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Université Djilali Bounâama de Khemis Miliana

Les étudiants réclament de la considération

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le 12.04.17 | 12h00 Réagissez

Les étudiants réclament de la considération

«Je suis sincèrement déçu. A mon âge, être traité comme un écolier et subir un acharnement aussi indigne de la part d’une enseignante universitaire m’attriste.

D’ailleurs, je pense mettre un terme à mes études». Au-delà de l’amertume, le sentiment d’injustice exprimé par l’étudiant en master de la faculté des sciences économiques de l’université Djilali Bounâama de Khemis Miliana, est un cri d’alarme sur une situation difficilement soluble.

Si l’agressivité, le manque d’assiduité ou d’éducation d’une certaine partie des étudiants sont souvent décriés, les différentes formes d’abus commis par des enseignants peu éthiques sont volontairement tues. Une omerta s’est installée dans la communauté universitaire et sa tutelle, qui préfèrent mettre en avant la toute «puissance» de l’enseignant dans son univers.

Une force dirigée malheureusement et quasi exclusivement contre le plus faible de la hiérarchie universitaire : l’étudiant. «Tout s’est passé le jour de l’examen. L’enseignante m’intime l’ordre de quitter la salle, me signifiant que j’étais exclu du module sans aucune explication. Mais ce qui m’a le plus choqué, c’est son attitude hautaine et cassante. Moi, qui suis peut être plus âgé qu’elle et cadre dans une entreprise publique, me faire humilier de la sorte est insupportable», s’indigne l’étudiant. Selon ce dernier, l’enseignante en question refuse catégoriquement de le recevoir et déclinera toutes les tentatives d’intercession proposées par ses collègues ou des membres de l’administration.

«Elle s’est acharnée contre lui. Elle a même décidé de le traduire en conseil de discipline», témoigne un collègue de l’étudiant malheureux. A la faculté des langues de l’université de Khemis Miliana, un ancien CEM du centre-ville aménagé pour répondre à sa promotion en centre universitaire, un groupe d’étudiants décrit des rapports «Donquichottesques» avec certains de leurs enseignants. «Dans cette université, l’étudiant est écrasé.

Certains enseignants nous traitent avec dédain. L’un d’eux nous a même dit : ‘‘Estimez-vous heureux que je daigne vous enseigner. Ma présence parmi vous est déjà une faveur’’», s’offusque une jeune étudiante, major de sa promotion, qui dit avoir longtemps pleuré face à l’attitude d’un enseignant qui quitta la salle, sans aucune excuse, alors qu’elle et ses collègues présentaient un travail ardemment préparé. «On a ressenti cela comme du pur mépris. On ne demande rien, juste qu’on soit considérés comme des étudiants. C’est une question de dignité», poursuit-elle.

Exclusion abusive

«J’ai noté plus de 160 réclamations d’étudiants pour des exclusions abusives (de modules) en un semestre. Les conseils de discipline sont très nombreux, surtout au niveau de la faculté des sciences économiques. Et dans les meilleurs des cas, lors de ces conseils, l’étudiant écope au minimum de six mois de suspension de cursus et cela peut aller jusqu’à 2 ans», informe Nesreddine Boutellis, représentant des étudiants au conseil d’administration de l’université. «En cas de litige entre l’enseignant et l’étudiant, l’administration donne systématiquement raison au premier, même s’il a tort», poursuit celui qui occupe également la fonction de président du bureau de wilaya de l’organisation estudiantine Real (Rassemblement des étudiants algériens libres).

En star du campus, Nesreddine, qui se dit «ciblé» par des parties qu’il ne nommera pas pour arrêter son travail de militant, est hélé de toutes parts par des étudiants inquiets sur leur sort. «Vous voyez, je suis comme leur grand frère. Les étudiants ont tellement de problèmes, ils subissent tant de galères qu’ils attendent avec impatience des nouvelles sur leurs cas, auprès de nous, les responsables des organisations estudiantines», explique le jeune étudiant qui dit «savoir faire de la politique» avec les responsables de l’université pour avoir gain de cause. Et savoir faire de la politique, c’est souvent mettre l’épée de Damoclès sur le dos des recteurs et doyens par la menace de fermer l’établissement. D’ailleurs, le jour de notre passage, l’université venait de rouvrir ses portes après une grève de quelques jours dont les portées vont au-delà des revendications purement pédagogiques ou de confort. Une lutte de «pouvoir».

