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Jamal Mimouni. Professeur à l’université Constantine 1

Le système éducatif est basé dès le primaire sur le copier-coller

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le 28.09.16 | 10h00 Réagissez

Le professeur Jamal Mimouni, du département physique de l’université des Frères Mentouri (Constantine 1) évoque les origines du plagiat et leur ancrage dans le système scolaire et le cursus universitaire. Il nous livre ses impressions sur les nouvelles dispositions en la matière.

- Les pratiques plagiaires sont-elles autant généralisées et n’est -il pas trop tard pour y remédier ?

La pratique du plagiat par certains enseignants chercheurs et thésards est effectivement une pratique délétère tant au niveau de la recherche elle-même que par ses répercussions sur la société dans son ensemble. Si ce phénomène est déjà notoire dans les pays avancés scientifiquement, on peut s’attendre qu’il soit encore plus répandu dans les pays sous-développés comme le nôtre où il gangrène l’activité scientifique.

L’initiative du ministère est louable et excellente en soi, et même si elle vient fort en retard, elle a le mérite de prendre le taureau par les cornes et d’établir des mécanismes de contrôle et de sanctions qui faisaient cruellement défaut jusqu’à présent. D’un autre côté, il n’était plus possible de ne rien faire devant l’explosion du nombre de plagiats - à différents degrés certes- que connaît l’université algérienne

- A votre avis, comment  étudiants et parfois enseignants puissent- ils s’approprier des travaux, quand bien même partiels ? Est-ce un manque d’intérêt à la recherche ou une faillite de l’université à motiver l’émulation ?

Mentionnons d’abord que internet, avec la facilité d’accès qu’elle offre à la littérature scientifique et aux différentes bases de données, est en grande partie responsable de cet état de fait... de même qu’il est à la base des outils permettant de combattre ce phénomène ! Quant aux raisons de sa pratique chez nos étudiants et chercheurs, au-delà de la facilité offerte aujourd’hui de piocher directement aux sources et cette économie de travail qu’elle permet, il y a des pratiques bien ancrées dans notre société qui encouragent cette pollution intellectuelle qu’est le plagiat.

En effet, il est de mon avis que traiter seulement du plagiat à l’université est un peu comme traiter une maladie en phase terminale. Le système éducatif algérien est basé dès le primaire sur le copier-coller accompagné de la non-mention des sources, ce qui est grosso modo le noyau central du plagiat.

Un sujet de «recherche» scolaire, recevant une note élevée par l’enseignant, est une étude concoctée si elle n’est prise texto au gré d’un «googling» sur internet et sortie souvent tout droit d’un cybercafé et imprimé en couleur de manière impeccable. Ce n’est que rarement qu’elle est une étude basée sur un travail personnel.

Tout le monde, du maître d’école, au directeur, aux parents d’élève (c’est bien eux qui déboursent pour l’impression au cybercafé) sait que le travail n’est pas authentique et que le seul effort de l’élève n’est souvent que l’organisation de la «récolte» et aussi de bien cacher ses sources.

Arrivé à l’université, l’étudiant a intériorisé l’identification entre travail de recherche et butiner sur internet. Pas étonnant que les demandes rigoureuses de probité et d’authenticité dans la recherche qui lui sont faites soient vécues par le jeune chercheur comme un excès de zèle et rarement prises au sérieux, jusqu’à ce que la sanction tombe si sanction il y a. Encore une fois, le plagiat à l’université est l’aboutissement d’un long processus dont le système éducatif et la société doivent accepter leur responsabilité.

- Les recteurs, doyens, encadreurs et conseils scientifique et d’éthique sont autant de responsables face aux étudiants ou chercheurs plagiaires, réussiront-ils à contenir le problème en amont? Les sanctions qui peuvent aller jusqu’à l’exclusion ainsi que les poursuites judiciaires seront-elles pour autant un rempart contre toute velléité plagiaire ?

Des dispositions courageuses avec un processus clair de pénalisation des plagiaires allant crescendo avec sa gravité. Le problème reste cependant l’élément humain. Cette administration, en majeure partie non élue mais nommée au gré des affinités ou cooptée qui préside à ces différentes instances de suivi, est maître dans l’art de contourner les lois ou de les appliquer de manière sélective.

Ces responsables à leur poste, dont la longévité se comptant en décennies et parfois dépassant celle du président de la République, dont certains sont des plagiaires notoires, connaissent parfaitement comment naviguer au milieu du système et éviter les sanctions pour leurs protégés et autres. Notre expérience en la matière nous fait douter qu’elle puisse appliquer des sanctions de manière équitable.

Ceci dit, il faut bien commencer quelque part et cet arrêté est une bouffée d’air frais dans un secteur universitaire désuet, replié sur lui-même, dont la médiocrité est la norme malgré l’existence en son sein d’un nombre heureusement non négligeable de zones d’excellence. Gageons que cet arrêté, une fois mis en application, puisse permettre de limiter la casse et réduire ce fléau qu’est le plagiat.
 

Naïma Djekhar
 
 
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