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Fermeture d’un lycée : Désarroi, protestation et colère

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le 10.11.17 | 12h00 Réagissez

Fermeture d’un lycée  : Désarroi, protestation et colère

A Adrar, la direction de l’éducation ferme le lycée  Abi Hamid El Ghazali pour en faire un centre de perfectionnement pour les enseignants d’Adrar. Place à la colère des enseignants, élèves et parents.

Les habitants des quartiers ouest de la ville d’Adrar sont revenus à la charge, cette semaine, mais avec plus de fermeté et un ton plus sévère contre la décision prise par la direction de l’éducation de transformer le lycée Abi Hamid El Ghazali, situé à Haï Graoui, en centre de formation et de recyclage pour les enseignants. En effet, mardi matin, ils étaient une centaine de manifestants à affirmer, par un sit-in,  leur désapprobation quant à cette option.

C’étaient les représentants et présidents de 9 quartiers de la ville, des notables, des membres influents de la société civile, des représentants des partis politiques, des membres de la fédération et des associations des parents d’élèves, des citoyens ainsi que des élèves. Ils se sont agglutinés, une énième fois, devant leur lycée, munis de banderoles et de pancartes, pour constituer ensuite  un cortège pacifique jusqu’au siège de la wilaya. Il s’agit principalement des habitants des quartiers Haï Graoui, Haï Med Bachiri, Krim Belkacem, Mekka El Moukarama, Hattaba, Dehmani Med, Akid Lotfi, Haï Chenachène, Haï Ferhat Abbas et enfin celui du 1er Novembre 54. Objectif : faire revenir l’administration sur sa décision, qu’ils considèrent comme un dérapage dans la gestion scolaire. Une décision «irréfléchie et irresponsable», diront-ils, qui a eu des incidences négatives sur la scolarité de leurs enfants.

Ces derniers sont recasés dans d’autres établissements éloignés, ce qui  a engendré des contraintes de distance et posé un problème d’adaptation et d’intégration.  Par ailleurs, cette désaffection a également suscité l’ire des enseignants et du personnel administratif,  qui ont été éjectés sous d’autres cieux. Ainsi par la fermeture de ce lycée, le secteur de l’éducation d’Adrar vient d’enregistrer, volontairement, un déficit de 860 places pédagogiques dans le cycle secondaire. Sans oublier que cet éclatement a aussi réactivé le phénomène de surcharge des classes dans les établissements d’accueil.

A noter que ce choix de transférer 864  élèves et de faire de leur établissement un centre de perfectionnement des enseignants est inadmissible pour ces parents qui se trouvent désemparés concernant la scolarisation et la sécurité de leurs enfants. Pour l’académie, cette conversion devrait répondre  à la nouvelle politique du ministère de l’Education nationale pour l’application de son programme de formation continue des enseignants. Toutefois, même la rue s’interroge sur ce programme qui se fait au détriment de toute une population scolaire.

Inquiétude

Fermer l’unique établissement situé au milieu d’une masse aussi importante de population et  appliquer un programme de formation limité dans le temps et par le nombre de stagiaires nécessite toute une infrastructure de cette taille, se demande-t-il. Le lycée Abi Hamid El Ghazali est le plus grand lycée de la région composé de 34 classes avec possibilité d’extension horizontale, un bloc de restauration, amphithéâtre, salle omnisports, terrain de jeux, bloc administratif et une immense cour avec en sus un espace vert.

En plus, depuis quatre décennies, ce lycée s’est  toujours distingué par ses performances, qui l’ont maintenu au sommet du podium dans les résultats du bac. Nonobstant, par sa position géographique urbaine au centre de 9 quartiers, il a contribué à l’amélioration et à la bonne qualité de l’enseignement surtout par la réduction du taux d’occupation des classes et aussi la réduction des tensions sur les trois autres lycées (Belkine, Maghili, Hakoumi). Ces derniers,  implantés dans le quartier administratif (autour du siège de la wilaya) là où il y a la plus faible densité de population, sont à une distance de 800 m l’un de l’autre.

Ce qui caractérise la mauvaise répartition dans la cartographie de l’éducation et démontre les faiblesses de la planification de ce secteur, qui n’a pas aussi tenu compte, lors de la conception,  du nombre de résidants en fonction des zones d’habitation. Cependant, les représentants des parents d’élèves de cette portion importante de la population d’Adrar  n’ont pas baissé les bras, cela fait trois ans, depuis que le problème a surgi. Ils  estiment que la direction de l’éducation a pris la mauvaise décision et ne s’est pas trop investie pour trouver une solution adéquate au problème qui aurait arrangé les deux parties.

De son côté celle-ci s’appuie sur le fait que ce lycée a été conçu dans les années 1980 au titre d’un ITE et qu’il a été par la suite converti en lycée, par les autorités de l’époque, pour des raisons d’insuffisances d’infrastructures scolaires, à cette époque. Et qu’aujourd’hui, il est temps qu’on lui rende sa place. Pour les contestataires, il ne s’agit pas de sa réintégration comme un institut de technologie de l’éducation, et que  la DE n’envisage pas d’en faire une vraie école normale, mais plutôt un simple centre de formation et de recyclage. Dans ce contexte, un ex-enseignant de ce lycée nous dira : «Alors, pourquoi ont-il choisi notre lycée, qui lui se trouve le seul dans le quartier ouest et couvre la moitié de la population d’Adrar.