Mais qu’est-ce qui pourrait protéger les étudiants face à l’injustice de certaines brebis galeuses de l’enseignement ? Ces enseignants, certes en petite minorité, mais qui découragent des dizaines, voire des centaines, d’étudiants tout au long de leurs «sévices» (et non service).  «L’enseignant est souverain dans sa décision par rapport à l’évaluation de son étudiant. Il peut l’exclure de son module s’il constate qu’il a trois absences injustifiées ou cinq même justifiées. Il peut le faire aussi s’il juge que l’étudiant lui manque de respect», explique Nawal Chicha, directrice des études à la faculté des sciences économiques.

Rapportant le cas de notre étudiant exclu et celui du comportement dédaigneux de son enseignante, la directrice esquisse un sourire gêné, signe révélateur d’une situation incommodante. «Je suis également enseignante et je peux dire que je n’ose jamais exclure un étudiant de mon module. Surtout lorsqu’il s’agit d’étudiants en master. On sait que, généralement, ces apprenants travaillent et qu’ils s’arrangent comme ils peuvent pour assister aux cours. S’ils font le travail demandé, passent leurs examens et ne créent pas de problèmes, pourquoi les exclure ?», s’interroge-t-elle, en constatant que les étudiants travailleurs sont plus sérieux et rigoureux dans leurs études.

La lutte

«Lorsqu’il y a un conflit entre un enseignant et un étudiant, l’administration essaye par tous les moyens de trouver un arrangement pour atténuer la crise. C’est vraiment très rare que cela arrive au conseil de discipline», assure un vice-doyen de la faculté des langues, qui reconnaît toutefois qu’en cas d’acharnement de l’enseignant, même l’administration n’y peut rien. «Je peux vous dire que dans nos universités, la lutte ne se situe pas entre l’administration et l’étudiant. Le véritable  combat est entre l’administration et l’enseignant», poursuit-il, en racontant des anecdotes sur le comportement indigne de certains enseignants de sa propre faculté.

D’ailleurs, en guise d’anecdote, un étudiant assure qu’un responsable administratif, un décideur, va jusqu’à «débrouiller» des attestations médicales pour justifier les absences de certains étudiants auprès d’enseignants «trop sévères» !

«Les textes réglementaires protègent l’étudiant. Théoriquement, la priorité est donnée à l’étudiant. Mais sur le terrain on ne peut pas tout contrôler. Les enseignants sont des personnes comme les autres. Parmi eux, on peut trouver des envieux, des caractères difficiles ou parfois des psychologies compliquées. Mais là, il ne faut pas non plus stigmatiser le corps enseignant, qui est constitué à 99% ou plus de personnes compétentes, dévouées et bienveillantes», assure une voix du ministère de l’Enseignement supérieur.

Faut-il seulement rappeler que la loi est promulguée pour garantir les droits des citoyens, quel que soit le niveau, face justement à toute forme de dépassement. Laisser ces enseignants «malintentionnés» -en sus, ces profils sont largement connus et réputés dans leurs établissements- prendre en otage l’avenir des étudiants pour satisfaire leur ego est un crime. Etre rigoriste, à la limite de l’obsession dans l’application des règles (surtout pour les absences) ne peut en aucun cas être condamnable. C’est même une qualité. Mais pousser ses prérogatives à l’extrême pour asservir et rabaisser son subalterne, cela s’appelle aussi de l’abus de pouvoir.

A l’Université de Khemis Miliana, discrète et oubliée de la carte universitaire, promue récemment en centre universitaire, pour la fierté des Khemissis, la vie des étudiants est loin d’être un long fleuve tranquille. Manque de moyens pédagogiques –surtout pour la faculté des langues, qui ne dispose ni d’amphithéâtre ni de réfectoire ou d’espaces pour les étudiants, problèmes dans les œuvres universitaires –les étudiants assurent ne pas avoir mangé de viande dans leur restaurant universitaire depuis 4 mois, à cause d’un recours sur la soumission des marchés-, et surtout des rapports difficiles entre ses différentes populations … autant de dossiers qui doivent être résolus pour le bien-être de ses 18 000 étudiants.

Samir Azzoug
 
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