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Violences en milieu scolaire

L’intimidation comme la victimisation débute souvent à la maison

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le 04.04.18 | 12h00 Réagissez

Insultes, ricanements, brimades, rackets, parfois même des agressions physiques pour certains élèves, l’école qui est censée être un lieu de développement, d’émancipation et de construction identitaire se transforme en un lieu de construction d’inégalité devenant ainsi un terrain de «violence ordinaire».

Persécutées durant des mois ou des années par leurs camarades, les victimes de ces violences vivent l’enfer au quotidien. En Algérie, les chiffres officiels de l’Education nationale enregistrent chaque année près de 40 000 cas de violence entre les élèves, tous niveaux confondus. Les statistiques affichent quelque

260 000 cas de violence entre 2000 et 2014 au sein des institutions scolaires. Depuis plusieurs années, des psychologues se sont penchés en profondeur sur ce phénomène pour mieux comprendre les mécanismes psychologiques de ce type de violence. Le Dr Belasla Fatiha, de l’Ecole supérieure de Bouzaréah, a mené une étude intitulée «L’intimidation en milieu scolaire : définir, comprendre et intervenir», dans laquelle elle démontre la nécessité d’intervenir pour éviter que ce fléau ne prenne plus d’ampleur.

«L’intimidation s’apparente souvent à la violence psychologique et va des paroles blessantes aux menaces et au rejet ; elle a des conséquences qui dépassent la cour de récréation», écrit le Dr Belasla. Ce phénomène longtemps occulté par les encadreurs peut avoir des conséquences dramatiques allant jusqu’au suicide des victimes impuissantes devant cet acharnement.

«De multiples études se sont penchées ces dernières années sur le phénomène de l’intimidation chez les jeunes et sa relation avec les rapports interpersonnels, la dépression, le décrochage scolaire, la violence, le suicide, les problèmes de comportement, etc», note-elle dans son étude. Pour ce qui est de l’intimidation, la chercheuse définit l’acte comme étant une contrainte, menace ou agression à répétition exercée par une personne ou un groupe de personnes en situation d’avantage psychologique, intellectuel ou physique par rapport à la victime.

«En définitive, il s’agit toujours d’actes intentionnels, répétés au désavantage de la victime et à l’avantage des intimidateurs», écrit-elle. Pour comprendre l’intimidation, l’auteur de l’étude s’intéresse d’abord à l’intimidateur qui par l’acte d’intimidation induisant le contrôle et le pouvoir sur la victime, lui sert à combler un manque quelque part.

Pour l’intimidateur, il s’agit en fait «d’un déséquilibre constaté au niveau de la personnalité qui le pousse à agir ainsi». S’agissant des éléments susceptibles d’engendrer ce genre de comportement, le Dr Belasla fait valoir plusieurs facteurs, les uns de nature psychologique et les autres de nature environnementale.

Pour ces derniers, il s’agit de «tout ce qui est lié au statut socio-économique, à la famille, de même qu’à la relation parent-enfant.

En effet, l’intimidation comme la victimisation débute souvent à la maison». Pour comprendre les raisons de ces comportements au sein des institutions scolaires, des chercheurs ont ciblé les facteurs favorisant ces actes et énumèrent  l’absence de règlements relativement à cette problématique, une faible surveillance des enseignants ou d’autres adultes durant les récréations et les temps libres, l’absence de réaction de la part des élèves non concernés par l’intimidation, le manque de relation entre la direction de l’école et les élèves, une faible cohésion entre le personnel enseignant et la direction et la non-participation des élèves et du personnel à la prise de décisions les concernant.
Pour ce qui est des victimes, l’étude démontre que les intimidateurs ciblent toujours les profils les plus vulnérables.

