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Abdallah Mallek. Fondateur et manager du Sylabs, incubateur, accélérateur de talents et de start-up et espace de coworking

L’attribution de marchés liés à la technologie à des start-up permettra une optimisation des dépenses publiques

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le 12.04.17 | 12h00 Réagissez

Depuis plus d’une année, le Sylabs, un espace de coworking, un incubateur et accélérateur de talents, s’est illustré par des activités intéressantes à l’endroit des jeunes. Cette start-up, fondée par Abdellah Mallek, a vu défiler de grands entrepreneurs et capitaines d’industrie, à la recherche d’opportunités, de talents et de profils. Ces activités drainent les universitaires, les étudiants et les chasseurs de têtes. Concentré autour de l’entrepreneuriat et du digital, Sylabs est devenu une adresse pour les promoteurs et les entrepreneurs, et surtout un espace d’où émergent de nouvelles entreprises. 

Cette deuxième édition de Sylabs Youth Academy a été une occasion pour les jeunes de 15-19 ans de s’initier au monde de la start-up ? Pourquoi ce choix porté sur cette tranche d’âge ?

Je crois fortement que l’éducation à la culture entrepreneuriale commence dès le jeune âge. Devenir entrepreneur, ou passionné de la création technologique s’apprend.

Une bonne partie des jeunes de cet âge consomme le numérique de manière massive, à travers les réseaux sociaux ou les jeux vidéo. On veut justement leur apprendre que ce qu’ils consomment aujourd’hui est en réalité toute une économie, une opportunité de création de valeur économique et sociale au quotidien.

Dans l’imaginaire des communs, la start-up se résume à une entreprise de technologie ou un collectif régissant un site internet. Une start-up c’est quoi au juste ?

Déjà pour chasser les idées reçues, un site web ou une application mobile n’est pas forcément une start-up, et toutes les entreprises liées à la technologie ne sont pas forcément des start-up.

Une start-up se définit par deux facteurs principaux, le premier est son potentiel de croissance très important (plus important que les entreprises conventionnelles), et le second est son modèle économique dit «scalable». Pour faire simple, prenons l’exemple de facebook. Lorsqu’il a été lancé, il a ciblé un marché assez restreint (étudiants), mais il avait déjà un potentiel quasi infini, car il pouvait toucher toute personne ayant un accès internet, des centaines de millions de potentiels utilisateurs.

Désormais, ils ont atteint un niveau de saturation tel qu’ils travaillent sur l’élargissement de leur propre marché, en soutenant des projets facilitant la pénétration d’internet dans les régions reculées et les pays en développement, parfois même gratuitement.

Prenons un second exemple pour expliquer la scalabilité : un site d’e-commerce en Algérie, dont le marché potentiel peut atteindre 40 millions d’Algériens, plus éventuellement le potentiel d’exportation régional ou international, s’il décide de proposer ses services à d’autres pays.

Pour obtenir ses premiers utilisateurs, ce site aura besoin d’investir dans le développement de son interface et de ses fonctionnalités, ainsi que dans la communication. Une fois que le site est opérationnellement satisfaisant, l’investissement nécessaire pour grossir les parts de marché est minime pour obtenir plus de clients. C’est ce qu’on appelle la scalabilité : l’investissement dépensé pour obtenir les 1000 premiers clients sera nettement supérieur à celui dépensé pour obtenir les 100 000 suivants. Le coût dépensé par client baissera ainsi au fur et à mesure que de nouveaux clients s’ajouteront, au fil du temps, et par conséquent, le profit augmentera.

Les start-up aujourd’hui peuvent apporter des solutions pratiques et moins onéreuses à des problèmes rencontrés par les grandes entreprises, par les collectivités, voire les gouvernements. Son poids socio-économique ne cesse alors de grandir…

Nous ne considérons pas le numérique et la technologie comme un secteur, mais plutôt comme un outil qui peut booster les autres secteurs en répondant à des besoins bien spécifiques, dont celui de l’amélioration du mode de vie dans une ville. Par exemple, les start-up peuvent proposer des solutions liées au transport, l’énergie, l’environnement, la relation avec l’administration publique ou encore la santé.

Quel est le regard des décideurs sur les start-up ?

