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Pr Abdelkader Khelifa. Anthropologue spécialiste des mutations urbaines dans le Sahara algérien

Innayer, la seule fête algérienne qui ne se déroule ni dans une mosquée ni dans une zaouïa

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le 17.01.18 | 12h00 Réagissez

«Peu de peuples disposent d’un patrimoine séculaire en aussi étroite relation avec la nature et je pense que la politique agraire du pays devrait justement tendre à respecter les terroirs locaux et encourager les gens à manger local pour donner une vraie valeur à l’instauration de cette fête nationale et rester dans l’esprit des algériens à travers l’histoire »

Anthropologue et directeur des publications à l’université Kasdi Merbah de Ouargla, Pr Abdelkader Khelifa assure actuellement la responsabilité du comité de formation LMD Master en anthropologie urbaine à Ouargla, ainsi que la coordination locale de l’école doctorale sur l’organisation et la dynamique sociale et la société à l’université d’Alger 2 pour ce qui est des étudiants venant de Ouargla, Ghardaïa et Laghouat.

Il est le spécialiste incontesté des cités sahariennes à l’université Kasdi Merbah et celui qui a impulsé et mis en œuvre la création de la formation et de la recherche dans le domaine de l’anthropologie, qu’il a embrassée après l’obtention d’une licence en histoire pour se spécialiser dans les mutations urbaines au Sahara algérien : Ksour d’hier, villes d’aujourd’hui, sous la direction du géographe Marc Cote, après avoir étudié la structure des mariages et des pratiques matrimoniales à Nezla, dans la wilaya de Touggourt, dans sa thèse de magistère.

Son domaine de prédilection est  l’anthropologie sociale et ethnologie et il tente de répondre aux questions relatives à la cohabitation des groupes sociaux habitant l’espace saharien, qu’ils soient nomades, semi-nomades, villageois, élites commerciales et politiques, les mutations sociales et urbaines en cours en se focalisant sur les groupes sociaux qui agissent aujourd’hui dans la ville saharienne.

Depuis 2010, date de l’introduction d’une formation en licence d’anthropologie à l’université de Ouargla, c’est la vulgarisation d’une reprise de la place de cette spécialité dans l’université algérienne que Khelifa observe. «Loin de l’idéologie, notre spécialité pose désormais toutes les questions qui préoccupent la société».

Depuis, il remarque un intérêt grandissant pour l’anthropologie, avec une trentaine d’étudiants chaque année. Des étudiants qui posent avec acuité le problème de l’emploi, du débouché professionnel dans une Algérie qui ne sait pas quoi faire de ses anthropologues, puisque l’enseignement général leur est refusé, ce qui les pousse à revenir vers la sociologie ou la psychologie.

A l’université de Ouargla, la faculté des sciences humaines s’apprête à sortir sa sixième cohorte de licenciés. Elle s’enorgueillit de compter cette année quatre doctorants dans la première section dédiée à l’anthropologie générale. Au master, une trentaine d’étudiants ont pu traiter des mémoires en anthropologie de l’urbanité et de l’identité sociale. Ainsi, des recherches sur la médecine traditionnelle, la famille saharienne et les mouvements sociaux ont pu émerger.

Réconciliation identitaire

Pour le doctorat, Pr Khelifa voulait intégrer d’autres spécialités, comme l’urbanisme, l’histoire, l’archéologie et la philosophie. Ce sont donc les quatre majors de promotion des universités de Tébessa et de Khenchela qui se retrouvent en pleine immersion saharienne, lauréats méritant d’un concours de haute facture.

Leurs thématiques englobent des préoccupations actuelles, telles que l’habitat à Ouargla, le fait urbain et les pratiques de sociabilité et de cohabitation, les mouvements sociaux au sud de la revendication sociale au discours politique, et enfin, les mutations des problématiques de l’enseignement en Algérie. En ce mois de janvier, les doctorants en anthropologie de Ouargla s’attellent à produire leurs premiers textes scientifiques pour participer en tant que communicants à leurs premières rencontres spécialisées.

De son côté, Abdelkader Khelifa, qui s’intéresse particulièrement à la compréhension du fait social total, vient de participer à une émission sur Yennayer diffusée le 12 janvier sur l’ENTV, où il a expliqué que l’intérêt croissant pour la diversité et l’identité nationale est devenu une recherche individuelle pour chaque Algérien. Pour lui, la conjoncture actuelle veut que l’Algérie se réconcilie avec ses attributs identitaires, «un processus naturel inéluctable qui inclut Yennayer mais aussi le discours des zaouïas devenu un pansement anti-radicalisme».

L’anthropologue de Ouargla explique que contrairement à la croyance générale, Yennayer avait une place privilégiée et empreinte de mythes dans le Sahara algérien. «Il s’agit de la seule fête algérienne qui ne se déroule ni dans une mosquée ni dans une zaouïa. Elle est familiale et laïque par essence», explique- t-il.

L’hymne à la nature

En relation avec la terre, Yennayer est une fête intime qui se passe entre le fellah, sa parcelle et sa famille, selon lui. Dans le Sahara, la mythologie amazighe parle de l’histoire d’une vieille dame et de sa chèvre. Que dit la légende ? A la sortie de Yennayer, la chèvre est sortie gambader, croyant que l’hiver est fini. Elle n’a pas respecté le cours de la nature, donc le mois de Yennayer a emprunté un jour de fourar, ou février, pour rétablir l’hiver et punir la chèvre.

C’est pour cela que les Amazighs du Sud mangent une tête de chèvre à cette date, elle est préparée en sauce avec les légumes de saison, qui marque la fin de la cueillette des dattes pour les Oasiens. Elle s’accompagne d’un couscous vert aux herbes aromatiques dites «Srayer». L’objectif de cette histoire, selon Khelifa, est de montrer que le non-respect de la nature la fait revenir au galop. Et c’est pour cela que les Sahariens sont si respectueux de la nature, qu’ils mangent peu de viande en hiver et adulent les fruits de la terre.

A son avis, Yennayer peut devenir un hymne à la nature et au respect de l’environnement, «peu de peuples disposent d’un patrimoine séculaire en aussi étroite relation avec la nature et je pense que la politique agraire du pays devrait justement tendre à respecter les terroirs locaux et encourager les gens à manger local pour donner une vraie valeur à l’instauration de cette fête nationale et rester dans l’esprit des Algériens à travers l’histoire».

Il est vrai que l’exposition de plats traditionnels présentés lors des festivités officielles à la maison de culture Moufdi Zakaria a mis en vedette des plats agrémentés de légumes bio et issus du terroir.

Le message des femmes présentes, dont Dalila Chibani, qui exposait un couscous traditionnel à la tête de mouton dit «Akhfi», notait qu’«il était plus que temps de reconsidérer la gastronomie locale et lui donner la place qui lui sied». Pour Abdelkader Khelifa, «cette fête que certains qualifient de ‘‘païenne’’ et non islamique regarde la terre au lieu du ciel.

C’est un juste retour à la tradition pacifique de cohabitation intelligente». Depuis la découverte du pétrole, le Sud n’est plus rythmé avec l’agriculture, le retour actuel à la terre est une prise de conscience des jeunes générations plus sensibles à la tendance mondiale amie de l’environnement, et qui recherchent plus que jamais des ancrages locaux préexistants. C’est cela même qui motive la recherche anthropologique initiée par Pr Khelifa à l’université de Ouargla.
 

Houria Alioua
 
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