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Leïla Sidhoum : Le doyen par intérim a exigé que tout ce qui est en rapport avec l’ANP, le président de la République, le mouvement islamiste... soit supprimé

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le 05.07.17 | 12h00 Réagissez

Thèse bloquée, harcèlement, pression... Leïla Sidhoum, Maître-assistante à la faculté des sciences politiques et des relations internationales (université Alger 3), vit depuis quelques semaines un malheureux épisode. Alors quelle présentait sa thèse de doctorat, le doyen par intérim a exigé quelle supprime des passages jugés dérangeants pour l’institution militaire et même pour le président  de la République. Témoignage d’une cabale injuste et injustifiée.

- Depuis votre soutenance en juin dernier, vous subissez les foudres du doyen de la faculté de sciences politiques d’Alger ? Pourquoi ?

Oui ! D’abord, il faut savoir que j’ai soutenu ma thèse le 7 juin 2017, intitulée : «Le rôle de l’élite au pouvoir dans le processus de transition démocratique en Algérie 1989-2016». La soutenance a eu lieu normalement avec les membres du jury, ainsi que mon encadreur. J’ai été admise avec mention très honorable, avec quelques réserves émises par certains membres du jury, qui consistaient à supprimer quelques paragraphes de ma thèse. J’ai évidemment respecté les réserves du jury souverain. D’ailleurs, j’ai réalisé les corrections dans la semaine qui a suivi la soutenance.

Je ne remets pas en cause les décisions du jury, ainsi que ses pertinentes remarques. Comme je l’ai dit plus haut je respecte les décisions souveraines du jury. Par la suite, j’ai présenté la thèse au président du jury qui l’a analysée, feuille par feuille, pour se rendre compte des corrections apportées. Il m’a immédiatement exprimé sa satisfaction. J’ai considéré que toutes les remarques faites étaient objectives. A dire vrai, je ne remettrai jamais en cause les remarques du jury qui a été à la hauteur, je les remercie pour leurs orientations.

De ce fait, le président du jury m’a fait un rapport que nous avons remis au service de la post-graduation afin de le transmettre au doyen intérimaire de la faculté, Mohamed Khodja. A partir de ce moment, le doyen a commencé à me mettre des bâtons dans les roues. Cependant, dans la lettre adressée à l’opinion publique datée du 1er juillet 2017 publiée dans la presse et les réseaux sociaux pour dénoncer ce harcèlement, j’ai relaté en toute objectivité ce qui s’est passé après la soutenance. Je n’ai pas relaté ce qui s’est passé avant ma soutenance, car il y avait d’autres faits.

Je lis, ça et là, dans quelques médias d’une certaine « source » de l’administration de la faculté que le doyen s’il voulait me bloquer il l’aurait fait « en amont et pas en aval ». C’est grotesque comme affirmation. Il n’a aucun droit  ni prérogative de me bloquer, ni avant, ni après ma soutenance. Cela est du ressort du Conseil Scientifique et du jury, autorités scientifiques souveraines et indépendantes.

 

- Justement, a-t-il tenté de le faire ?

Tout à fait. Le jour de ma soutenance, le vice-doyen de la post-graduation a convoqué les six membres du jury et leur insinué «poliment»  d’essayer de «réfléchir», de ne pas me laisser soutenir, parce que  le contenu de ma thèse était «dérangeante», pour ne pas dire subversive. Je vous dirais que le jour de la soutenance j’étais dans un état de stress et de tension  inimaginable, en apprenant que les membres du jury avaient été convoqués par le vice-doyen, sentant des manœuvres souterraines pour faire capoter ma soutenance.

- C’était le cas ? Dérangeant pour qui ?

Le contenu de ma thèse dérangerait selon lui plusieurs institutions de l’Etat, insinuant que même les services de sécurité étaient au courant. Ces faits m’ont été rapportés par Mr le Président du jury, qui était dans le bureau du doyen pour discuter de mon affaire, en présence d’un individu présenté comme étant de «la sécurité présidentielle ». Cette présentation en cette qualité  au Président de Jury avait été faite avant l’arrivée de ce dernier et ce, après un entretien téléphonique avec cet individu.  Ce denier n’a pas placé un mot lors de cet entretien.

