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Multiliguisme en Algérie

L’approche des universitaires

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le 29.11.17 | 12h00 Réagissez

La question linguistique en Algérie, qui subit les pesanteurs de l’idéologie arabo-islamique, tente de se libérer de ses carcans.

Des universitaires ont soulevé le problème de la diversité linguistique dans le pays et des opportunités qu’elle offre au développement humain, lors d’un colloque consacré à ce sujet dernièrement à l’université Mouloud Mammeri de Tizi Ouzou. L’initiative revient au Laboratoire des pratiques langagières du département des lettres et langue arabe, dirigé par Pr Salah Belaïd, qui est aussi président du Haut-Conseil de la langue arabe (HCLA).

«Le dogme de l’unicité linguistique commence à tomber et cette rencontre organisée par des enseignants de langue arabe en est une preuve. Ces derniers commencent à se libérer de l’hégémonie imposée par la langue d’El Moutanabi», opine une enseignante de littérature. Pour Dr Djouher Mouder, présidente du comité scientifique du colloque, «cette rencontre repose sur le principe du rejet de la domination de la langue unique, vu ses effets négatifs sur l’individu et la société.

De même, elle est la cause du déracinement des identités, du mépris des religions et de toute forme d’exclusion et de marginalisation». Les communications d’une trentaine de chercheurs des universités du pays et de l’étranger ont diversement traité cette question. Le multilinguisme et le développement culturel et social dans les pays arabes et chez les Kurdes, le bilinguisme chez l’enfant ou encore le rapport du multilinguisme au travail académique ont été les interventions phares de ce colloque.

Les débats ont enrichi les sujets, et les recommandations finales de cette rencontre de deux jours ont relevé la nécessité de renouveler ce genre de manifestations les années à venir pour «mieux explorer les contours et apporter des propositions plus à même de peser sur l’opinion et le pouvoir de décision», rapporte un membre du comité de rédaction des recommandations.

C’est ce qui ressort des «dix commandements de ce colloque», la mise sur un pied d’égalité des «deux langues nationales et officielles», le tamazight et l’arabe, en matière de prise en charge par les autorités. Cette résolution, plutôt à caractère politique, évacue la position des participants par rapport aux côtés technique et académique du sujet, dont ils sont théoriquement les experts.

Pour intéressante qu’elle soit, cette rencontre pose la question de l’évaluation de la (des) langue (s) d’enseignement dans l’école algérienne, l’ouverture linguistique et comment donner de l’importance et un intérêt qui sied aux travaux de recherche sur la langue et la pédagogie. «Le rôle du chercheur est de chercher, de faire des propositions. Le pouvoir de décision est ailleurs», constate un intervenant, qui déplore un manque de conviction au sein même de sa corporation.

La communauté universitaire subit, en effet, les contre-coups de la situation socio-économique. «Les universitaires sont à la fois tenaillés à la fois entre l’exigence de la recherche scientifique et une réalité âpre et démotivante», dit une enseignante de linguistique. C’est en tout cas le sentiment qui se dégage des participants à des rencontres scientifiques qui sont organisées dans le monde universitaire.
 

Saïd Gada
 
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