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Etudiants en médecine : Le «burn-out» au bout du tunnel

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le 24.05.17 | 12h00 Réagissez

Rythme intensif, préparation de la spécialité, surmenage, extrême fatigue émotionnelle et quelquefois automédication, etc. C’est un fait, les études en médecine sont longues et difficiles. Tous les parcours ne sont pas reluisants, surtout pour les étudiants qui se barricadent exclusivement dans leurs études. Témoignages courageux de ceux qui ont connu la détresse au quotidien.

 

«Aujourd’hui, le problème est tellement fréquent que le silence a fait taire les souffrances les plus violentes. Les étudiants en médecine sont peu suivis durant leurs études, j’entends par là un suivi psychologique.

Dans certains milieux c’est un tabou de parler de saturation, de fatigue morale, de gardes à répétition ou encore de violences» affirme Salima Hadjerssi médecin généraliste qui exerce depuis dix ans dans la banlieue ouest d’Alger «Mon père a très mal vécu ma décision de ne pas choisir une spécialité. Pour lui c’était un échec personnel.

J’en été doublement choquée, mais je ne regrette pas mon choix. Je voulais une famille, des enfants, une vie pleine et normale. Aucun regret.» pense-t-elle. Il n’existe pas d’étude pertinente sur le mal de vivre des étudiants en médecine en Algérie. Il existe, ça et là, des témoignages, des légendes urbaines, des articles ou des rapports peu concluants, mais aucune organisation spécialisée et structurée dédiée exclusivement au traitement des troubles que subissent les futurs praticiens. «Je trouvais refuge dans l’association des étudiants en médecine ici à Alger et dans d’autres wilayas qui sont bien coordonnées» se souvient Salima «En cinquième année, j’avais vécu un drame familial qui m’a plongé dans une déprime atroce. Je ne supportais plus mes études, ma vie telle qu’elle était. Il m’a fallu deux années de thérapie pour retrouver un équilibre, une nouvelle façon de faire» confie-t-elle. La détresse des étudiants en médecine est une réalité que tout le monde connait mais ignore. Ils sont agressés quotidiennement, physiquement et verbalement, la plus part ne porte jamais plainte et s’arrange en répétant sans cesse «C’est le métier !».

Engrenage

«J’ai toujours voulu être médecin, suivre les traces de ma sœur ainée et de mon père qui a été cardiologue. La médecine coule dans mon sang, pourtant j’ai connu l’enfer dans les hôpitaux, que ce soit lors de mes gardes ou autres.» témoigne Amina. B, médecin généraliste qui a décidé de ne pas entamer la spécialisation «J’ai échoué l’an dernier à mon examen. La violence du choc s’est transformée en fil du temps en délivrance ! J’ai commencé à avoir du temps pour moi, de sortir et de voir du monde. J’avais vieilli et oublié que j’étais une autre personne à l’intérieur de ma blouse blanche» dit-elle en regrettant de ne pas avoir fait le pas bien avant «Ce n’est pas vraiment de ma faute, la réussite est si importante pour ma famille, surtout quand il s’agit des femmes, que mon univers s’est rétrécit que sur la pratique de ma passion, la médecine. Ma sœur a eu beaucoup plus de chance, elle a été aidée par mon père qui était très présent pour elle. Surtout dans les grandes périodes de doute et de vide. Je me sens seule, nous sommes nombreux à vivre cette situation.

Quelquefois isolés, nous trouvons refuge dans les nouveaux défis quotidiens, rien d’excitant, alors on retourne vers notre métier. Un engrenage dangereux» dit-elle. Le témoignage d’Amina démontre une fois de plus que sans soutien familial la détresse est plus forte et insistante. D’où l’inquiétude de certains psychologues qui voient de plus en plus de médecins et d’étudiants en médecine consulter des spécialistes «Ce qui n’est pas mauvais en soi, tout le monde a besoin d’une assistance psychologique à un moment ou à un autre de sa vie. Ce sont tout de même des études complexes, longue et rigoureuses» souligne Amina.
 

Révisions

Pour Nouredine, étudiant en deuxième année de médecine, la charge des cours était insoutenable. Cependant, il n’était pas question d’abandonné mais plutôt de «faire une pause» après l’obtention de son bac avec mention, le choix de la médecine a été comme surprise pour toute sa famille «Je suis le troisième bachelier d’une grande famille de commerçants. Devenir médecin était mon petit rêve d’adolescent. J’ai été influencé par notre médecin de famille, un homme généreux et gentil qui considérait son travail comme sacré. Je l’admirais beaucoup» Cette passion pour la médecine est née des discussions qu’avait Nouredine avec son médecin, ce dernier l’a encouragé à suivre ses traces en lui expliquant que ce ne serait pas facile «Au bout d’un mois de cours, j’étais saturé et déprimé !» avoue Nouredine.

