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Le satellite, cet outil de développement et de souveraineté nationale

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le 26.07.17 | 12h00 Réagissez

On n’a pas une industrie capable de produire des roulements à billes et vous voulez construire un satellite !», déclarait le général-major Brahim Fodil-Cherif, à l’époque chef du département emploi et préparation de l’ANP, à l’équipe initiatrice du projet satellitaire algérien.

Le pessimisme de l’homme reflétait celui ambiant de toute la société, qui s’étonne aujourd’hui même de cette réalisation et ne mesure pas à sa juste valeur l’importance de la démarche. «Nous lui avons alors expliqué, lors d’une visite qu’il avait effectuée au centre des techniques spatiales (CTS) en 1997, que l’objectif n’était pas de faire un satellite, mais de construire des hommes et des femmes capables de négocier pour configurer les projets de l’Algérie. Car, on était déjà conscients que dans les 15 années à venir, il y aura la course à l’espace et le pays devait s’y préparer.

Le satellite sera simplement ce cristallisateur des énergies et l’outil autour duquel se construisent les compétences», se rappelle Abdelhak Trache, docteur en géodésie spatiale et membre de l’équipe pionnière, aujourd’hui conseiller à l’Agence spatiale algérienne (ASAL). Après ces explications l’«homme qui a sa place dans l’histoire spatiale du pays», en l’occurrence le général Fodil-Cherif, donnera le coup de pouce qu’il fallait : «Nous le ferons, parole d’homme, parole de militaire», raconte M Trache.

Depuis 1987, le CTS qui succéda à l’Institut des technologies de topographie (ITT) de 1970 à 1976, puis à l’Ecole nationale des sciences géodésiques (ENSG) jusqu’en 1987, commence le travail de formation avec pour but ultime : atteindre le ciel. Après l’échec des négociations avec le partenaire français, le centre commence le travail sur le projet dès 1997, conforté par la création du Conseil national de l’information géographique.

Par la suite est né en 2002, l’Agence spatiale algérienne avec ses quatre démembrements : le Centre de développement des satellites (CDS) chargé de la conception, du développement et de la réalisation des systèmes spatiaux ; le Centre d’application spatiale (CAS) pour mettre en œuvre les actions d’exploitation des satellites ; le Centre d’exploitation des systèmes de télécommunication (CEST) et le CTS chargé de mener les actions d’études, de formation et de recherche scientifique dans le domaine. Dans ce dernier centre, des chercheurs exhibent toutes les potentialités offertes par l’interprétation scientifique et moderne des images satellitaires.

Aide à la décision

A travers des projets menés dans différentes régions de l’ouest du pays –pour une raison de proximité géographique-, l’exploitation commerciale des images satellitaires dévoile la richesse de l’offre et toutes les possibilités pour mettre en place des stratégies dans tous les domaines. Des applications pour le domaine agricole, où l’on peut prévoir jusqu’au rendement de l’exploitation, à celui du cadastre, pour régler définitivement l’épineux problème du foncier, en passant par le suivi de l’extension des villes et la gestion de l’urbanisme sans oublier la prévision et la gestion des risques naturels et industriels et cela va jusqu’à la délimitation des potentialités hydriques souterraines.

De formidables outils en somme pour l’aide à la décision ainsi qu’au suivi et contrôle des projets en cours de réalisation. «On a souvent eu, lors de discussions sur les budgets, des personnes qui vous disent : ‘’Nous n’avons pas de quoi faire manger ce peuple et vous nous parlez de satellites !’’A ces sceptiques, on répond : ‘’Et si avec ce satellite on pouvait avoir plus que de la pomme de terre.

Avec cet outil, on pourra mieux surveiller et améliorer les récoltes, aménager les territoires et améliorer la vie des citoyens. Tes millions de dollars investis dans le satellites te reviendront au quintuple», soutient le conseiller de l’ASAL. Le satellite est donc un formidable outil de développement et de renforcement de l’indépendance du pays et de sa sécurité.

Au lendemain de son 30e anniversaire, et au-delà de la partie recherche, le directeur du CTS insiste particulièrement sur l’aspect formation. «Au départ le centre avait démarré avec deux docteurs, Kahlouche et Trache. Aujourd’hui, on en compte une quarantaine», se félicite Mahi Habib. Le centre offre des formations à différents paliers de graduation et de post-graduation, cela va du technicien au technicien supérieur et ingénieur. En termes de bilan, le CTS a formé 4620 cadres répartis comme suit : 156 magistères, 20 PGS, 1 165 ingénieurs topographes, dont 262 ingénieurs d’application et 903 ingénieurs d’Etat, 1333 techniciens supérieurs, 671 techniciens et 1275 aide-techniciens.

Cette manne de ressources humaines est une richesse importante, surtout eu égard à la polyvalence de la formation et les possibilités d’embauche des cadres formés. Du secteur public agricole à l’intérieur en passant par l’équipement, l’habitat et le tourisme sans oublier les bureaux d’études, les entreprises des travaux topographiques, les sociétés de construction et de vente de logiciels, les diplômés ont le choix de carrière qui leur sied.

Un statut fragile

Par ailleurs, le CTS dispense des formations post-graduées spécialisées de 11 mois pour compléter et spécialiser les formations de graduation des cadres des différentes institutions et organismes d’Etat, une sorte de formation à la carte au profit de ces cadres. Les options retenues étant la géodésie, la géométrique et la télédétection.

«Actuellement, avec ses 500 étudiants, le centre est en sous-capacité. On est prêts à former autant de candidats que l’exige la demande, jusqu’à 5 000 personnes. Et en termes de demande d’ailleurs, en se basant juste sur l’obligation faite aux communes d’avoir au moins un ingénieur topographe, cela ferait plus de 1 500 candidats », déclare Abdelhak Trache.

Pour parfaire davantage son offre, le CTS prévoit de se convertir en Ecole supérieure afin d’offrir des formations encore plus poussées. «Le dossier est au niveau du ministère de l’Enseignement supérieur. On est en discussion sur les questions de faisabilité», informe le directeur du centre. Car, au-delà de l’importance des formations dispensées au CTS, un léger problème de statut entrave l’activité des encadreurs qui sont pourtant passionnés par leur travail. En effet, l’encadreur du CTS est considéré aujourd’hui comme un enseignant vacataire, malgré toute l’expérience et le savoir acquis.

D’ailleurs, l’enseignant de photogrammétrie, Bachir Takarli, en partance pour la retraite, craint la disparition pure est dure de sa spécialité dans le cursus de formation. «Cette formation c’est de l’or en barres. Les diplômés sont très prisés. On a donc du mal à les convaincre de revenir encadrer au centre et je ne leur en veux pas. Comment peuvent-ils abandonner un salaire de 200 000 DA par mois pour toucher les 60 000 ou 70 000 de ce poste.

Certains, en ouvrant leurs propres bureaux d’études deviennent carrément des milliardaires», regrette-t-il. Une situation qui doit être revue pour fidéliser et garder l’esprit du centre. Cet esprit de famille et de corporation qui fait l’âme de l’établissement et qui peut faire des miracles. Un esprit qu’il faudra prendre en considération lors de son installation en Ecole supérieure.
 

Samir Azzoug
 
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