Le doyen a alors déclaré au Président de Jury et ce, devant cet individu que ma thèse était subversive car elle contenait des paragraphes traitant du président de la république et que c’était pour cette raison qu’il fallait les retirer. Aussi, le doyen par intérim a exigé que chaque paragraphe en rapport avec l’institution militaire, le président de la république, le mouvement islamiste... soit supprimé ! C’est de la censure, ni plus ni moins. Pour ma part, je me suis dit que c’était une mise en scène pour m’intimider. Cet individu appartenait-il réellement à la «sécurité présidentielle» ? Les membres du jury ont  réfuté toutes ces allégations et lui ont signifié qu’ils ne rentreraient pas dans ce type de considérations.

- Que s’est-il passé par la suite ?

Après toutes les tergiversations, le doyen par intérim a essayé de trouver des moyens de pression pour ralentir le processus académique. Je rappelle tout de même qu’il y a eu des thèses, portants sur des sujets similaires, avant la mienne, à la faculté des sciences politiques et des relations internationales très critiques et personne n’a été dérangé. En 2002, il y a eu une thèse d’un enseignant qui a justement travaillé sur les élites au pouvoir où il a cité des noms, des institutions militaires, etc. Aujourd’hui, nous sommes en 2017, ça ne devrait pas être un tabou !

 

- Pensez-vous que le doyen ait le droit d’agir de la sorte ?

Absolument pas ! Sur le plan juridique, le doyen par intérim Mohamed Khodja a violé les décisions du jury souverain et remis en cause l’Autorité du  Conseil scientifique. Il a demandé à relire la thèse afin de voir si les corrections ont été apportées. Ceci n’est pas absolument de ses prérogatives, la loi en effet ne lui permet pas d’agir ainsi et de s’immiscer dans le travail du jury. C’est une violation flagrante de la souveraineté du jury et de la liberté académique pourtant garanti par la Constitution. M. Khodja n’a donc pas respecté les lois de la République.

- Quelle est l’origine de ce harcèlement ?

A mon avis ce harcèlement moral, les provocations et les représailles  sont liées à une autre affaire me concernant. Pour rappel, j’étais à la salle des professeurs de la faculté des Sciences politiques le 16 février 2017, quand des «pseudos» étudiants nous ont agressé violemment. J’ai assisté à ce carnage avec mes confrères qui ont été malmenés. J’ai exprimé ma totale solidarité avec mes collègues enseignants et j’ai exigé, avec le groupe d’enseignants, que ces étudiants «agresseurs» soient traduit en  Conseil de discipline. Or, jusqu’à présent ceci n’a pas été fait, et nous dénonçons cette impunité. D’ailleurs, c’est suite à ces agressions que le doyen de l’époque ait été remplacé par M. Khodja. L’administration a laissé les choses en leur état, augmentant la tension du fait de l’impunité qui paraissait à nos yeux comme suspecte. C’est ce qui explique, une partie de son cet acharnement personnel. Il s’agit tout simplement d’un abus de pouvoir.

- Comment vos collègues ont-ils réagi suite à votre affaire?

Je reçois beaucoup d’encouragements et d’appels de soutien. Tout le monde a considéré que c’est une injustice. J’ai également écrit plusieurs lettres en respectant la hiérarchie, ma tutelle, avant de m’adresser aux médias. Pour le moment aucune réaction des autorités. Hier, s’est tenue la dernière réunion du Conseil scientifique où ils devaient évoquer mon affaire et trouver une issue au problème, en présence de M. Khodja. J’ai su que ceci n’a pas été fait, ce qui est plus que regrettable.  C’est la fuite en avant.

- D’ailleurs, quelles sont les conséquences de ce blocage sur votre thèse ?

Si ce blocage se maintient, je n’obtiendrais pas mon diplôme. Cependant, je reste confiante puisque la soutenance s’est faite et  j’ai eu ma mention. Ce n’est pas les membres du jury qui bloquent. Les rapports des membres du jury sont positifs. J’ai en ma possession tous les documents qui corroborent mes dires.  J’ai respecté à la lettre la procédure et ce en m’appuyant sur les documents qui sont en ma possession. Il est évident que l’affaire doit trouver une issue, puisque je suis dans mon droit, quitte à aller, en cas de blocage et en dernier recours devant le tribunal administratif. Le règne de l’arbitraire et de la hogra que certains veulent institutionnaliser est révolu

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