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8 nouvelles espèces de scorpions découvertes au Sahara

Et si le venin était une aubaine pour l’Algérie ?

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le 27.12.17 | 12h00 Réagissez

Outre les nouvelles espèces répertoriées dans le cadre d’une contribution à l’étude globale de la biodiversité en Algérie et la mise à jour de la monographie des scorpions du Museum national d’histoire naturelle de Paris, le constat est que le scorpion résiste aux changements climatiques et supporte des doses de radiations ionisantes 100 fois supérieures à la dose mortelle pour l’homme.

Retrouvés vivants après les essais nucléaires de Reggane en 1956, ils peuvent, selon ce chercheur, «contribuer à la réhabilitation de ces zones irradiées».

Sur le plan sanitaire, il est de notoriété publique que des recherches récentes ont démontré que le venin de certaines espèces de scorpions peut remédier à certains cancers et même au sida.

Un axe de recherche privilégié, qui pourrait être une aubaine pour la recherche médicale en Algérie, selon Sadine, d’autant plus que des recherches menées à l’université d’Alabama, à Birmingham, aux USA, ont établi que la chlorotoxine, une molécule du venin du scorpion, pouvait s’attaquer à une maladie incurable nommée Gliome, causant la mort de 12  000 à 18 000 personnes chaque année avec un taux de survie de 25% à 2 ans.

Des recherches ont également pu démontrer que la chlorotoxine pouvait neutraliser les cellules cancéreuses du cerveau sans porter préjudice aux cellules saines. Autant de pistes à explorer, sachant qu’en 2016, le ministère de la Santé notait un net recul de l’envenimation scorpionique à travers les wilayas du Sud et des Hauts-Plateaux durant les vingt dernières années, passant de 100 à 40 décès, selon Samia, Amrani, directrice de la prévention sociale et environnementale au ministère.

Des progrès dus à l’amélioration des conditions de vie dans les régions endémiques, mais aussi au programme de fabrication du sérum antiscorpionique à l’Institut Pasteur d’Algérie, via son réseau de collecte couvrant le territoire national, en collaboration avec des associations de la société civile, qui peut assurer 500 000 doses de sérum, selon le ministère.
Fils de l’erg

Pour Salah Eddine Sadine, digne enfant de l’Erg oriental, originaire de Oued Souf, habitant de Ouargla et chercheur à l’université de Ghardaïa, sa passion est l’objet de ses innombrables expéditions d’exploration des dunes et des palmeraies du sud-est du pays, mais aussi du Hoggar et des Aurès, en passant par l’Ethiopie.

Post graduant à l’université Kasdi Merbah de Ouargla, on le découvrait en 2010 sur les colonnes d’El Watan Week-end, où il confiait ses ambitions de jeune chercheur en quête de nouvelles espèces de scorpions escomptant réaliser un inventaire qui compléterait celui du Pr Max Vachon, célèbre zoologiste français qui publiait en 1952 une importante monographie du scorpion en Afrique du Nord, dont le Vachoniolus, une espèce de scorpion, porte le nom. Wilson R. Lourenço, arachnologiste systématicien franco-brésilien, spécialiste du scorpion, travaillant au Museum national d’histoire naturelle de Paris, qui encadre les travaux de Salah Eddine Sadine, a confirmé  l’identification de ces nouvelles espèces pour la science en les comparant à la collection d’individus existant au niveau du musée, recueillies par Max Vachon, en 1952.
 

En quoi ces découvertes sont- elles importantes ?

C’est d’abord une connaissance plus approfondie de la biodiversité algérienne que revendique Sadine et ses coéquipiers en quête de scorpions, d’araignées et d’oiseaux. La découverte de nouvelles espèces biologiques pour la science témoigne d’un travail plus fouillé sur le terrain, allant au-delà des explorations précédentes. Curiosité, persévérance et modestie caractérisent en effet ces jeunes chercheurs, dont plusieurs filles qui s’adonnent à l’exploration faunistique dans le désert.

Désormais maître-assistant à l’université de Ghardaïa, les travaux de la thèse de magistère en zoophytiarie-Agronomie de Sadine achevés en 2012 portaient sur les scorpions des deux régions de Ouargla et El Oued. D’immenses étendues dunaires où il a pu inventorier 6 espèces à Ouargla et 8 à Oued Souf.

De quoi être piqué, somme toute, puisque notre jeune chercheur, qui collectionne des dizaines d’individus dans son propre salon, continue sur sa lancée en élargissant sa zone de prospection pour son doctorat en biologie pour toucher tout le Sahara septentrional algérien sous le thème de «La faune scorpionique du Sahara septentrional algérien : diversité et écologie». En 2014, il découvre à Ghardaïa une nouvelle espèce du rare Buthidae du genre Lissothus (3e mondiale), nommé Lissothus chaambi en référence à la tribu des Chaâmba peuplant le nord du Sahara algérien.

En 2015, une nouvelle espèce est encore une fois découverte à Ghardaïa. Sadine, qui dédie sa découverte au professeur Samia Bissati, sa directrice de thèse, lui donne le nom spécifique de Buthacus samiae et rend ainsi hommage à la première femme doyenne de faculté à l’université de Ouargla.

D’exploration en exploration dans le M’zab et El Ménéa, sa nouvelle région d’accueil, il découvre deux nouvelles espèces, en 2016, la première espèce du genre Buthus véritablement déserticole, à savoir le Buthus saharicus et une autre, Buthacus, Buthacus spinatus  dont le nom réfère à des épines au niveau du 5e anneau de la queue. A Batna aussi, Sadine découvre le Buthus aures en  2016 et à Tamanrasset, l’année 2017 sera celle du Buthacus ahaggar.

Territoire

Pour Sadine, c’est un ancrage territorial qui motive sa ferveur pour la faune saharienne, à l’origine de ces découvertes. «Je scrute la terre depuis mon enfance, j’étais passionné par la collecte de serpents, de lézards et de scorpions», nous confie-t-il. Une passion qui a trouvé dans les encouragements de ses enseignants le terreau qui l’a aidé à faire le bon choix.

«Ma vie a complètement changé lorsque j’ai su que je pouvais transformer mon amour pour la faune saharienne en projet scientifique grâce aux Prs Azzedine Idder et Zenkhri Salah», explique-t-il. A travers son mémoire d’ingéniorat et ses thèses de magistère et de doctorat sur l’écologie du scorpion, un animal de 450 millions d’années, son objectif à court terme est de rechercher les scorpions du Sahara septentrional algérien, où l’arachnide pose un véritable problème de santé publique, avec plus de 40 000 piqûres par an.

A moyen terme, sa recherche ciblera plus globalement les scorpions du Sahara et de la steppe, afin de déboucher sur le projet de sa vie, celui de dresser une liste des espèces scorpioniques en Algérie pour ajuster leur carte de répartition et repérer les hots spots (zones chaudes) liés aux espèces morbi-mortelles.

Houria Alioua
 
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