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Abdelhafid Aourag. D. G. de la recherche scientifique et du développement technologique (DGRSDT)

Le directeur du Cread n’a fait qu’exécuter ce que le DGRSDT lui a demandé

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le 31.01.18 | 12h00 Réagissez

- Il y a une forte polémique au Cread concernant les chercheurs associés. Quel est le fond de l’histoire ?

Le Cread est l’un de nos plus anciens centres de recherche. Il est passé par plusieurs phases de restructuration. Dès le départ, son siège a été installé au niveau de l’université (de Bouzaréah) pour la proximité et la mobilité des chercheurs et afin de créer un contact entre les chercheurs associés et les permanents, qui n’étaient pas nombreux à cette époque.

L’objectif était de mettre en place cette synergie indispensable entre le centre de recherche (CR) et l’université. Donc, au début, le Cread a commencé à fonctionner principalement, avec des chercheurs associés (CA) issus des départements et de la faculté d’économie.

Malheureusement, ce centre n’a pas eu une vision de développement des ressources humaines à moyen et long termes. Il a continué à fonctionner avec ces mêmes CA. Au départ, c’était bien pour le centre, car l’objectif premier était de former des jeunes chercheurs, de les encadrer dans des projets de recherche pour qu’ils deviennent des seniors dans leurs domaines. Malheureusement, il n’y a pas eu de politique de rajeunissement des équipes.

- Que voulez-vous dire par la politique de rajeunissement ?

L’Etat a débloqué des postes budgétaires pour les chercheurs, mais il n’y a jamais eu de recrutement massif. Le centre recrutait de façon ponctuelle, deux ou trois chercheurs au plus.

- Quelle en est la raison ?

Parce qu’il y avait la mainmise des CA qui disaient ne pas en avoir besoin et qu’ils s’autosuffisaient. En 2010, nous avons instruit les centres de recherche de mettre en place une politique de développement des RH et d’avoir une représentativité nationale. C’est-à-dire que ces centres ont le devoir de créer des unités de recherche à travers tout le territoire national.

Cette décision avait pour finalité, d’abord, de prendre en charge les besoins des régions, mais aussi de donner la possibilité de recrutement aux jeunes diplômés des universités de ces régions dans l’optique de continuer leurs travaux de recherche en tant que chercheurs permanents. Cela est la politique que nous avons demandée aux centres de recherche. Pour revenir au Cread, cette dynamique voulue n’a pas eu lieu.

Le centre a stagné, avec la même ressource humaine et les mêmes projets. Il y a deux ans, lorsqu’on a fait l’évaluation, les résultats étaient insatisfaisants pour essentiellement deux aspects : d’abord, l’absence de redéploiement à l’échelle nationale, et une politique de développement des RH très faible.

Ensuite, des résultats scientifiques très insuffisants, sachant que pour nous les indices sont le nombre de publications scientifiques de rang A et l’indice H du centre. Pour le premier indice (publications scientifique de rang A) on se retrouve avec 2 à 3 publications par an, alors que la moyenne  pour un centre de recherche est 30 publications/an. S’agissant de l’indice H, il est de 2 au Cread, lorsque la moyenne de nos centres se situe à 25. Donc, où est cette compétence que nous croyions bonne par l’apport des CA qui ont de nombreuses années d’expérience ?

Mais la véritable question qui se pose est : quel est l’apport de ces enseignants-chercheurs si le niveau scientifique du centre ne s’élève pas ? Deuxième constat, le centre était plus orienté vers les prestations de service au détriment de la prise en charge des problématiques réelles du pays ou le développement des connaissances. Cela veut dire que les chercheurs se préoccupent plus de faire des contrats avec des entreprises, car ils y ont des rétributions financières.

Car, il faut savoir que dans ce genre de contrats, 50% du budget des prestations va directement aux chercheurs. Ainsi, sur un contrat de 3 millions de dinars avec les Douanes ou  Sonatrach pour l’étude d’un projet, 1,5 million de dinars sont partagés entre les chercheurs qui ont participé au projet. Et ce sont toujours les mêmes qui en profitent. Cela arrange donc ces enseignants-chercheurs, d’autant que dans un CR, la comptabilité commerciale est flexible et moins lourde que celle de l’université, où elle passe par le contrôleur financier, le comptable et autres.

- Mais qui signe ces contrats, n’est-ce pas votre direction ?

Non. Cela se passe entre le centre de recherche, son équipe, le chef de projet et l’entreprise. C’est la comptabilité commerciale, elle n’est pas soumise aux organes de contrôle comme à l’université. Ainsi, après tous ces constats, on a changé la direction et j’ai chargé le nouveau directeur de mettre en place la politique de changement. Ce dernier n’a fait qu’exécuter ce qu’on lui a demandé et il a eu le courage de le faire. Les autres n’ont jamais osé toucher à certaines choses qui étaient inébranlables.

Dans la politique commandée figure le rajeunissement des chercheurs, puisque la compétence n’est pas proportionnelle à l’âge. Il y a aussi le redéploiement à l’échelle nationale. Ensuite, j’ai demandé à revoir les contrats de ces CA, car, pour beaucoup, ces contrats sont terminés depuis 2012.

Il s’agit aussi de rajeunir le conseil scientifique, de revoir tout le mode de fonctionnement du Cread et de restructurer les divisions. Car le monde a évolué. Notre organigramme doit s’adapter aux nouvelles orientations de l’économie internationale. On ne peut continuer à faire de l’économie agraire des années 1970 alors qu’on est dans l’économie numérique. C’est tout cela que nous avons demandé au nouveau directeur et c’est ce qu’il a exécuté.