Dans ce raisonnement, la chercheuse donne les caractéristiques les plus marquantes des victimes. Petit ou grand de taille, obèse ou de petit gabarit, traits du visage, couleur des cheveux, couleur de peau et style vestimentaire sont autant de signes qui attirent l’œil et qui peuvent faire d’une apparence physique un handicap. Par ailleurs, un handicap physique, qu’il soit moteur, sensoriel ou intellectuel attise également la véhémence des petits tortionnaires.

La manière de se comporter est un autre excitant pour des enfants pervers qui choisissent des victimes qui souffrent déjà de timidité, de difficultés sur le plan des habiletés sociales, tics, anxiété excessive, agitation et hyperactivité, de caractéristiques sociales telles que l’origine ethnique, culturelle ou socio-économique, ou d’une appartenance religieuse qui est marginale par rapport au milieu dans lequel vit l’enfant.

Conséquences

Loin d’être un jeu inoffensif, risible ou amusant, l’intimidation peut avoir des conséquences lourdes sur le développement des victimes. «Plus jeunes, certains des élèves victimes d’intimidation ne veulent plus aller à l’école et ont des symptômes physiques. En vieillissant, ils peuvent développer d’autres façons de se protéger (armes, gangs, abandon scolaire)», indique le Dr Belasla.

Par contre, les études tendent à démontrer que la plupart des victimes ne gardent pas de séquelles de ces mauvais traitements à l’âge adulte. «Toutefois, même si cela est rare, il arrive que certaines victimes deviennent dépressives, voire suicidaires et développent une image négative d’elles-mêmes. Les intimidateurs ne sortent pas toujours indemnes de ce comportement. On estime que 60% des garçons, âgés de 11 à 13 ans et auteurs de harcèlement auront un casier judiciaire avant l’âge de 24 ans. De plus, même si les élèves intimidateurs ne sont pas enclins à le dire, la plupart d’entre eux sont malheureux», assure le Dr Belasla.
 

Intervention contre l’intimidation

Face à ces dangers réels, intervenir contre l’intimidation est d’une importance cruciale. C’est un acte d’utilité publique que les établissements d’enseignement et d’éducation devraient prendre en charge. «Afin de diminuer les actes d’intimidation, il est important que toutes les personnes qui assistent à ces actes interviennent. La seule façon est de parler, de dénoncer et d’intervenir à chaque acte. Le silence est le pouvoir de la personne qui a recours à des actes d’intimidation. Les victimes d’actes d’intimidation ne sont pas responsables de l’intimidation...

Ce sont les auteurs d’actes d’intimidation qui sont désignés comme responsables de la situation et du problème : ils doivent arrêter, ils ont fait de mauvais choix et ils doivent adopter d’autres comportements.»

Il est important de rappeler, chaque fois que possible, à l’élève qu’il doit adopter un comportement empreint de civisme et de respect envers le personnel scolaire ainsi qu’envers ses pairs. Cet élève doit contribuer à l’établissement d’un milieu d’apprentissage sain et de sécurité. A cette fin, il est tenu de participer aux activités de l’école qu’il fréquente concernant le civisme et la lutte contre l’intimidation.

De son côté, la direction doit mettre en application un protocole dans son école. «Informer le personnel du protocole d’intervention contre l’intimidation. Mettre sur pied un comité pour contrer et prévenir l’intimidation. Informer les parents sur le protocole d’intervention contre l’intimidation», recommande la rédactrice de l’étude. Pour ce qui est des enseignants, ils doivent parler de l’intimidation aux élèves (prévention).

Participer au moyen de dénonciation et recevoir leurs confidences. Juger s’il s’agit d’un acte de violence, d’intimidation ou d’un conflit. S’agissant des parents, il est recommandé d’être à l’écoute de son enfant, s’il est témoin ou victime de gestes d’intimidation ou de violence à l’école. Dénoncer les gestes d’intimidation et de violence au personnel scolaire. Participer à la recherche de solutions et à l’élaboration d’un plan d’intervention.

Fatma-Zohra Foudil
 
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