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Crise au Cread, au-delà de la gestion de l’espace et des luttes de clans

Imposer le scientifiquement correct

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le 24.01.18 | 12h00 Réagissez

Le Cread (Centre de recherche en économie appliquée pour le développement, ndlr) est appelé plus que jamais à jouer pleinement son rôle pour répondre aux sollicitations des institutions de l’Etat algérien dans l’objectif de faire face, dans son domaine de recherche, aux défis de développement de la nation algérienne.»

Ces quelques lignes tirées du communiqué de presse signé par la direction de la communication du Cread, peu de temps après le coup de gueule de plusieurs chercheurs «virés» de leurs bureaux, révèle ainsi les véritables tenants de cette affaire qui a fait beaucoup de bruit ces derniers jours.

Le 14 janvier, dans les colonnes d’El Watan, un collectif de chercheurs (associés) du centre dénonçait une mise en «retraite arbitraire» opérée avec une goujaterie indigne envers des scientifiques de haut rang, dont la qualité des travaux est reconnue dans les sphères scientifiques internationales.

Des professeurs, à l’instar de Fatma Oussedik, Safar-Zitoune Madani, Mourad Boukella, Tayeb Kennouche, Mohamed Ghalamallah ou encore Mohamed Saib Musette — pour ne citer que ceux-là —, après l’affichage de ce qu’on peut appeler «des mises en demeure» pour libérer les lieux par la nouvelle direction du centre, ont été contraints de récupérer leurs affaires mises dans de vulgaires cartons. Une atrocité pour des scientifiques qui ont contribué à faire du Cread un instrument incontournable dans le domaine de la recherche en économie appliquée. «On a suivi les événements avec une grande amertume.

C’est indigne de s’attaquer ainsi à ces éminences», déplore un chercheur du centre qui a requis l’anonymat. La rencontre avec ce dernier était digne d’un film d’espionnage au vu des précautions prises pour éviter de «se faire prendre» en train d’exprimer son ire. Un climat de terreur est instauré, chacun se sentant menacé.

Pour notre interlocuteur, l’éviction des chercheurs de leurs bureaux est une affaire de lutte de «clans» à l’intérieur du centre. Si l’administration du Cread motive cette décision par l’exiguïté des lieux induite par le recrutement d’une soixantaine de chercheurs permanents ; à l’instar de tous les centres de recherche du monde, un affrontement entre les différentes sensibilités (arabophones contre francophones, anciens contre nouveaux, pro-système contre opposants) n’est pas complètement étranger à l’affaire.

Interrogé sur la question, un responsable du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, explique que la médiatisation du «limogeage camouflé» des chercheurs associés a été surdimensionnée car «pour certains, les contrats ont expiré depuis 2012, ils ne sont sur aucun projet de recherche depuis des années».

Un argumentaire largement partagé par les rédacteurs du communiqué du Cread : «La majorité des enseignants-chercheurs ‘‘associés’’ qui occupent des bureaux est en fin de contrat et sans projet de recherche opérationnel au Cread (certains d’entre eux sont restés sans projet de recherche depuis plusieurs années, le Cread étant devenu pour eux rien de plus qu’un lieu de retrouvailles)… Il faut également préciser que le contrat d’association ne mentionne nullement l’obligation d’octroi d’espace physique.

Nous leur disons (aux chercheurs associés, ndlr) : Soyez raisonnables, le contrat d’association au Cread n’implique pas un droit de résidence !» Portant haut l’étendard du «jeunisme» et du rajeunissement des «employés» du centre, les réactions des responsables de la tutelle et de la nouvelle direction dénotent toutefois d’un certain dédain envers les scientifiques «virés» qui traîneraient, selon ces derniers, des casseroles.

Aseptisation

Sans vouloir prendre pour argent comptant les arguments des «officiels», certains collaboreraient d’une manière illégale avec des organismes internationaux, lorsque d’autres bloqueraient volontairement l’évolution de leurs disciples ! Mais loin de ces accusations qui sentent le moisi, il reste étonnant que dans un secteur comme la recherche scientifique, il soit mis en avant l’âge des intervenants. Comme si le savoir était inversement proportionnel au nombre d’années passées à mener des études ! Une aberration que ne valideraient que certains fonctionnaires. Ainsi, l’argument est nul et non avenu.

L’autre excuse invoquée par la direction du centre est l’exiguïté des lieux. Or, en septembre 2007, le wali de Tipasa avait annoncé qu’une superficie de 10 000 m2 était attribuée à l’Etat pour ériger une infrastructure qui réponde aux besoins du Cread. Plus de dix années après, qu’en est-il de ce siège ?! Selon certaines sources, le projet a bien été confié et la bâtisse démolie après des études qui ont confirmé l’inadaptation du sol. Informations que nous n’avons pu ni confirmer ni infirmer auprès de la tutelle.

Quant à l’absence de travaux en cours pour ces chercheurs mis à la porte, il suffirait de vérifier sur le site internet du centre pour voir que, par exemple, les Pr Musette et Oussedik mènent encore des projets à ce jour. Par ailleurs, notre informateur explique que les enjeux au Cread sont aussi d’ordre financier. «Un projet de recherche c’est aussi un financement. Il y a également le budget des séjours scientifiques à l’étranger, etc.», indique-t-il dénonçant une «coalition de clientèle» qui veut s’accaparer du butin.

Dans un compte rendu de la réunion du 18 janvier, la section locale du Syndicat national des chercheurs permanents dénonce ces décisions prises unilatéralement par la nouvelle direction du Cread sans impliquer ni le conseil scientifique ni les chefs de division y compris pour le recrutement des nouveaux chercheurs permanents.

Mais loin de ces luttes intestines entre «clans» de chercheurs, il n’est pas insensé de voir derrière la mise «en retraite camouflée» de ces personnalités de la science en Algérie une volonté certaine de «mettre au pas» un centre qui est devenu, par la force de ses travaux, une référence dans le domaine économique gagnée grâce aux conclusions qui ne s’accordaient pas toujours au diapason des pouvoir publics. A la lecture des noms des professeurs «victimes», il saute aux yeux que ce sont les «grandes gueules» qui ne rechignent pas à publier leurs avis francs sur les sujets les plus chauds de l’actualité économique et sociale du pays.

Ainsi, après avoir mis aux pas la société civile et les partis politiques, il semble que le temps est venu pour aseptiser le champ scientifique. Le scientifiquement correct est ainsi lancé ! D’autant, que le pays est en plein choix de trajectoires. A l’horizon de l’exploitation du gaz de schiste et de l’agriculture intensive ou, plus proche, du bilan de Président, il est plus que recommandé pour les tenants du pouvoir d’anticiper sur les cris d’orfèvres et annihiler à la base toute contestation basée sur des études scientifiques.

Et encore davantage, lorsque ces critiques émanent de chercheurs travaillant dans un centre de recherche national. Nous tenons à préciser que durant une semaine, nous avons tenté d’avoir les déclarations de la nouvelle direction du Cread, sans résultat malgré l’accord du ministère de l’Enseignement supérieur.

 

Samir Azzoug
 

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