Pour ce qui est du redéploiement, il a créé des unités à Chlef, Ouargla, Constantine et une autre à Mostaganem ou Tlemcen. Ensuite, il a fait une large opération de recrutement de chercheurs et personnels de soutien à la recherche, soit des ingénieurs, car en sciences économiques on a plus besoin de ces profils pour les statistiques et la comptabilité. Et bien sûr, il a revu l’utilité de ces chercheurs associés.

- Mais ce qui a créé polémique, c’est surtout la manière dont ces chercheurs ont été traités. Leurs affaires dans des cartons…

On ne l’a pas fait spontanément. On leur a signifié deux ou trois mois à l’avance que nous allions recruter, qu’il n’y avait plus de contrats entre eux et le centre, qu’il n’étaient donc plus associés et devaient libérer les bureaux.

Ils n’ont pas voulu. Nous leur avons même proposé de leur donner un lieu de travail commun. Ils n’ont pas voulu. En plus, comme ils sont enseignants-chercheurs, ils font partie de laboratoires de recherche, c’est donc à l’université de leur assurer un espace de travail. Après plusieurs demandes de libérer les bureaux, ils ont toujours refusé alors que l’opération de recrutement était faite. Nous devions installer 35 chercheurs permanents et autres personnels de soutien.

On les a même attendus et nous avons dû caser huit chercheurs dans un seul bureau de 3X3 mètres. Devant cette situation, j’ai dû ramener un huissier de justice. C’est lui qui a ouvert les portes et mis leurs affaires dans des emballages en carton. C’est mon droit. Ils ont dénoncé cette situation en disant qu’ils étaient des références dans leurs domaines. Je leur dis simplement : avez-vous formé des doctorants du Cread ? Est-ce que vous leur avez proposé des sujets et les avez-vous encadrés ? Rien.

Ensuite, pour être franc, ces CA ont bénéficié de stages de courte durée à l’étranger avec la complaisance du conseil scientifique. Alors que ces stages revenaient aux chercheurs permanents. La problématique des postes de pouvoir est un véritable fléau à l’échelle nationale. Tout le monde veut le changement mais personne ne veut que cela commence par lui.

- Cette problématique du pourvoir mériterait vraiment d’être étudiée au Cread…

Bien sûr. Et c’est pour cela que je dis que les problématiques étudiées jusqu’ici au centre n’ont rien à voir avec celles des besoins nationaux. C’était plus des prestations de service vers des problématiques spécifiques à des entreprises et institutions.

- Qu’en est-il du siège qui devait être construit à Tipasa ?

Le wali de Tipasa nous a donné un terrain dans la même zone où se trouve l’université. Il y a eu des études faites par un bureau d’études. Elles ont été avalisées par les instances de contrôle étatiques. On a donné l’argent pour le projet en 2009, les études ont été menées en 2010 et le chantier a débuté en 2013. A la construction du deuxième bloc (sur les trois prévus), ont commencé à apparaître des problèmes de glissements de terrain.

A l’époque on a fait appel à des institutions de contrôle pour voir comment contourner le problème. On a alors trouvé des solutions par la mise en place en amont d’un muret pour bloquer la boue en cas de fortes pluies. Mais même avec cet obstacle le problème a empiré. Il y a eu la déformation de toute la structure construite.

- N’y avait-il pas d’études préalables aux projets ?

Si, l’étude faite par le bureau d’études a été approuvée par le CTC et d’autres organismes de contrôle. Mais parfois, ils disent qu’il y a des aléas qu’ils ne maîtrisent pas. Ensuite nous avons remis les paramètres d’étude au Cnerib (Centre national d’ études et de recherches intégrées du bâtiment) de la DGRSDT) pour situer le problème.

Les conclusions ont été claires : il y a eu des défauts, car l’entreprise n’a pas respecté certaines normes auxquelles elle était assujettie. Alors on a décidé d’engager une action en justice. Le Cread a déposé cette action l’année dernière contre le bureau d’étude. Le chantier est arrêté et l’affaire suit son cours.

- Que veut-on faire aujourd’hui du Cread ?

Notre vision est de faire de ce centre une structure qui permette à l’Etat la prise de décision sur les modèles économiques qu’il doit adopter. Nous voulons que le Cread se hisse à un niveau stratégique. En faire une structure qui réfléchit, analyse et synthétise. Mais, voyant que les choses n’ont pas évolué, on a décidé de prendre les choses en main en orientant les problématiques que doit traiter le centre. Ainsi, plusieurs enquêtes de terrain ont été commandées.

Il s’agit notamment de l’économie informelle, le marché parallèle, le développement technologique en Algérie, le degré de maturité technologique de nos entreprises, le potentiel de transfert technologique, l’innovation, le mode de consommation des citoyens, le rôle des établissements sanitaires dans l’écosystème de la santé, etc.

Nous voulons des rapports nés du terrain. D’ailleurs, l’un des derniers remis concerne les œuvres universitaires. On a fait une enquête au niveau des universitaires et des étudiants pour connaître le meilleur mode souhaité. La conclusion est qu’il faut ajouter des œuvres et les améliorer. Cela est une enquête qui va servir à la prise de décision.


 

Samir Azzoug
 
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