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Redouane Boudjema. Professeur à la faculté des sciences de l’information et de la communication université d’Alger 3

Il s’agit de la médiocrité, de l’excès de zèle et de l’autocensure de pseudo-élites universitaires qui font tout pour plaire

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le 05.07.17 | 12h00 Réagissez


- Comment avez-vous vécu ce harcèlement académique ?

Je suis surpris, choqué et indigné par tout ce qui passe dans l’enceinte universitaire. La dernière forfaiture en date est cette histoire où une administration universitaire s’ingère dans les délibérations scientifiques d’un jury de soutenance doctorale. Un jury souverain selon l’éthique universitaire et les lois de notre chère patrie.

C’est du jamais-vu. Cet acte est un indice révélateur qui indique que nous avons atteint le fond de la crise du système universitaire. C’est du jamais-vu sur toute le planète. Ce genre de comportement est indigne d’un universitaire désigné comme doyen de faculté. C’est un acte très grave contre les libertés académiques, la liberté de pensée et une grave violation de l’éthique universitaire. C’est un abus de pouvoir sans précédent.

- Les sciences politiques en particulier et les sciences humaines en général, sont anesthésiées. La recherche dans ces domaines reste limitée. Comment se manifeste ce «bridage» au niveau de votre spécialité ?

Je dois vous dire que je ne suis pas de formation sciences politiques, mais je connais des collègues dans cette faculté qui sont comme moi très déçus par la dégradation à différents niveaux. Ce qui est visible, c’est que l’université a été noyée dans la massification. Une massification qui risque de transformer l’université en garderie d’adultes pour gérer des crises sociales cycliques liées à une faillite de la gestion politique, économique, culturelle et sociale d’un système politique bloqué, stérile et qui ne peut que reproduire l’échec.

- Les sujets dits sensibles, comme ceux de la politique intérieure sont craints, pour quelle raison ?

Je ne pense pas à l’existence d’une feuille de route politique centralisée pour interdire ou fermer la recherche sur tel ou tel sujet. Il s’agit de l’incompétence, de la médiocrité, de l’excès de zèle et de l’auto- censure de pseudo-élites universitaires, qui font tout pour plaire. Leur obsession est de gérer des carrières de misère intellectuelle et d’avoir accès aux réseaux liés aux centres de décision qui désignent les uns et les autres aux postes de recteur, de doyen et de directeur d’école pour se servir et servir ces réseaux qui les désignent.

D’ailleurs, je profite de cette interview pour lancer un appel aux universitaires pour une initiative universitaire, citoyenne et civique de salut national. Il faut créer un cadre pour libérer et assainir l’université. Il est urgent de libérer l’université et l’assainir du diktat de la gestion politicienne des partis au pouvoir ou du pouvoir et de l’affranchir de tous les maux qui la menacent. Il est impératif de démocratiser la gestion universitaire. Il faut sauver cette université de la médiocratie, du laisser- aller et de l’impunité. Sauver l’université est une urgence nationale pour qu’elle puisse produire des élites capables de protéger notre chère patrie de tout ce qui la menace.
 

Samir Azzoug
 
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