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Enseignement supérieur : La Révolution invisible

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le 08.11.17 | 12h00 Réagissez

Enseignement supérieur : La Révolution invisible

Par le professeur Abdelhak Lamiri
 

Il y a des événements qui apparemment relèvent de la banalité des actes de la vie quotidienne. Mais en réalité, ils posent les jalons de révolutions historiques ou scientifiques. Les premières réunions d’une poignée de dissidents des anciens partis algériens ont permis d’organiser l’une des plus glorieuses révolutions de l’humanité qui libéra l’Algérie.

Les essais répétés de Thomas Watson dans un atelier quelconque ont permis de produire de l’électricité, ce qui révolutionna le monde. L’effet papillon s’exhibe lorsqu’on l’attend le moins. Ainsi, alors que le débat national s’oriente sur les thèmes vitaux que sont le financement non conventionnel, les élections locales, les prix des hydrocarbures sur les marchés internationaux et le rush des jeunes Algériens sur le Centre culturel français pour effectuer les tests qui permettent d’obtenir un visa d’étude, le ministère de l’Enseignement supérieur venait de délivrer trois premiers agréments pour constituer des établissements supérieurs privés, dix-huit ans après la publication de la loi qui consacre l’ouverture.

Mieux vaut tard que jamais, dit l’adage. Après l’ouverture, en octobre 2010, de l’université privée des sciences et de la technologie en Corée du Nord, nous sommes restés le seul pays de la planète qui ne dispose pas d’institutions de formation supérieure privée ou d’établissements publics jumelés à 100% avec une institution internationale de renommée mondiale. Nous avons donc commencé à mettre le pays sur la voie de la normalité. Pourtant 35% des effectifs universitaires dans le monde se forment dans des institutions privées. Ce taux est prévu de dépasser les 50% en 2025.

Les différentes études internationales montrent que, dans l’ensemble, il y a eu beaucoup plus de succès que d’échecs dans le processus d’ouverture à la formation supérieure privée. Dans la plupart des pays, le niveau de formation et les relations avec le monde du travail se sont nettement améliorés. Les échecs existent lorsque la régulation est insuffisante. L’Iran se dresse de plus en plus comme une puissance technologique grâce à l’amélioration superbe de son système universitaire après la révolution islamique.

Deux axes importants expliquent cet étonnant succès : le développement d’un secteur privé fort de plus de 280 universités privées et le jumelage des universités publiques avec les meilleures institutions mondiales, comme La London School of Economics. Le Maroc s’est grandement amélioré dans ce domaine et la Tunisie draine des milliers d’étudiants africains, dont presque 3500 Algériens. L’Algérie a les capacités de redresser grandement la situation dans le domaine de l’enseignement supérieur privé. Après 17 ans de blocage, pour des raisons purement idéologiques, la situation se redresse progressivement.

L’incompréhension des décideurs se situait à deux niveaux. Premièrement on avait peur d’ériger un système d’enseignement à deux vitesses : l’un pour les riches et le second pour les sans ressources.

Et en second lieu, un pays qui avait diabolisé le secteur privé durant des décennies pouvait difficilement lui faire confiance pour une activité aussi sensible que la formation. Pour le premier point, les pays ont compris qu’il était très facile de régler ce problème. Il suffirait de créer des crédits à la formation pour que nos jeunes prodiges se forment dans les meilleures institutions publiques ou privées, si nécessaire en prenant un crédit et en remboursant par la suite (moins de 10% de leur salaire sur cinq à dix ans).

En second lieu, le système permettra d’absorber une proportion importante des étudiants. Ce qui permettra à l’Etat de dégager plus de ressources pour améliorer les salaires des enseignants et de mieux prendre en charge les étudiants. Pourquoi obliger un étudiant dont les parents sont riches à utiliser des institutions publiques saturées et donc réduire la qualité dans ces entités ?

L’expérience des autres pays nous permet de faire des pronostics pour l’avenir. Le processus de régulation de l’enseignement supérieur privé en Algérie est pour le moment de bonne qualité. L’ouverture privilégie le professionnalisme et non le commerce dans cette activité. Il peut s’améliorer par des mécanismes de plus de concertation avec les professionnels privés du secteur.

Durant les premières années, on aura un secteur privé de qualité acceptable, mais avec des performances moindres que celles des acteurs internationaux. A moyen terme, avec la mise en place de mécanismes judicieux (crédits à la formation, canaux de concertation avec les décideurs) nous aurons un secteur qui sera capable de hisser progressivement le niveau aux standards internationaux (nous avons déjà des exemples mais très limités). Pour le secteur public, en plus du management des universités à améliorer, un système de jumelage approfondi permettra de faire de grands bonds en avant.

Pour les sceptiques, on leur dira qu’il y a déjà en Algérie une poignée d’institutions d’enseignement supérieur publics et privés de niveau mondial. Malheureusement, elles sont rares. Il faut donc que l’exception devienne la règle. Une première révolution est déjà en marche. Elle peut contribuer à impulser une dynamique qui ira chambouler nos modes de faire fonctionner le monde universitaire ainsi que la recherche et développement dans notre pays. Des projets encourageants sont en cours, comme celui de l’université privée de Sidi Abdellah. Des centaines d’institutions vont s’ériger pour absorber à long terme au moins le tiers des effectifs du pays. Une révolution est en marche. Malheureusement, pour le moment elle est imperceptible.

 
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