Personnellement, je pense qu’avant de se demander ce que pensent les décideurs des start-up, il faudrait que l’on arrive à prouver la valeur que des start-up peuvent apporter à l’économie algérienne à travers des exemples concrets. Nous devons donc valoriser les réussites, les décideurs n’en seront que plus convaincus. C’est cette première phase qui est difficile et qui nécessite un effort de tous. Si l’on applique la logique d’une start-up à notre écosystème algérien, on sait que c’est au lancement que l’investissement en énergie est le plus important afin de prouver la viabilité et surtout l’utilité du tissu start-up à l’économie algérienne.

De notre côté, nous avons initié une belle collaboration avec les décideurs publics à travers un beau projet avec la wilaya d’Alger. Nous tenterons de regrouper tous les acteurs privés et publics autour d’une initiative commune visant à promouvoir les start-up et l’entrepreneuriat en Algérie.

Ces dernières années, les incubateurs se révèlent d’une importance capitale dans le développement économique des grandes économies. Ce sont à la fois des réservoirs d’idées novatrices et un pourvoyeur d’entreprises -petites ou moyennes- du tissu économique. Selon vous, les incubateurs peuvent-ils jouer un rôle capital dans le développement économique ?

Je suis le premier à croire cela et à le défendre justement. La présence d’incubateurs est primordiale pour l’ensemble des parties prenantes de l’écosystème. Pour les start-up, c’est le lieu où le développement peut s’accélérer grâce au réseau et à l’accompagnement. On y évolue plus rapidement en côtoyant d’autres start-up ou des experts qui sont déjà passés par le même chemin .
Pour les institutions publiques, ou encore les structures souhaitant financer des start-up, de même que pour les structures souhaitant avoir recours aux services des start-up, c’est là où on a un accès plus facilité aux meilleures start-up.

Une année après son lancement, le Sylabs est devenu une adresse incontournable, d’abord pour les porteurs de projet, ensuite pour les entrepreneurs de demain. Concrètement, le Sylabs a-t-il permis le lancement de start-up ?

Heureusement ! Nous sommes ravis de voir quelques pépites naître chez nous, l’une d’elle est Al Djazair Takraa. C’est une plateforme d’édition et de vente de livres en ligne. Cette start-up édite elle-même des livres et les distribue partout en Algérie. Le fondateur est un jeune homme de Mostaganem qui se déplaçait avec un groupe d’amis tous les 6 mois sur Alger pour acheter les livres qui l’intéressaient, car ils n’étaient pas disponibles partout en Algérie. Après deux mois de lancement, Qada Zaoui, son fondateur, a déjà livré quelques centaines de livres dans 14 wilayas.

Certains jeunes ont peur de se lancer dans des projets, d’autres réticents à l’idée de partager leurs idées. Ces appréhensions sont-elles justifiées, selon vous ?

Une partie du travail de Sylabs consiste en l’éducation entrepreneuriale. On essaye justement de dissiper les doutes dans les esprits des jeunes porteurs de projet, on leur apprend que ne pas essayer est le véritable échec, et que l’échec peut être une première étape vers la réussite. Je ne me considère pas comme un exemple de réussite, néanmoins l’échec de mes deux premières start-up m’a permis de constituer une liste d’erreurs à ne plus refaire.

Aussi, on essaye de les pousser à comprendre que la meilleure façon de ne pas se faire voler son idée est de la réaliser, et de ne pas la garder dans son business plan pendant des mois et des années.

La question du financement des projets demeure le sujet principal des porteurs de projet. Hormis l’Etat et la politique d’assistanat, existe-t-il d’autres moyens de financement ?

Effectivement, le financement de start-up ne se résume pas uniquement aux fonds de l’Etat. Depuis notre lancement, nous recevons beaucoup de seniors, souvent des chefs d’entreprise, qui cherchent à investir dans de nouveaux projets. Nous croyons que l’implication des PME et des grandes entreprises dans le développement de start-up reste primordiale.

D’un autre côté, nous essayons de contribuer (avec la participation de plusieurs autres parties prenantes) à l’optimisation des financements des autorités locales, afin de créer de la valeur pour les deux parties (secteur public et start-up). L’attribution de certains marchés liés à la technologie à des start-up locales permettra une optimisation des dépenses publiques, d’une part, et le développement des start-up algériennes, d’autre part.

Les espaces de coworking sont-ils l’avenir de l’entreprise et de l’économie ?

Je ne saurais le dire! Ce qui est sûr, c’est qu’aujourd’hui tous les acteurs sont nécessaires pour créer un environnement favorable aux start-up : incubateurs, coworking spaces, autorités locales, structures de financement, grands groupes et universités.
 

Zouheir Aït Mouhoub
 

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