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La triche, ce fléau qui ternit l’image de l’université !

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le 18.10.17 | 12h00 Réagissez

Amrane Belaid. Maitre de conférences à la faculté des sciences et des sciences appliquées, Université de Bouira

Le réseau universitaire algérien compte cent six (106) établissements d’enseignement supérieur répartis sur quarante-huit wilayas (48), couvrant tout le territoire national.

Ce réseau est constitué de cinquante (50) universités, treize (13) Centres universitaires, vingt (20) Ecoles nationales supérieures et dix (10) Ecoles supérieures, Onze (11) Ecoles normales supérieures et deux (02) annexes [1].

Selon les statistiques rendues publiques par le MESRS pour l’année 2014/2015, l’effectif des étudiants dépasse le million et demi, dont 60% de filles, avec plus de 120 000 diplômés par an. Celui des enseignants est évalué à un peu plus de 54 000, tous grades confondus, dont seulement 15% de haut rang. Le budget alloué à l’enseignement supérieur et à la recherche scientifique pour l’année 2017 est évalué à 310,79 milliards de dinars, ce qui représente environ 6,71 % du budget de fonctionnement de l’État.

Mais au-delà de ces chiffres, l’université algérienne peine à redorer son blason et à améliorer son rang dans les classements internationaux : pas un de nos établissements ne figure dans le top… 500 mondial ! Pis encore, à l’échelle continentale, et selon un classement établi en 2014 par The University Web Ranking, une fondation proche du groupe de presse americano-canadien, aucune université algérienne n’est parvenue à intégrer le prestigieux peloton des dix meilleures universités africaines, ni même celui des 20 premières !

Pourtant, Il fut un temps où l’université algérienne était une pépinière pourvoyeuse en cadres de haut niveau  pour les besoins du pays et pour tous les secteurs d’activité. Hélas ! Ce temps est loin derrière nous.
Aujourd’hui, tout le monde  reconnaît que le niveau universitaire est en nette régression et que l’université algérienne peine à atteindre le niveau nécessaire dans un contexte économique délicat et de plus en plus mondialisé.

Tous les plans de réforme engagés dans le secteur de l’enseignement supérieur ont été mis en application sans consultation réelle des spécialistes ni évaluation objective du système. A titre indicatif, le processus d’arabisation entamé, notamment dans les filières scientifiques et techniques, n’a pas pris en considération l’encadrement  qui était en majorité francophone.

Du coup, l’étudiant qui a fait totalement ses études en langue arabe, depuis le primaire jusqu’au lycée, se heurte aux  difficultés et aux incohérences qu’implique le passage d’un système linguistique à un autre.

S’ajoute à cela la mentalité de l’étudiant d’aujourd’hui, qui, contrairement à ses aînés, ne fait pas d’efforts pour élever son niveau. Nous avons affaire à des étudiants démotivés et sans repères. Alors ils usent de tous les moyens, même illégaux, pour finir leur cursus.

En conséquence, le diplôme devient une fin en soi et le fameux «papier» est plus important que les connaissances acquises durant leurs années d’études.

La triche aux examens, la plaie ouverte de l’université

Aujourd’hui, la triche aux examens, ou plus communément le copiage, constituent une plaie ouverte de l’enseignement supérieur. Les antisèches, la calculatrice, l’aide par SMS, les smartphones, l’usurpation d’identité, … sont autant de moyens utilisés par les tricheurs pendant les examens.  

Le fléau de la tricherie à l’université a dépassé toutes les normes ! Il est presque devenu le secret de la réussite. Nul ne peut prétendre détenir la baguette magique pour éradiquer le phénomène, et ce, pour la simple raison que le mal trouve ses racines dans la société elle-même, où l’impunité se trouve à grande échelle.