«Le cas de Nouredine est fréquent, il n’a jamais eu un tel rythme de travail. Quelquefois des étudiants abandonnent ou changent de filière lors de la première année. Ils n’ont pas conscience que leurs journées sont chronométrées rigoureusement, avec 7 à 8h de sommeil, ce qui est insuffisant» commente Nadhéra Belarbi, psychologue «De nombreux étudiants en médecine s’enferment dans leurs études et ne voient rien d‘autre. Une attitude classique qui les conforte dans leur idée de la concentration. Cependant, les révisions ne doivent pas déséquilibrer la vie social au point de ne plus en avoir. Il est important de s’entourer de sa famille, de ses amis et de ses camarades pour réviser et trouver un espace pour les révisions» recommande-t-elle.
 

Sud

Les agressions au sein des hôpitaux est une triste réalité que rapporte les médias occasionnellement, ce n’est pas une «particularité algérienne», une «norme» tristement généralisée. Si les maux sont les mêmes pour les étudiants en médecines et jeunes médecins, les systèmes sont très différents. «Je me suis faite tabassée par une patiente et trois membre de sa famille, j’ai du rester 20 jours loin de l’hôpital. Aucun étudiant ne veut de cette violence. Nous devons nous attendre à tout avec les patients que nous recevons» raconte Manel Sadouki étudiante en médecine, aujourd’hui spécialiste en traumatologie «J’étais dépassée par le nombre de malades que nous recevions cette nuit là. Il faisait très chaud, nous étions peu nombreux au service des urgences. Le ton est vite monté et une patiente m’a frappé avec son mobile.

L’agent de sécurité sensé nous protéger a déserté le lieu lors de l’incident. Il aura fallu la volonté d’une consœur qui est allée en urgence ramené de l’aider du poste de police, à l’entrée de l’hôpital. Ce fut le drame, j’étais dégoutée, traumatisée et blessée.» poursuit-elle tout en évoquant le fait que ses confrères l’ont dissuadé de porter plainte afin d’éviter des représailles. «Nos hôpitaux sont mal gérés c’est un fait. Mais ce n’est pas juste le personnel qui fait défaut ou la société hyper violente, c’est tout un système qui est hors orbite» explique un ancien interne au CHU Mustapha Pacha travaillant depuis deux ans dans un hôpital du sud. «Je me plais bien ici, car je n’ai pas de pression. Les gens me respectent, ça change totalement. Je regrette qu’il n’y ait pas assez de spécialiste et de moyens pour prendre en charge tous les malades. Mon cœur se serre quand je dois renvoyer un patient vers les wilayas du nord.» dit-il amèrement.
 

Blog

Pour Lamia Bouchouchi, étudiante en 2ème année de médecine les choses doivent changer «dés maintenant» pour elle l’importance est de s’impliquer dans la vie des étudiants et de mener des actions nationales pour en finir avec la loi du silence, «Les récents événements qui ont poussé les étudiants en pharmacie et en médecine dentaire et pharmacie m’ont donné à réfléchir. Leur situation est la même que la notre mais leur mobilisation a été fracassante.» explique-t-elle «Ceci m’a donné le courage de créer un groupe sur Facebook et lancer mon blog sur les études en médecine dans quelques semaines pour alerter l’opinion publique, les médias, nos professeurs, et les instances concernées afin qu’ils voient de l’intérieur ce que nous subissons» elle ajoute «Certes aucun métier n’est facile, il n’y a pas de réussite sans peine. Cependant dans ce cas, il est question d’humain. Le médecin n’est pas une machine sans cœur qui doit encaisser, d’où vient cette idée de «super-humain» ?» s’interroge-t-elle.

Des groupes de soutien, des pages sur les réseaux sociaux, la mobilisation des praticiens est bien palpable, mais reste insuffisante pour Lamia «L’ordre des médecins, les associations des étudiants en médecines n’ont pas une implication directe et efficace dans la vie de l’étudiant. On doit revoir le rapport avec toutes les instances, relancer le débat et cesser de craindre pour sa carrière ! La formation est à remettre en question, je veux devenir médecin et non une exécutante arrogante» conclut-elle.

Faten Hayed
 
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