Le lycée Belkine était bien un Institut islamique et le lycée Hakoumi un technicum !  Alors pourquoi ne pas désaffecter l’un d’eux, alors qu’ils sont tout près l’un de l’autre et qu’ils ne se trouvent pas dans un quartier résidentiel ni  populeux.» Un autre manifestant poursuit : «Cela fait trois ans que l’académie s’attelle à mettre sur pied ce programme, alors qu’elle disposait largement de temps pour réaliser un petit centre de formation ou construire les infrastructures nécessaires au sein même de ce lycée, vu de l’immense espace qu’il détient. Alors pourquoi déstabilise-t-on toute une population scolaire en pénalisant 12 000 foyers  et  jetant 864 élèves à la porte pour recycler, durant les vacances, une centaine d’enseignants.»
 

Mépris

«Elle reste encore l’une des meilleures infrastructures éducatives de la wilaya. Elle a bien fonctionné depuis quatre décennies en parfaite harmonie entre les élèves et le personnel pédagogique, administratif et même d’exécution. Nous avons créé une tradition dans la formation et la préparation du bac. Tout fonctionnait comme sur des roulettes. Nous avons toujours gardé la première place au bac et voilà aujourd’hui par une simple signature, on fait voler en éclats tous les efforts consentis par l’Etat et par les travailleurs durant quarante ans.» Voulant tous parler à la fois, un autre prit la parole : «Comment est-ce que cela peut arriver pour un secteur d’élite, comme  l’éducation, qu’une telle décision soit prise. C’est de la médiocrité caractérisée.

Et puis tout cela pour le perfectionnement d’une poignée d’enseignants. Pour une activité limitée dans le temps, et nécessite peut-être au maximum que dix classes au plus. Donc, comme ça on prive, banalement, des milliers d’élèves et déstabilise le quotidien de centaines de familles et en plus on brise toute une tradition de formation secondaire !»

Il continue : «Et après qu’adviendra-t-il des autres classes non utilisées et les autres structures d’accompagnement ? Certainement qu’elles vont se délabrer et terminer en ruine. Et là, nous sommes devant un cas de gestion d’austérité, le fer de lance du programme du gouvernement (ironiquement).» Un autre citoyen nous affirme : «Les habitants sont sidérés de constater qu’après quatre décennies d’enseignement, ce lycée pourrait disparaître comme un nuage dans le ciel et peut-être même sans aucun regret de la part de certains responsables. Toutefois, on notera que ce lycée a fermé ses portes officiellement en juillet dernier, soit juste après la session du bac 2017.

Cette opération de désaffectation a débuté en  2015 et conduit au dispatching des élèves à travers les autres établissements de la ville, pour la plupart situés sur un rayon supérieur à 2 km par rapport aux foyers de résidence des élèves.»  Dans ce sens, un père dit : «Ma fille a été orientée vers le lycée de la nouvelle ville de Sidi Med Belekbir, situé à 4 kilomètres de la maison. Elle est obligée de traverser quotidiennement le marché aux bestiaux sur son passage. Cette semaine, elle s’est fait mordre le bras par un chameau.» Un autre enchaîne : «Nos filles se font agresser, sur le chemin,  par des motocyclistes et on ne peut pas les accompagner tous les jours…»

Cependant, ce mouvement, qui a constitué un comité de défense des acquis, a adressé une requête à toutes les instances concernées, notamment le wali d’Adrar et Mme Benghabrit afin de surseoir à cette décision. L’Association des parents d’élèves estime que la ministre a été induite en erreur par la direction de l’éducation dans cette décision.  On nous explique dans ce sens : «Lors de sa première visite de travail à  Adrar il y a un peu plus trois ans, alors qu’elle présentait  son futur programme de formation continue pour le maintien à niveau des enseignants, le responsable de l’éducation de l’époque lui avait proposé de récupérer l’ex-ITE pour cette mission. Une solution prise à la volée sans aucune réflexion sur les conséquences de la part de ce responsable sans fournir toutes les informations et les données nécessaires sur cet établissement et son rôle stratégique dans l’équilibre de la maille scolaire.»
 

Solution

Un père en colère nous lâche : «Dans les annales de l’Algérie indépendante, jamais un lycée n’a fermé ses portes aux lycéens.» On signalera aussi que ces habitants ont  saisi, auparavant, toutes les instances officielles concernées, notamment la ministre afin de revenir sur cette décision «abusive». La problématique reste posée : «Comment fermer l’unique établissement scolaire implanté au milieu d’un nombre aussi important de quartiers, ceux qui représentent la plus forte concentration de la population d’Adrar et cela pour en faire un centre de perfectionnement pour une dizaine d’enseignants. Pour revenir à l’historique de ce lycée, il a été réalisé au début des années 1980 et conçu comme un ITE.

Mais devant le manque de structures scolaires à l’époque et même de normaliens, les autorités l’ont converti en établissement du secondaire. Cependant, l’erreur vient de la mauvaise conception de la cartographie scolaire d’Adrar, celle-ci n’a pas tenu compte de la répartition et de l’évolution démographiques de la ville. Ainsi, en plus du lycée Belkine,  le technicum et le lycée Maghili ont été construits dans le secteur Est de la ville. Un secteur plutôt administratif que résidentiel, où se trouve le siège de la wilaya et les administrations et La Karia une petite cité d’une cinquantaine d’habitations. Pour ce qui est du lycée  Maghili, seul un pâté de maisons le sépare de Belkine. La majorité des élèves viennent des quartiers satellites situés dans un rayon supérieur à un kilomètre. Par ailleurs, nos interlocuteurs nous font part que dans le cas d’une réponse négative, la prochaine démarche consistera à solliciter l’arbitrage du président de la République.
 

A. A.
 
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