurs se sont engagés dans cette spécialité lors de leurs formations à l’étranger ou en contact avec des laboratoires étrangers lors de stages.

Par la suite, des laboratoires ont commencé à voir le jour dans de nombreuses universités et centres de recherches. Des formations en robotique et en mécatronique y ont été dispensées». Et à lui d’illustrer la situation avec des exemples : «L’école militaire polytechnique de Bordj El Bahri, l’université d’Oum El Bouaghi, celle de Blida, le Centre de recherche nucléaire de Birine(Djelfa), l’université de Skikda,  l’école nationale polytechnique d’El-Harrach en sont des exemples.

Certains disposent d’un équipement respectable comme des robots industriels sériels de type Kuka, Adept, etc. D’autres disposent de robots parallèles. Des plateformes de robots mobiles sont également en usages comme Pioneers et autres. Certains chercheurs ont pu concevoir et réaliser eux-mêmes leurs robots expérimentaux»

LA RELATION INDUSTRIE-RECHERCHE

Ces recherches se poursuivent dans des directions très variées, est-il encore avancé. «De nombreux chercheurs travaillent sur les thèmes de la robotique industrielle pour le déplacement et la manipulation des objets.  Cela concerne l’analyse des robots industriels classiques parallèles et sériels, l’optimisation des performances de ces robots.

L’optimisation des performances des robots est un thème très prisé par quelques chercheurs algériens, mais aussi et surtout par les fabricants de robots. D’autres travaillent sur des robots mobiles qui peuvent servir au transport des marchandises ainsi que pour les fauteuils roulants disposant de fonctionnalités d’aide aux handicapés.

D’autres chercheurs travaillent sur des thèmes très avancés scientifiquement et technologiquement et sont en général connectés à des laboratoires étrangers qui sont les premiers à en profiter des résultats obtenus. Il s’agit de la robotique flexible, de l’interaction homme-robot, de la coopération multi-robots, des robots de types insectes, des drones, etc. Il va de soi, que nombreux d’entre eux sont nos amis et collègues algériens qui travaillent dans le domaine de la robotique dans des pays étrangers». L’évaluation de ces recherches devient donc possible actuellement. «Certains séminaires technologiques offrent une bonne occasion pour évaluer le niveau technologique dans ce domaine.

A ce titre, le Congrès algérien de mécanique (CAM) offre un espace de plus en plus prépondérant pour les procédés modernes de fabrication. Par ailleurs, l’organisation de la compétition de robotique, Eurobot, lancée par l’université de Blida, demeure un événement intéressant pour promouvoir la robotique auprès des étudiants», a conclu le Pr Zaâtri pour lequel «la relation recherche-industrie reste très timide et ne pourra trouver de l’élan que dans un milieu industriel compétitif qui a besoin d’adaptabilité et de créativité».

Naïma Djekhar
 
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