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Le piège se referme

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le 28.02.18 | 12h00 Réagissez


Scènes de panique hier devant le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique. Des étudiants des Ecoles normales supérieures délaissés, cachés, invisibles, en grève pourtant depuis plusieurs mois, ont osé exprimer leurs craintes et leurs souhaits trop près de leur tutelle. Mais comme tout tuteur, les pouvoirs publics n’admettent pas et n’accepteront jamais la révolte de «leurs obligés» car ils les mettent face à leurs responsabilités de mandataires.

Hier, lundi, la matraque de l’Etat s’est abattue sur les plus «crédules» de ses enfants, ceux qui ont cru à l’effort, l’assiduité, l’éducation, aux études et aux diplômes comme leviers de l’ascenseur social. Ceux qui ont entendu les sirènes des commis de ce même Etat qui, à longueur d’année, entonnent l’antienne des réalisations, composée des taux de réussite au baccalauréat et ceux des diplômés de l’université. Mais une fois sortis de l’univers de l’arithmétique, que ces nombres deviennent des êtres avec ce que cela implique comme exigences : droits, logement et surtout accès au monde du travail, le charme est rompu par la force de la matraque. La massification de l’enseignement supérieur ne pouvait mener qu’à ce genre de clash.

Ce qui était prévu est arrivé. La raison d’être des pouvoirs publics est la gestion des affaires du peuple. Et dans celle de l’avenir de ses jeunes, l’Etat a failli. Car, aujourd’hui, l’Algérie ne manque pas de «places» d’emploi. Il n’y a pas non plus de carence en matière de force de travail. Et ce sont les chiffres de l’Agence nationale de l’emploi qui le révèlent chaque année. En 2017, l’Anem présentait plus de 450 000 offres dont plus de 210 000 n’ont pas été satisfaites.

De son côté, l’Office national des statistiques (ONS) affiche un taux de chômage de plus de 12%, soit 1,5 million de personnes (avec un taux de 29,7% pour les 16-24 ans). Que peut-il y avoir de plus incohérent plus que cela ! C’est la preuve par les chiffres d’une gestion irréfléchie de l’avenir des jeunes populations. L’inadaptation de la politique d’orientation des élèves dès les premiers paliers de l’éducation avec l’offre du marché de l’emploi est criante. Les besoins de l’économie balbutiante du pays sont basics quand les attentes des demandeurs d’emploi atteignent des cimes.

L’Algérie compte actuellement plus de 1,5 million d’étudiant dont 35 000 en formation doctorale et 90 000 dans le master. Peut-on demander à ces post-gradués d’occuper les postes «manuels» dont ont tant besoin les secteurs économiques alors qu’eux ont rêvé, durant des années, de bureaux et de prestige ? ! Les étudiants des ENS d’Algérie demandent, entre autres, l’intégration automatique dans le secteur de l’éducation.

C’est-à-dire travailler dans le domaine qu’ils ont choisi, mais y aura-t-il de la place pour tout le monde ? Que fera-t-on demain des diplômés en histoire, en géographie, en langues… ? Seront-ils tous versés dans l’enseignement ? Et qui devait réfléchir à tout cela ? Ce même Etat qui voulait gagner du temps en «occupant» les jeunes dans les campus pour éviter un fort taux de chômage, se retrouve aujourd’hui piégé par des chômeurs diplômés et exigeants (à juste raison). Un proverbe géorgien dit : «qui n’accomplit pas ses promesses se fait des ennemis». Et lorsque ce «qui» est l’Etat algérien, le miroir de ses propres faillites est un ennemi à bastonner.

Samir Azzoug
 
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