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Contribution : Vous avez dit mentorat ? Non, je n’ai pas le temps !

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le 17.01.18 | 12h00 Réagissez


Je n’ai pas souvenir d’avoir eu un mentor étant étudiante, les seules personnes susceptibles d’éclairer mon chemin étaient mes parents. Dans la plupart des cas, les parents orientent suivant leurs propres fantasmes professionnels, basés sur leur passif personnel. Et puis il y a ceux qui laissent faire, sans influencer, et qui encouragent leurs enfants à réaliser leurs aspirations les plus profondes ! Je n’ai personnellement pas eu de passion ou de projet d’avenir, je voulais juste faire des études qui pouvaient m’assurer un travail après la faculté.

Heureusement pour moi, le destin et certains de mes choix ont fait que j’exerce aujourd’hui un métier qui me passionne, de la chance, additionnée aux efforts que j’ai déployés pour m’écouter et découvrir qui je voulais être. L’année dernière, l’association Injaz El Djazaïr me propose de coacher une vingtaine d’élèves de l’Ecole nationale polytechnique, pour la création de leur start-up estudiantine dans le cadre d’une compétition nationale. J’avais un peu hésité, donnant l’excuse la plus plausible : «le manque de temps».

Issue d’école de commerce, interagir avec des ingénieurs me semblait aussi terrifiant qu’excitant, leur raisonnement pouvait être différent du mien, leur façon de procéder aussi, ou est-ce simplement des clichés ou des appréhensions de ma part? il est incroyable de constater le nombre de questions, en même temps légitimes et absurdes, qui nous traversent l’esprit lorsqu’il s’agit de nous exposer à l’inconnu, aux autres ou à des situations nouvelles. J’ai fini par utiliser toute l’énergie de cette anxiété fantasque et me suis laissé convaincre de le faire. J’ai foncé sans rien planifier.

Je souhaitais par-dessus tout apprendre à guider ces étudiants, les inspirer. Penser que j’avais cette légitimité parce que j’avais plus d’expérience me rassurait, même si les années d’expérience dans un domaine précis ne déterminent pas notre capacité à servir de mentor. Mais alors je devais me procurer le manuel du parfait mentor, encore un récit énumérant des critères précis s’appliquant à toutes situations, à tous groupes et profils, sans aucune personnalisation.

A bien y réfléchir, non, je n’étais pas preneuse ! Je n’avais aucun exemple, aucun modèle, il fallait donc le créer. Etre préparée, comprendre leurs besoins, cerner les différentes personnalités, attirer leur attention, être concentrée et m’en tenir à ma mission : transmettre, apprendre et leur donner envie de faire la même chose une fois accomplis. Les premières sessions furent un choc. De jeunes ingénieurs algériens me fixaient, me scrutaient et surtout attendaient beaucoup de moi.

Six mois passèrent, intelligence, créativité et innovation rythmaient nos sessions. Les élèves et moi-même grandissions au fur et à mesure des rencontres, et c’est ainsi que je réalise le sens de ce que je faisais. Je n’ai jamais eu l’impression que je perdais mon temps, je suis convaincue aujourd’hui que ces quelques heures passées en leur compagnie ont nourri mon imagination et  perturbé, en quelque sorte, des réflexions que je croyais bien abouties.

J’avais pris l’habitude de travailler avec des dirigeants de grands groupes, ça je sais faire, mais il s’agissait ici de communiquer avec de jeunes esprits vifs, qui me challengeaient et me faisaient douter sur un terrain qui m’était encore nouveau. Je revivais alors l’expérience des réunions où je devais convaincre et argumenter. Je revivais ce que je n’aurais jamais dû oublier, que le challenge existe partout, et surtout là où on s’y attend le moins. L’aventure vécue par les étudiants était par contre complètement différente de la mienne.

Je remarquais leur visage se décomposer à chaque remarque, chaque mot que je prononçais importait, les faisait douter, ou bien les rassurait. Mes mots raisonnaient fort dans leur esprit et leur cœur, pour la simple raison qu’ils n’ont, eux aussi, jamais fait l’expérience de mentorés, ils avaient, je pense, besoin de sortir de leur routine et du cadre classique des cours. Je représentais une bénédiction divertissante et expérimentée, tout ce qui pouvait représenter pour eux un bon mentor.

L’énergie qu’ils dégageaient était palpable, et surtout cette envie d’arriver jusqu’au bout du projet… une lueur d’espoir, de la fierté. J’étais fière d’eux et fière de moi. Ils avaient compris que je grignotais de mon temps de travail pour les accompagner, ils se sentaient responsables du résultat escompté, nous nous sentions les deux responsables de quelque chose, qui, parfois, nous dépassait. Arrivés au bout du projet, les élèves ont pu participer à la finale de la compétition nationale des start-up estudiantines, mais hélas ils n’ont reçu aucun prix. Malgré leur déception visible, ils disaient que la victoire réside dans l’apprentissage et l’expérience humaine qu’ils avaient vécue.

De mon côté, j’étais triste, triste que cette aventure touche à sa fin. Je ne les reverrai plus, plus d’oxygène pour mes espoirs. Parmi ces élèves, il y a ceux qui ont continué leurs études à l’étranger ou en Algérie, il y a ceux qui ont trouvé un emploi, et ceux qui se sont lancés dans l’aventure entrepreneuriale.

Ce qui est important ici, c’est qu’ils ont «continué», ici ou ailleurs. Et moi, je continuais ma réflexion autour de cette «parenthèse» de mon parcours. Il n’y a point de mode d’emploi. Ce qui compte, c’est de le faire avec une sincérité intellectuelle et émotionnelle, tout en restant très vigilant sur le contenu de ce que l’on transmet. J’avais réalisé à quel point être mentor était une tâche délicate, on finit par se sentir responsable, car dans chaque transmission il y a le risque que le message ne soit pas compris, mal compris, ou mal interprété. On doit prendre cela très au sérieux.

Le but du mentorat n’est pas d’influencer, mais de faire ressortir le meilleur du mentoré, lui faire découvrir ses forces et faiblesses, qu’il apprenne à les appréhender, et à s’ouvrir à de nouveaux horizons. J’ai pu remarquer chez ces étudiants qu’ils avaient compris l’importance du travail en équipe et le sens des responsabilités. La responsabilité, apprendre et avancer, n’est-ce pas ici des valeurs d’une société forte et cohérente, avais-je réussi à réinjecter ces valeurs quelques fois oubliées ?

Quoi qu’il en soit, prendre le temps de vivre cette expérience unique, est une manière de partager avec des jeunes personnes, ce qui fait de vous ce que vous êtes aujourd’hui. Vous serez subjugués par leur surprenant sens du discernement, leur vivacité d’esprit étonnante, et leur détermination sans limite. Quant à moi, j’ai ouvert les yeux sur les précieuses graines de notre pays. Je n’ai pas souhaité renouveler l’intense expérience une deuxième fois, pour des raisons qui me sont propres, mais j’ai découvert mon amour pour la transmission, et ça, je continuerai à le faire de toutes les manières qui existent, et puis si je n’en trouve pas, alors je les créerai.

Meriem Benziane
 
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