Dès son jeune âge, l’étudiant est témoin quotidiennement de la tricherie dans la société. Dans son subconscient,  toute la société triche, que ce soit dans l’université ou dans la vie courante. La tricherie se manifeste  dans la société par la corruption, la falsification, l’escroquerie et les détournements financiers. A l’université, pour empêcher de tricher vingt candidats dans une salle d’examen, il faut faire appel au minimum à trois surveillants, car un enseignant seul n’a pas d’autorité pédagogique. Ainsi, donc le gain facile dans la société, pousse tout le monde à opter pour la réussite facile en usant de tous les moyens, fussent-ils immoraux. Difficile donc pour la société de combattre un phénomène qu’elle a elle-même créé.

Résultat : des milliers de diplômés sortent chaque année de l’université sans les compétences nécessaires leur permettant d’avoir de réelles chances d’insertion dans le monde du travail.

Bien qu’il n’existe pas de statistiques officielles sur le nombre d’universitaires qui travaillent dans leur domaine, on estime qu’à peine 40% d’entre eux réussissent à avoir des postes d’emploi dans leur domaine de formation.  Les autres se dirigent vers les centres de formation ou optent pour d’autres domaines d’activité.

Pour arrêter une gangrène et éviter qu’elle se propage, il faut la couper à sa racine. Il en est de même pour la fraude aux examens. Il faut aller à la racine, c’est à dire les parents et le système éducatif. Dès les premiers pas de l’enfant à l’école, ses parents ne doivent pas accepter sa réussite par la tricherie, et encore moins faire appel à l’intervention d’une connaissance pour changer les notes d’un élève. Les turbulences qu’ont connues les deux dernières sessions du bac témoignent de l’ampleur du mal qui gangrène notre système éducatif.

Le système éducatif doit endiguer la corruption à l’école et sanctionner sévèrement le tricheur dès le cycle primaire, et tous les complices. C’est ainsi que l’enfant grandira sur des bases saines, du primaire à l’université, et au lieu de subir les dérapages de la société, c’est lui-même qui, par son comportement exemplaire, contaminera positivement son entourage.

Plus préoccupant que la fraude aux examens, le plagiat

Plus que la fraude aux examens, le véritable fléau de l’université aujourd’hui est le plagiat. C’est une véritable entrave au progrès de la recherche dont il détruit le sens et ternit l’image aux yeux de la société.  

Selon le Robert, plagier consiste à «copier un auteur en s’attribuant indûment des passages de son œuvre». Autrement dit, le plagiaire cherche des documents sur internet et recopie des passages entiers sans jamais citer ses sources.
Le plagiat universitaire recèle de multiples facettes. Par exemple, un professeur publie sous son nom les travaux de recherche de ses étudiants de master. Ou encore il traduit un article de recherche paru dans une revue scientifique et le présente comme sien aux comités de lecture des revues. Il n’est pas rare aussi que l’on assiste à une reproduction servile d’un mémoire de master ou carrément d’une thèse de doctorat !

Mus par leur désir de gravir les échelons et de «monter» en grade, les enseignants chercheurs doivent toujours publier plus et n’arrivent plus à tenir la cadence. Face à cette pression, ils sont nombreux à céder à la tentation du plagiat et le développement d’internet et la facilité d’accéder aux multiples ressources documentaires ont particulièrement accentué ce phénomène.

La communauté universitaire dans son ensemble considère que le plagiat est tout simplement une forme de délinquance académique qu’il faut dénoncer et condamner et que les plagieurs doivent être traqués et sévèrement punis.

Après les affaires de plagiat qui ont secoué l’université algérienne ces dernières années, le MESRS a décidé enfin d’agir pour endiguer ce fléau dont pâtit l’université. En effet, l’arrêté n°933 du 28 juillet 2016, fixant les règles relatives à la prévention et la lutte contre le plagiat prévoit de lourdes sanctions à l’encontre des plagiaires, allant selon le cas, de l’annulation de la soutenance au retrait du titre acquis, voire l’exclusion et les poursuites  judiciaires [2].

Références :

[1] www.mesrs.dz
[2] Naima Djekhar, El Watan
du 30/08/2016

 
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